I. Europe
Avant de chercher à rien préciser pour l'ensemble de l'Europe, il convient de jeter en particulier un coup d'œil sur l'aire de la France, qui est de 17100 lieues marines carrées. D'après les calculs exacts du Directeur général des Mines en Suisse,
Charpentier, les Pyrénées en occupent 768, qui équivalent à ftâl milles géographiques carrés de 15 au degré. Bien que la hauteur moyenne de Tarète des Pyrénées soit de 1250 toises ou 2&57 mètres , je révaluerai à 800 toises ou 1560 mètres seulement, d'après le conseil du juge le plus compétent sur ce point particulier, Élie de Beaumont , en raison des excavations produites dans le prisme triangulaire par des vallées transversales, longues et très-profondes. La masse des Pyrénées ^ si elle était répartie sur la surface entière de la France , Texhausserait de 18 toises ou 35 mètres. D'après le célèbre géologue que je viens de nommer, Teffet produit par la répartition des Vosges et de la partie française des Alpes et du Jura , dépasserait de quelques toises l'exhaussement dû aux Pyrénées, qui serait au moins égalé par celui que produiraient les plateaux du Limousin, de l'Auvergne, des Cévennes, de l' Aveyron, du Forez, du Morvan et de la Côte-d'Or. Il y a peut-être un sixième ou un huitième de la surface de la France dans lequel les ondulations du soi varient entre 300 et itOO toises de hauteur. Ces gonflements sont coupés par des vallées très-étroites. Ce n'est que dans les vallées principales et assez loin des bords que l'on trouve des points inférieurs à l&O toises. Lyon, situé au niveau du Rhône , n'a , il est vrai , que 83 toises, mais les plaines de la Bresse en ont plus de 150. L'évaluation de toutes ces masses cubiques rend vraisemblable que, si l'on adopte pour la hauteur primitive des plaines 80 toises ou 156 mètres (30), on sera
aipené à fiier le centre de gravité du volume de la France entre iS6 et ft&O toises (265-373 mètres) audessus du niveau actuel de FOcéan (51).
Ces relations entre les plaines et les montagnes se manifestent d*une manière plus frappante encore, si d^une contrée particulière , comme la France, on passe à Tensembled^un continent. L^Europe, bornée à Test par la chaîne de TOural , o£h*e une surface de 80^000 lieues marines ou i709&0 milles géographiques. La chaîne des Pyrénées exhausserait à peine de 6 pieds le sol de T Europe. Les Alpes ont, dans le inéridien du lac de Côme et de Bassano, de 86 à &0 lieues marines de largeur, elles en ont à peine 15 sur d'autres points. Si Ton évalue à S700 lieues marines carrées la aurfeee de la base, dans le prisme triangulaire qui représente tout le système des Alpes ) des Alpes oecidentales , presque dirigées du nord au sud (Alpes greo^es, Alpes cottiennes et Alpes maritimes), et des Alpes orientales (Alpes noriques, Alpes carnlques et Alpes juliennes); si de plus on considère ces diverses chaînes comme étant élevées en moyenne de 800 toises ou 1560 mètres seulement, eu égard aux vallées transversales et longitudinales, on trouve que Texhaussement général produit par les Alpes est de 8\5 ou 6'^,86 (82).
Pour en venir à comparer, au point de vue de la géognosie stéréométrique , deux pays voisins, la France et TAUemagne , Je me renferme d'abord dans l'étroit espaoe de la Thuringe que traverse le Har?^ et dpnf le nivellement a été plus soigneu-
sèment étudié qae celai d'ancune aatre partie de T Al* lemagne (3S) ; je partirai de là pour embrasser de plus vastes espaces. Un eicellent observateur, H. de Hoff, a déterminé, sur une surface d'environ &00 lieues marines carrées, 1076 points, et il a trouvé que, dans cette contrée de la Thuringe, dont la plus grande partie est montagneuse, le centre de gravité du volume n'est qu*à 166 toises ou ftSS mètres au* dessus du niveau actuel de la mer Baltique. M. de Hoff avait relié son nivellement barométrique aui positions trigonométriques de Gauss et d'Enclce, par Tobservatoire établi sur le Seeberg, par Flnselsberg, le Brocken et la station de Hohen-Hageu. On voit que, dans cet intéressant travail , à chaque lieue marine carrée, correapendent 3 toises et &/10 de hauteur. L'élévation, d'ailleurs, est assez également répartie, et oomnse, depuis que J'avais publié les profils de diflé* rents pays , Je n'avais pas cessé de m'ocouper de ces questions, j'engageai M. de Hoff à tenter de déterminer la hauteur moyenne de la région qu'il avait eiplorée. Le résultat particulier à la Thuringe, dont la hau* teur moyenne est, eomme on vient de le voir, de ftUft mètres, ne dépasse le résultat général auquel mes calculs m^ont conduit, pour l'ensemble de tous les oontinents, que de 15 mètres. La contrée soumise aux me-* sures de M. de Ho£f renferme la chaîne de montagnes du Tburingerwald , dont l'arête a 680 mètres de hauteur. Le sol de la vallée dTnstrut, qui de toutes est la plus profonde, est élevée de 115 à 195 mètres audessus du niveau de la mer Baltique. léna est à
130 mètres, Weiiuar à 210, Gotha à S07. Sept profils, joints au livre de M. de Hoff, représentent la configuration de cette remarquable contrée, dans laquelle le grand Beerberg s'élève à 1015 toises, Tlnselsberg à 928.
A cette contrée de la Thuringe, étudiée en détail avec le soin le plus minutieux , nous comparerons la partie de TAllemagne méridionale comprise entre les Alpes et le Danube, c'est-à-dire le grand plateau de la Bavière et de la Souabe , et la partie centrale de la Suisse, qui s'étend du lac de Genève au lac de Constance. Les hauteurs moyennes de ces deux plateaux m'ont été communiquées obligeamment par deux naturalistes dont la science égale l'infatigable activité, Hermann et Adolphe Schlagintweit.
Nous considérons le plateau de la Bavière et de la Souabe comme borné au nord par le Danube ; à l'est, par rinn grossi de la Salzach ; au sud, par le lac de Chiem près de Bosenheim , par le lac de Stafiel près de Murnau, et par celui de Constance ; à l'ouest, par le Rauhe-Alp et par la ville d'Ulm , située à &72 mètres de hauteur. La surface comprise entre ces limites est de 200 milles géographiques carrés. En rapprochant soigneusement tous les points mesurés, on trouve que la hauteur moyenne du plateau est de 3&8 mètres ; c'est 70 mètres environ de plus que la hauteur de Munich.
On peut se représenter la partie basse de la Suisse qui s'étend du sud-ouest au nord-est, entre les Alpes et le Jura, et forme un plateau généralement dé-
pourvu de montagues, comme borné à Touest par le lac de Genève (haut. 875") , par le lac de Neufchàtel (haut. 485") et par la rivière de TAar jusqu*à Tendroit où elle se jette dans le Rhin; à Test, par une ligne qui traverserait Bevay, Fribourg (haut. 587"), le lac de Thun (556")» le lac de Zug, le lac de Zurich (haut. &08*) et le lac de Constance (haut 898"). Ces mesures donnent, pour la hauteur moyenne de la région des plaines en Suisse, 448 mètres, résultat très-peu différent de celui qu'a fourni le plateau de la Souabe et de la Bavière. L'excellent recueil des hauteurs absolues de la Suisse , publié par Ziegler en 1858, ne contient pas moins de 14000 déterminations.
Après avoir considéré, au point de vue hypsométrique , des régions bornées , nous nous élevons à la contemplation de Tensemble. Lorsque, à la suite d'un long et pénible travail , le lieutenant Wolff publia sa carte hypsométrique de TAUemagne (84), je demandai à cet ingénieur distingué, pour agrandir mon travail sur les hauteurs moyennes des continents , la permission de mettre le sien à profit, et de calculer la hauteur moyenne de TAllemagne d'après les matériaux qu'il avait rassemblés par milliers. Pour se prêter à ce désir, M. Wolff a partagé sa carte en compartiments de 25 milles carrés ; il a cherché dans ses six tableaux la hauteur moyenne de chacun de ces compartiments, et en a déduit des résultats hypsomé triques généraux, pour trois grandes divisions dirigées de l'est à l'oqest , et comprenant , la première
ou la plus septentrionale, Tespaoe qui s'étend depuis les côtes de la mer Baltique et de la mer du Nord jusqu'au parallèle de Breslau» de telpsig^de Casselet d'Elberfeld (lat. 5it%7'— 5i%20'); la seconde, Tespaee oompris entre Sl%90' et &8% c'est-à-dire jusqu^au pa<* rallèle de Vienne , de 8chafibu8e et de Pribourg en Brisgau ; enfin , la troisième , la région des Alpes al* lemandes, sans compter celle des Alpes suisses, depuis AS"" jusqu^àft5%A8'. Ce sont, en tout, lâ975 milles géo* graphiques carrés, qui ont été mesurés avec le plus grand soin (85). M. Wolff a suivi pour ces calculs diflé* rentes méthodes. La dernière, dont nous donnons ici les résultats , est rapplicution de la formule com« muniquée par mon vieil ami, le général Baeyer, le collaborateur de Bessel pour la mesure du degré que ce savant a exécutée dans la partie orientale de la Prusse (86). Soient h,,h,, h3... les hauteurs moyennes ou arêtes, f,, f.vf,... les surfaces des lones, et x la hauteur moyenne de la niasse ré* partie proportionnellement sur la surface de toutes les zones, on aura :
D'après cette formule, le lieutenant Wolff a obtenu les résultats suivants :