Journal des Savants, avril 1855, p
prudemment^ n'a plus aucun rapport avec cette règle dès qu'on lui donne sa vraie formule. D'autre part, dolemment^ opulemm^nt, succulemment^ turbulemmenty violemment * n'ont pas plus à y être compris, puisque les féminins des adjectifs correspondants se sont toujours terminés en -ente: on a donc affaire ici à une formation analogique.
Les véritables exceptions à la règle sont présentement et véhémentement. Ces formes n'ont rien de surprenant, à considérer la fréquence, en ancien français déjà, de féminins inorganiques en -ente et -antc; ce qui surprend au contraire, c'est que le français moderne n'ait pas plus d'adverbes de ce genre, quand il s'en présente un si grand nombre dans l'ancienne langue : diligentement (Dial. Gr., 271, 10); diliantrement (Greg. Ez,, 31, 23; 33, 12; SSBern., 21, 19); negligentement (Dial. Gr., 152, 20); mescheandement (Escan., %\&1)\ pacientement (Rem. Am., 1189); excelentement (Brun. Lat., 625; Ménag. I, 31); inocentement (Très. Ven., 1904). On sait combien ils abondent aux xv® et xvi® siècles.
Pour gentiment^ Diez, dans sa deuxième édition, en a fait justement, comme l'avait déjà fait Ampère, un équivalent de ^e/i/i/meM^; le rapprochement aurait dû entraîner une explication analogue pour communément, A mon avis, cet adverbe se rattache non pas à commun^ mais à l'ancienne forme communel. Il n'est donc pas sorti, par quelque procédé difficile à saisir, du v. franc, comunement^ mais de comunelment, comuneument, où ïe n'a jamais cessé d'être prononcé. Et pas plus qu'ici, on ne saurait, dans les
1. En provençal on trouve aussi violenmen et fraudulenmen^ à côté de la forme régulière fraudulentamen, — Il est vrai que les adjectifs latins violentus, opvlentus montrent aussi des formes secondaires en -ens, de sorte que les adverbes violemment^ opulemment paraîtraient être conformes à la règle. Reste à savoir si, en français, il existe les féminins violent j opulent.
autres cas où avec un féminin en e sourd après une consonne semble coexister un adverbe en -ément^ avoir affaire ce à un e muet remplacé par un e fermé ^ », ni « à un a long de Tablatif latin sauvé par Taccent avant de passer à Ve muet^ ». Il faut plutôt reconnaître, dans une partie des adverbes de cette catégorie, des dérivés de participes en -e, ainsi que Littré Ta fait dans son Dictionnaire, du moins pour aveuglément. Dans ces adverbes, aussi bien que dans tous les autres qui sont dérivés d'adjectifs terminés par une voyelle accentuée, Ve sourd du féminin est tombé en français moderne. ^ Ils ont probablement vécu, durant, un certain temps, côte à côte avec les adverbes formés des adjectifs correspondants, ayant une signification presque égale ; puis ils ont fini par les supplanter. Dès lors, on a cru que Tadverbe de formation participiale avait un rapport direct avec l'adjectif, et Ton est venu à créer, en conformité avec ce rapport, des adverbes tirés directement d'adjectifs qui ne s'étaient jamais prêtés à une dérivation participiale.
On l'a fait d'autant plus aisément dans les cas où une ressemblance de son incitait à user de ce procédé analogique. On n'aurait pas énormément à côté de énorme, sans l'existence de conformément (qui a été suivi de uniformément)^ et si ce dernier mot n'avait pas été pris pour l'adverbe de conforme^ alors qu'en réalité il est l'adverbe tie conformé et a été antérieurement conforméement, signalé par Littré. Une autre forme également signalée, conformément^