‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 67 sur 169 · U est question du jugement dernier · texte numérisé non relu

U est question du jugement dernier

Particularités de la formation de quelques adverbes en -ment dans le français moderne.

L'enseignement de la grammaire française dans les écoles supérieures d'Allemagne ne se soustrait plus, au même degré que jadis, au devoir de mettre en rapport historique les faits linguistiques qu*il a à communiquer et ceux qui sont déjà connus de Télève par l'étude du latin. On sent un certain effort pour mener de la connaissance à la compréhension. Sans doute, on trouve encore peu de choses à cet égard dans les livres scolaires; mais l'on peut supposer que l'enseignement oral devance de beaucoup l'enseignement livresque, ce qui peut facilement arriver et s'est produit assez souvent, de sorte que, pour maint élève, la sèche notation d'un manuel se lie au souvenir durable des preuves évidentes de lois propres à réjouir Tesprit, ou à la discussion de rapports qui, une fois reconnus, restent inoubliables. « Savoir », c'est-à-dire la capacité d'appliquer une langue étrangère à l'expression de ses propres pensées, — ce qui, à vrai dire, est le plus souvent le but à atteindre — , aboutira ainsi pour maint élève à savoir quelque chose dont la nature et le rapport avec ses autres facultés et connaissances lui deviendront aussi clairs que le permettra le degré de culture qu'il aura atteint K

i. Je ne supprime pas ces quelques lignes d^introduclion qui datent de 1878. Ce qui était vrai alors, le redeviendra peut-être un jour.

Il est une particularité de la grammaire française élé« mentaire qu'on pourrait s'étonner de continuer à trouver mal exposée dans les livres scolaires ^, particularité qui, sitôt qu'elle se présente dans l'enseignement de la langue, ne doit être expliquée qu'avec le concours de la grammaire historique, parce qu'il est facile d'en rendre l'explication juste, accessible à toutes les intelligences. On pourrait, disje, s'en étonner si l'on ne savait que, dans le cas le plus favorable, Diez est la seule source où l'on puise les informations sur tout ce qui, dans cet enseignement, n'est pas absolument banal, et si Diez n'avait, chose étrange, laissé passer d'édition en édition certaines erreurs, faciles à rectifier ; je veux parler de quelques particularités bien connues de la formation des adverbes en -ment.

Selon Diez 2, en effet, les adverbes en -a m me ni et -emment auraient été formés par contraction des terminaisons (françaises) -antej -ente en -am^ -cm. Or l'explication, si lumineuse, de la formation de ces adverbes, qui les ramène non aux féminins modernes en -ante^ -^nte^ mais aux féminins de Tancien français en -ant^ -enty avait été donnée déjà en 1841 par Ampère ^ et, après lui, en 1863 ^, ou plus exactement en 1855^, par Littré.

A la vérité on pourrait faire quelques additions à cette explication. D'une part, lentement^ qui figure dans la plupart des grammaires comme exception à la règle qui régit

i. Je ne peux, après tant d'années écoulées, reproduire ces li^es, sans mentionner que Lûcking (1880), Plattner (1883), partiellement aussi Matzner (1885), et peut-être d'autres encore, ont entre temps fait entrer l'interprétation correcte de cette particularité dans leurs livres scolaires.

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