‹ Mélanges de grammaire française, traduction française de la 2. édChapitre 75 sur 169 · V. Suchier dans ZeUschr, f. r. Ph.ylly · texte numérisé non relu

V. Suchier dans ZeUschr, f. r. Ph.ylly

etqull rend par quoi qu'il en soitj ne soit pas précisément fausse, enù, le correspondant du fr. mod. e/z, aurait été employé à une place où il ne devrait pas figurer. Quant au deuxième exemple cité par Littré, cuntEST la fins es ert^ il ne plaide pas plus en faveur de sa théorie, et quel sens donner à ent dans cu/hent cheles iert Sâul entre les pro-pheles (LRois, 34)?

L'explication de Cornu ^ en outre des doutes phonétiques qu'elle éveille, a contre elle ce fait que cornent est postérieur à com et a apparu à une époque où il était devenu de toute impossibilité qu'on formât ime expression équivalente à qua mente^. Dans le français, cornent n'a gagné que très lentement, sur le simple coniy le terrain qu'il occupe maintenant; dans l'ancien provençal, il est bien rare ; il ne l'est pas moins, me semble-t-il, dans le provençal moderne. Sur le sol italien, ce n*est guère qu'en Sardaigne qu'il est resté usuel ; anciennement on le rencontre aussi sur la péninsule, et les exemples n'en sont pas rares ^.

Qu'il me soit permis d'ajouter quelques lignes sur les traces en provençal et en ancien français du sentiment de ce que, dans les adverbes en -ment, on a affaire à deux mots juxtaposés et non à la combinaison d'un radical et d*im suffixe.

Un premier témoignage d'une survivance vague de ce sentiment nous est donné par le manuscrit du Boeci, qui, à plusieurs reprises, les écrit en deux mots : mala^ ment,

i. D'ailleurs elle a aussi été donnée par Wackernagel, dans AUfranzôsische Lieder, p. 145, et bientôt après rejetée par Mâtzner dans le Glossaire de ses Alifranzôsische Lieder,

2. On peut dire que les deux mots ne sont pas romans, du moins ils ne sont ni français, ni provençaux.

3. Comenlre dans Proverbia super nai. fem,^ 48ic^ comen/e dans les Exempli édités par Ulrich dans Rom,, XIII, 53, 1. 880, et dans le Sermon rimé de Pietro da Barsegapè, 1. 421. D'ailleurs, dans lea deux premiers passages, le mot a la valeur, d'un adjectif plutôt que celle d'un adverlie, comme le v. ital. chente.

epsa men, dolza ment. Un second se trouve dans la possibilité pour un vers de se terminer par le premier élément : nous en avons du moins un exemple dans Christine de Pisan, et c'est peut-être une réminiscence de Dante ^ : Mais la matière pas de liège A^e fu dequoy elle estait faite y Ains de blanc y voire parfaite- Ment belle fu (Chem. de lonc est. 2272). Un troisième enfin est fourni par Tespagnol, le portugais et l'italien ; les deux premières langues encore aujourd'hui, et l'italien anciennement, dans le cas de coordination des adverbes en- /ne n/, adjoignent m en ^ à un seul adjectif féminin, soit au premier, soit au deuxième, et le sous-entendent avec Tautre.

Toutefois il ne faut pas prendre comme exemples probants de ce fait les cas où l'adjectif non suivi de ment n'a pas une forme indubitablement féminine, ni ceux où l'adjectif a une forme unique pour les deux genres et peut, même sans ment., servir d'adverbe. Ainsi ne prouvent rien : biel et courtoisement 2, ni suau e bellamen ^. Probants, au contraire, seraient les exemples : Vers Sarrazins reguardet fièrement E vers Franceis e humle e dulcement (Ch. Roi., 1163), SI, en désaccord avec tous les manuscrits, on a le droit de donner cette forme à ce vers ; ou : Cescune estait vestuebele et cortoisement (RAlix., 455,21 )4, si l'on ne fait pas rapporter bêle au sujet de la façon dont il a été traité plus haut^; ou: et dure et asprement (Macaire, 33), si Guessard a été dans le vrai en reconstituant ainsi un texte français d'après une rédaction franco-italienne; ou: Ainz fu la guère maintenue Si cruel e si longement (Guil. Mar., 131) si ce texte ne doit éveiller aucun doute ; enfin (on s'adresse

i. Parad., XXIV, 16.

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