MÉLANGES DE GRÂMMAIKE FRANÇAISE
rins que on disoit que il estaient vers Saiete (PSarrasin dans le Joinv. de Michel, 311).
Aussi est-il peut-être plus naturel de voir dans le que en question le même neutre relatif dont nous nous sommes occupés plus haut, p. 149 sqq., à propos de quejecroiSy que je sache. Si on Tadmet, le qui suivant se trouve aussitôt justifié ; seul, Tordre dans lequel se suivent les deux propositions peut tout d'abord paraître étrange ; car si que tu vois signifie à peu près « à ce que tu vois », on s*attend à voir cette proposition intercalée au milieu de la proposition relative : les testes qui — que tu vois — monstrent félonie, ou au moins rejetée à la fin. C'est, en effet, cette dernière place qui lui a été attribuée dans : Des biens qu'a fait, que nous savum (Rou III 412). Mais cest dans la langue actuelle seulement que de deux propositions accessoires, dont lune dépend de Tautre, on place la subordonnée tout de suite après la conjonction ou le relatif de la superordonnée. L'ancienne langue aimait à la placer avant le mot introducteur de la superordonnée * : fai ma dame a ce menee^ S' ele parjurer ne se viaut, Que tôt aussi com ele siaut, lert vostre dame et vos ses sire (Ch. lyon 668S) 2; Et envoia... Por le conte,,. ^ Sicon la veut vive veoir, Quil viegne a lui (Amad. 7032); Si dist, par Mahomet, que chius sages seroit Qui... (Bast. 892)^; lui dist, s'il ne se tient pour oultré,quede sa vie nest riens (G^® d'Artois 73); lui dit... quelle avoit envoyé quérir un carrosse pour en sortir, et
parce quil seroit longtens à venir et que le sien pour roi t
1. C'est ce que j'ai montré dans Gôtt. Gel. Anz. 1875, p. 1078, et JVahlen constate le même usage pour le latin, v. Sitzungsber. d. Kgl. preuss. Akad. d. Wiss. 1882 II 265.
2. Cf. 5003, 6645^ où, au lieu de propositions accessoires, il y a des membres de phrase qui précèdent la conjonction de la propo> sition à laquelle ils appartiennent.
3. Dans cet exemple, c'est la formule d'afllrmation par Mahomet qui peut être considérée comme équivalant à une proposition accessoire.
FCSION DE LA PKOPOSITlOiN RELATIVE 163
être plutôt prêt ^ quelle le priait de V envoyer quérir (Scarron, Rom. com. I 9); Apprenez...^ s'il vous a fait voir des marques de bonté,.,, Qu'ilsaura bien montrer,.,, (Mol.DGarcie II 6) ; Mais savez-vous aussi, lui trouvant des appas, Qu autrement qu en tuteur sa personne me touche, et quelle est destinée à l'honneur de ma couche ?(\d,, Ec. d. mar. II 2, 102) * ; On dirait, quand tu veux, quelle te vient chercher (Boil. Sat. Il 7); es-tu bien sûre, s'il avait cru possible d^arriver au résultat espéré, quil aurait si vite abandonné lapartie? (Rev. bl. 1899 II 19 b).
De même avant un pronom relatif : prisoniers, S'il n'ont secors,qui tuit perdront les chiés (Cor. Lo. 333) ; En la forest... De Cardueil, si con je dire oi, Ki tant par est aventureuse (Ch. II esp. 2132) ; iV a près d'iluec hume remés Ki valeir puisse (1. puisse valeir) en bataille. Ne ki as nés cunduire vaille, Seit pur le sort, seit pur luier, Seit pur espeir de gaaignier, Ki ne seit a Hastein venuz (Rou I 244) ^ ; // parla aussi des femmes qui sçavent aussi bien écrire que les hommes qui s'en mêlent, et quand elles ne donnent point au public les productions de leur esprit, qui ne le font que par modestie (Scarron, Rom. com. II 8) ; // nest nymphe en Vaimant qui ne se tînt heureuse (Mol. Mélic. I 2) ; Semblable à l'alcyon, que la mer dorme ou gronde. Qui, dans son sein flot tant, s'endort en paix sur ronde (Lamart. Prem. Médit. 20) ; notre corne à nous, c'est celui-là, en soufflant dedans, qui nous l'a crevée (Loti, Pêcheur d*Isl. 189) ; un de nos amusements... fut de construire d'énormes ballons de papier... que nous gonflions en brûlant au-dessous des gerbes de foin, et puis que nous regardions s'élever... (id., Rom. d'un enfant. 202).
1 . Mesnard s'est mépris sur le sens de ce passage. • 2. Dans cet exemple, les propositions qui commencent par seit et qui dépendent uniquement de la dernière proposition relative, la séparent très heureusement des propositions relatives coordonnées qui précèdent.
Quiconque est familiarisé avec cet ordre syntaxique, n'hésitera peut-être pas à accepter l'explication que j'ai tâché de donner. On a mainte fois signalé cette construction; mais nulle part, que je sache, elle n'a été expliquée. Le caractère primitif en a dû sans doute être altéré de bonne heure d'une manière ou d'une autre. Ainsi l'exemple d'Adenet cité plus haut : Aine Sarrasin ne vi.,. Que miex vousisse, quifust crestïennés^ ne la reproduit déjà plus tout à fait. On peut en rapprocher : eetie réponse que le comte a craint qui ne le couvrit d'une nouvelle confusion (Beaumarchais) *. La cause de ces altérations est dans l'existence de la construction a).
Remarquons enfin que si l'on admet l'explication que j'ai donnée pour la construction d), on pourrait êti-e enclin à l'appliquer à la construction a), c'est-à-dire, à voir également dans quil a cru, que vous voyez, etc., des parenthèses mises en tête. Mais s'il en devait être ainsi, le vieux français nous présenterait par-ci par-là, au lieu d'un deuxième que, qui serait, dans ce cas, l'accusatif du pronom relatif, la forme cui. Je n'en connais pas d'exemples. Je crois, en outre, que la coexistence de deux constructions différentes de nature, mais que la manière dont on les employait, rapprochait Tune de l'autre, peut précisément nous expliquer la grande indécision où l'on en était venu pour l'emploi de l'une d'elles.
Je ne parle point pour le moment de la fusion de la proposition relative avec une interrogation indirecte.
Je suis heureux que l'étude qui précède en ait engagé d'autres à s'occuper de ce point remarquable de syntaxe.
4. Cité dans le travail qui mérite d'être lu, Breitinger, Aphorismen zur franz. Grammatik und Phraséologie (Progr. der thurgauischeii Kanlonsschule, Fraueufeld, 1861). Le premier de ces aphorismes a trait à notre phénomène, mais seulement au point de vue du français moderne.
FUSION DE LA PROPOSITION RELATIVE i6S
D*autre part, je ne suis point surpris que tout le monde ne se soit point rangé à mon avis. Koschwitz ^ veut voir deux propositions relatives coordonnées dans les exemples de d) : les testes que tu vois et qui monstrent félonie . Plattner 2 fait de la deuxième proposition un « accusatif prédicatif qui s*est résolu en une proposition relative » ^, Comme les autres auteurs, Wilh. Schaefer ^ ne croit pas que le que de la première proposition soit le neutre du relatif, et, d'après lui, bien qu'elle se rencontre plus tard, la construction primitive serait celle avec que et le pronom personnel en tête de la deuxième proposition (la construction e), p. 161). Enfin, j'apprends par le Literaturbl. f. g. u. r. Ph. 1886, 63quun nouvel adversaire s'est dressé contre moi, HSchmidt ^, qui s'est rangé du côté de Koschwitz.
Telle que j'ai présenté mon explication pour la première fois à mes confrères, avec toute la réserve qui convient, la jugeant sinon absolument juste, du moins digne d'être prise en considération, telle je la produis de nouveau. Quelle que soit l'interprétation qu'on donne, on est forcé de supposer que la construction dont on part, a dépassé les limites de son emploi primitif ou a subi des transformations, ou même a été sujette à Tun et à lautre de ces accidents. Les objections qu'il y avait à faire à mon hypothèse, je les ai prévues et exposées moi-même. C'est à ceux qui ne