IV. ct
tion de quelques nouveaux corps dans le système des puissances. Quant aux guerres .de re- Lgion, on a vu aussi que leur retour se retarde à la suite de certains changemens arrivés dans la marche des esprits. On a reconnu de même qu'il y a tel système. ou principe d’administration qui ne parait qu'un moment, pour se remontrer six ans, dix ans après ; et telle opération de finance qui ne se renouvelle que tous les cinquante, tous les soixante ans. Mais ,comme je l'ai dit, toutes ces estimations manquent d’exactitude et de précision. |
It serait à désirer sans doute qu'on pt déterminer et connaître d'avance la durée de ces révolutions , et l’époque précise du retour de ces phénomènes moraux. On pourrait en prévenir les effets lorsqu'ils sont dangereux. Cette connaissance servirait d'ailleurs à classer et à distimguer les opinions. On ne douterait pas. que celles qui reviennent: occuper les esprits régulièrement tous les cinquante ans, tous les vingt ans, et qui ont d’ailleurs des caractères communs, ne soient une seule et même opinion, paraissant sous des noms, en des temps et: des heux différens, comme les astronomes se tiennent assurés que les éomètes de 1759 , de 1682, de 1607, de 1531 ,.et de 1456, sont la même:
comète, d’après l'égalité des périodes de: ces différentes révolutions.
I faut l'avouer , les grands phénomènes de l'esprit humain ne donnént pas autant de prise x l'observateur que la marche des corps céléstes. | |
D'anciennes observations consérvées montrent à l'astronome la' route qu'a suivie une antiénne comète. On sait qu’elle a passé par telle et telle constellation ; on connaît quelles ont été sa plus grande et sa mordre distanté du soleit et de la terre. La solution du problème des trois corps, donnéé de nos jours par dé savans mathématiciens, nos met en état d'estimer l'action des autres corps célestes sur elles, etc.
"I n'en est pas'aînsi des opinions extraordi- . naîrés qui viennent de temps à autre occuper les esprits. Communément où ne sait d'où elles viennent, ni où elles vont. Elles s’établissent souvent en seérét, et sé montrent tout à coup avec un grand. éclat , sans qu’on ait aperçu par quéls degrés elles ont passé. Quelquéfois brillant de la plus vivé lumière, et fixant tous les yeux, elles disparaissent. subitement. Nous perdons à tout moment leur route dans le ciel neébuleux des esprits. Enfin, tandis qu’il suffit à l’astronome de calculer l’altération causée dans la course d’une comète par un pétit nombre de corps célestes, 1l faut que le philosophe qui
LS
veut suivre la marche des opinions et conjecturer l'époque de leur retour, estime les perturbations qui peuvent résulter de l'attraction ou de la répulsion de quelques centaines de milliers d'esprits, et l’action de beaucoup d'autres causes extérieures, telles que les gènes mises à la liberté de la presse, la maréchaussée , le guet, les défenses de s’assembler et d'imprimer, etc; et en général tous les moyens employés communément pour contenir l'esprit des bommes dans son orbite accoutumeée.
. Quoique la solution de ce problème ne çoit pas sans difficulté , il ne faut pas désespérer d'y arriver un jour. Un savant mathématicien.
(l’auteur d'un Essai sur le calcul des probabilités) nous assure qu'on peut résoudre par le calcul les questions de politique et de morale qui semblent se refuser le plus à l'emploi de ce moyen; qu'on peut, par exemple, à l’aide de quelque méthode algébrique, déterminer d’avance quel sera dans une affaire quelconque le jugement d'une de ces assemblées ou tribunaux qui rendent si souvent des décisions auxquelles, faute d’une application plus étendue de l'algèbre transcendante , on ne s'attend point du tout.
On peut donc espérer que nous aurons un jour des tables calculées dans le genre de celles de la connaissance des temps, où nous trouve-
rons annoncé le retour des guerres de religion, de la manie des conquêtes, des systèmes du monde , des théories de la terre; de la banque de Law, des papiers-monnaie, des.sorciers, des baguettes divinatoires, des convulstons, du magnétisme , du somnambulisme » etc.
Mais jusqu'a ce que quelqu'un de MM. de l'académie des sciences, ou quelque mathématicien étranger s'occupe de ce travail, on est bien forcé de se contenter de simples approximations. Or je me suis fait une methode de ce genre. On me dispenéera bien de rendre mon procédé public, jusqu’à ce que j'aie obtenu du gouvernement les récompenses qu'il accorde si généreusement aux travaux utiles. Mais, en attendant , je n'hésite point à communiquer ici un des résultats auxquels mes calculs et mes réflexions m'ont conduit.
Ce résultat, qui peut suffire seul pour donner quelque idée de ma théorie et de son application , est l'exemple d’une révolution de ce genre que j'ai calculée par ma méthode, et qui s'achève en vingt-six ans, sept jours, trois heures, quinze minutes, en négligeant les secondes, parce qu'il ne s'agit pas en ce moment de présenter mon calcul avec toute sa précision.
Cette révolution est celle qui a ramené de
nos jours une disposition des esprits que les philosophes prétendaient devoir ne se rencontrer jamais, je veux dire l'enthousiasme, l'amour du merveilleux et la crédulité qui le recoit. L suflit d'observer combien le magnétisme , le sgmnambalisme, le martinisme, Ja baguette divinatojire, Lavater, Mesmer, Caglios- .tro, etc., occupent aujourd’hui les esprits, tant dans la capitale que dans toutes les grandes villes du royaume, pour reconnaître que l'époque où nous vivons est un temps d’'enthousiasme, dont je crois pouvoir fixer la plus grande chaleur ou le périhélie au 10 février 1784. |
Or, en remontant à vingt-six ans ls haut (je néglige toujours les fractions}; je trouve, en l'année 1758, l'époque des extases de sœur Perpétue et de sœur Félicité, et les secours du frère Coutu , et les coups de bûche et lescrucifiemens, et de fort honnètes gens croyant à çes merveilles ; et un plus grand nombre d'autres persuadés au moins quil fallait les avoir vues pour avoir le drait de ne pas y croire.
Vingt-six ans auparavant, en 1732, je vois les convulsions dans toute leur activité, puisque c'est l’époque du plus grand concours au tom-
… beau du diatre Pris , et que c'est en cette mème année qu'il fut fait :
De par le roi défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
C’est aussi l'époque où le conseiller au parlement, Carré de Montgeron, écrivait son grand ouvrage sue défendre la vérité des miracles du diacre Paris, et trouvait des personnes raisonnables de tous les états qui, au nombre de vingt , de trente, attestaient par-devant notaires chacun des faits extraordinaires dont son livre est rempli.
L'époque antérieure est celle de 1706. Or | c'est celle des prophéties des illuminés des Cévennes. On peut reconnaître la vivagmpression qu'ils faisaient sur les esprits , dans tousles monumens du temps , mais surtout danis l’ouvrage intitulé : Le thédtre sacré des Cévennes, rempli de récits authentiques , qui attestent qu'il y avait dans les Cévennes des milliers d’inspirés, qu'ils disaient dans leurs extases diverses choses dont il était impossible qu'ils fussent informés naturellement ; que quelques inspirés parlaient en dormant; et que , réveillés, ils ne se souvenaient de rien de ce qu'ils avaient dit ; que tel inspiré qui n'avait jamais parlé français, ne parlait que cette langue pendant l'inspi-
ration; que les inspirés devinaient les pensées des assistans ; qu'un traître ayant résolu d’empoisonner Cavalier , l’un d’eux connut dans l'inspiration que le poison était dans la tabatière et dans la manche du justaucorps du coupable, etc. |
Selon l’auteur du Dictionnaire des hérésies , l'esprit prophétique se multiples si prodigieusement, qu'on voyoit des troupes de deux ou trois cents prophètes.
Les accès de prophéties variaient , mais la règle ordinaire était de s'endormir, ou d’être surpris par un assoupissement auxquels se joignaient des mouvemens convulsifs. ........ .
D’autres fois le prophète parlait dans une ex- . tase sirfiple , seulement avec quelques convulsions. Les petites prophétesses disaient qu'avant de tomber dans l’assoupissement elles se sentaient quelque chose qui s'élevait peu à peu depuis les pieds jusqu'a la gorge.
Tous ces faits sont constatés par tous les moyens que la prudence humaine peut ém- ‘ployer ; ils le sont par des dépositions rendues à Londres avec toutes les formalités requises , par vingt-six témoins qui ont vu et entendu les choses qu’ils rapportent. Enfin ils parurent si ‘bien prouvés à Nicolas Fatio, homme de sens d’ailleurs, et géomètre de quelque talent, qu'il
s'engagea sur ces autorités à ressusciter un mort, entreprise dans laquelle 1l échoua sans se détroniper.
En remontant encore à 26 ans, j'arrive à l année 1680, et je vois en Angleterre l’enthousiasme et la crédulité que le docteur Swift attaque en divers endroits de son conte du Tonneau, et notamment dans la section intitulée : Digression concerning madness, et dans le fragment concerning the mechanical opération of the spirit. Car le docteur qui nous apprend que cet ouvrage est un fruit de sa jeunesse., et qu'il a écrit vers 1690 , n’a pu que se reporter à des faits antérieurs. Il me reste à la vérité quelque incertitude sur l’époque du périgée ; mais j'espère que des recherches ultérieures m'éclaireront sur ce poiñt.
C'est de cet enthousiasme qu'il dit qu'il y a des moyens näturels et mécaniques de l’exciter; qu'il s’établità l’aide d’une diversion, d'une stupéfaction des sens ; que l'assemblée des disciples contribue autant que le maître # l'opération qui le produit ; que c’est un genre d'in dustrie acquis, comme tous les autres ; par la pratique et l'application ; qu'il y a des tèempéramens et des caractères plus propres que les autres à le recevoir et à le communiquer, etc.
L'époque précédente nous donne l’année
1654", marquée par les prédications de Georges F ox, le fondateur de la secte des quakers, qui * avait fait dès lors tantde progrès en Angleterre, que, selon les historiens du temps, on voyait partout des magistrats , des théologiens , des laboureurs, des soldats, des personnes de qualité, des femmes, des filles , tremblant et prophetisant; que Georges Fox écrivit à tous les souverains, au roi de France, à l'empereur et au sultan , etc. , pour leur dire de la part de Dieu qu'ils eussent à embrasser sa doctrine, et qu'il trouva jusqu'à des femmes et des filles se faisant ses apôtres, et passant dans tous les pays du monde pour y porter ses lettres, et y répandre lillumination et l'inspiration.
: Je m'arréte ici, et je me dispense de remonter plus haut , ainsi que je l’ai fait daris mes recherches. Ces quatre époques suffisent pour prouver ce que j'ai voulu établir, le retour périodique des folies humaines, et pour donner une idée de mon travail et de mon plan.
Dans les seuls exemples que je viens de citer, je crois que mes lecteurs seront frappés, comme moi, de légakité des périodes ; et que, sans être trop faciles «en preuves, ils seront disposés à croire que des phénomènes; qui reviennent à des intervalles égaux, ne sont qu'un seul etmrè me phénomène , an seul et même astre moral
qui , Suivant une marche régulière, et parcourant dans le zodiaque de l'esprit humain une orbite plus ou moins inclinée à l'équateur de la raison, se remontre sous des apparences différentes, qui n'empéchent pas l'observateur éclairé de le reconnaître.
Au reste je conviens que cette identité de phénomènes , qui ne sont selon moi que le méme enthousiasme sous des formes diverses et sous des noms différens, ne peut être bien établie que sur des preuves plus nombreuseset plus complètes, et principalement sur la connaissance de ma méthode. Mais je suis forcé de renvoyer au grand traité historique et philosophique, auquel je travaille depuis plusieurs années , et qui a pour titre ; Cométologie de l'esprit. J'y pousse mes recherches et mes observations jusqu’au premier siècle de lère chrétienne, et je me flatte que le monde savant me saura quelque gré de mon travail.
De mon Observatoire, ce 1°. novembre 1786.
L'abbé HerscueL.
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