‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècleChapitre 23 sur 24 · RÉPONSE SÉRIEUSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE SÉRIEUSE

ta if. X***, par Vemtem' de la Théorie

*du pamdoxe.

Qui neminem y^retur, seipsum contemnit.

Plin. , q}ist. lib. //^, epist* XXV.

AVERTVSSEMEÎÏT.

ijoRSQUE l'ariteurde la Théorie du pàafad<yse s'est donne la peine de moritref bohs leur véritable jour les opinions étranges de M. L**^*^ , et la manière tout aussi étAnge dont <îet écri- *vain tes présente et les défend ^ il n'imaginait pas avoir jamais besoin de faire l'^apolc^ie 4'ûtîe critique purement littéraire ^ dans laii^<^le il n'a point passé les bornes que prescrivent Ift décence la plus sévère et le respect ^dû au -pu- Wic : il ne s'attendait pas à eësi^r , de la »part de quelques personnes, un reprodhe de dureté ^ pour avoir publié cet ouvrage après la Radiation de M. L*** du tableau dea avocats ; «i à entendre dire qu'attaquer M. L*** dans rnie pareille circonstance , citait manquer de no-

blesse et de générosité.

Quelque étrange que lui paraisse cette tendre compassion pour M. L***, comme' elle a fourni la seule objection qu'on ait hite contre la Théorie du paradoxe , et qu'elle peut tenir, chez quelques personnes , k des moti& estimables , il se croit obligé de montrer combien elle est mal- fondée , et combien sont injustes les reproches Ipi'elle a dictés : il croit^ enfin devoir faire précéder sa réplique à M. L*** , par cette petite discussion.

Il semble ^ à entendre ces personnes d'une

générosité s* recherchée , qu'on n'ait eu l'idée

de critiquer M. L*** , en sa qualité d'écrivain,

que la veille du jour où l'on a décidé'qu'il ne

.pouvait plus exercer ses fonctions d'avocat et

. qu'on ait composai fait approuver ^ imprimé ^

broché et distribué un volume de 200 et tant

db pages en une nuit. La vçrité est que cette

icritigue. était achevée au commencement de

i4éf:^i]9bre ^ lorsque M. L^^^ était dans toute

.3a ;gjlpirei et qu'il n'était point encore question

de le rayer du tableau ; ^jssurément on n atta-

'^quait point alors un honmoie à terre : premier

f^ît constant qui justifie l'auteur de la Théorie

,du paradoxe, du reproche d'avoir voulu mettre

à profit lescirconstançes où se trouvait M. L***.

En second lieu , la même conséquence ré-

jsulte 4esmén^gemeusmarqués qu'on a eus pour

M. L^*^, en Tattaquantioa s'est tenu en effet dans les limites d^une simple critique littéraire de ses ouvrages littéraires ; on a évité de le considérer jamais comme avocat ; on s'est abstenu de citer une seule phrase^ un seul mot de ses mémoires nombreux qui pouvaient fournir des armes bien puissantes contre lui ; enfin ^ on a' écarté tout ce qui pouvait avoir le moindre rapport aux imputations graves sous lesquelles a succombé M. L***.

C'est par le même motif que l'auteur de la Théorie du paradoxe , qui pouvait donner son ouvrage aussitôt que la querelle de M. L***^ avec son ordre a commencé d'éclater ^ en a dif-^ féré d'abord l'impression , eU|ensuite la publication jusqu'après le jugement prononcé par l'ordre des avocats»

Ces ménagement suffisaient sans doute , et Ton a cru pouvoir encore critiquer M. L*** en sa qualité d'homme de lettres , quoiqu'il fdt

rayé du nombre des avocats. M. L*** en cessant d^exercer cette respectable profession , demeurait toujours dans l'opinion de certaines personnes un profond philosophe , un grand auteur de droit public, un homme fort éloquent et surtout un bon écrivain ; et si l'on trouvait qu'il ne méritait aucun de ces éloges , sa ra-

diatîon n^étatt pas une raison dîe ne pas les loi contester.

11 y a plus : après avoir diffiérë de publier la Théorie du paradoxe jusqu'au jugement de Tordre des 'avo«ats , on a dû la doniier immédiatement après y parce que c'iéCait le sêvd moyen de convaincre le public qu'on n'avait pas attendu ce moment pour attaqùerM. L***; cette publication , supposait néce^irement que l'ouvrage était composé au itodîns six s^ maines auparavant y devait prouver cliiirement qu'on njavàit pas craint M. L*'^* dans le temps de sa plus grande célébrité, et qti'on n avait pas voulu triompher d'un' homme abattu.

L'auteur de \m Théorie da paradoxe trouve Tapologie de cette conduite , dans un ancien d'une autorité bien respectable ( car on trouve tout dans les anciens) , Piine-le- Jeune , dont les lettres respirent partout la vertu , et dont le caractère principal est l'élévation et la noblesse des sentiifnens. Maxime avait composé quelques

ouvrages contre un certain Blatèra (^)$ ce

("**) Blatera ou Blatero , braillard , dérive de blaterarc^ qui, selon Henry Etienne et Gesner, signifie «proprement inepte clamare, Veteres nostri\ dit encore Âulùgelle , lib. 1 , c. 1 5 , hoc genus homines in verba provectos lo^ cutulejos et blaterones et lingulacas dlxenmt. Il y a des rencontres bien singulières.

BMerà vedait de mourir ; «côutmis Vhhe à6\inant des conseils à son ami dans cette circonstatice 9 e^ctement semi>lat>le à celle od s'est trouvé le critique de M. L*** : a Je vous ai » souv^ait exhorté à publier {yromptclinent les » ouvrages que vous avei; faits cokHreBlatera, et » je renouvelle nkes instances en apprenant sa n ùiort. Quoique vous les ayéis lus et donnés à » lire à beaucoup de personnes fiendànt qu^ » vivait, il y a des gens <Jui potoraieirt soup-, }} çonner que vous ne les avez entrepris que » depuis qu'il n'est plus. Soutenez l'opinion » qu'on a de votre générosité. Vous la conser- » verez en dontiant tout de suite vôtre ouvrage }> an pilblic ^ puisqu^il sera par là notoire aux » plus malintentionnés , que sa mort ne vous » > pas inspiré le desseiti d'écrire , et qu'elle a » prévenu la publication déjà* toute prête de ce » que vous , aviez écrit. Vous éviterez par là » qu'on ne vous applique ce vers d'Homère :

» C'est une impi^é que dSnsuIter arux morts,

w Car ce qui a été éèrit , lu et récité contre un » homme vivatit , doit être regardé encore » comme publié contre un homme vivant , si » on le publie tout de suite après sa mort.

)) Quittez donc tput autre travail , pour ne vous » occuper que dé celui-là. (Let. 9, ép. i).

Cette autorité et cet exemple sont dédsîÊu

4io

On [a écrit de leur vivant contre Blatera et M. L***. Blatera et M. L*** sont morts. Selon Pline y Maxime conservera sa réputation de générosité s'il publie son ouvrage tout de suite après la mort de Blatera ; c'est précisément ce qu'a £sdt Fauteur de la Théorie du paradoxe , en donnant son écrit le lendemain du jugement de M. L^^^. Il n'a donc point màhqué de générosité. « .

Enfin f quand on cherche à quelle autre épo^ que on aurait pu donner au public une critique de M. L***, on n'en trouye aucune à laquelle 6n puisse s'arrêter. Avant son jugement , quelque étrangère que cette discussion soit aux raisons pour lesquelles il a été rayé du tableau ^ elle pouvait lui nuire ^ en affaiblissant l'intérêt que quelques gens prenaient encore à lui ; car rien ne détruit Tintérét aussi sûrement que le ridicule. Attendre quelques mois après ce jugement c'était s'exposer à tomber dans un temps y qui sans doute n'est pas fort éloigné , où , M. L*** lui-même, ét^t oublié , on ne lira plus une critique de ses ouvrages , et l'auteur de la Théorie du paradoxe avoue qu'il écrivait pour être lu. ^

Quelques admirateurs de M. L*** se récrieront sans doute , et diront qu'il n est pas fait pour être oublié; mais qu'on nous permette de

douter que cette grande célébrité finisse se soutenir encore long-temps. Elle ne peut être fondée en effet que sur les productions litté-* ipîres de M. L*** , ou sw ses mémoires.

Quant aux écrits du premier genre , nous dirons que le public se laisse frapper un moment par les opiilions extraor^aires , par le paradoxe ; mais qu'après un temps fort /:ourt , il met à sa place tout écrivain qui ^ en traitant des matières intéressantes, n'a pas la vérité pour but f et l'amour de l'humanité pour motif : et nous attestons ici tous les lecteurs sen* ses , combien ces deux dispositions sont étran* gères à M. L***. Quant à ses travaux en qualité d'avocat , M. L*** se trompe beaucoup , sll croit aller à la postérité parce qu'on a parlé quinze jours de quelques-uns de ses mémoires, et qu^il a vendu un ou deux mille exemplaires de chacun : ce peut être làJ'effet naturel et nécessaire de l'întérét qu'on prend aux personnes , dans une grande société , sans qu'on ait aucune estime ' pour le talent de celui qui les attaque ou les défend. Ce n'est pas que lenpchins , les Gùeau de Reverseau , les Le, Normand, les de Gesnes, etc. , n'aient donné des preuves de lalent , et n'aient fiait honneur au barreau et aux lettres ; mais c'est qu'ils raisonnaient solidement , et qu'ils écrivaient bien , et qu^à Tinté-

rêt pour ou contre les cliens , 9e joignait pow les patrons^ celui que leurs ouyrages inspiraient ; et nous avouons que t:e mérite ne nous parait pas être celui des mémoires de M. L^^.

Mais si Ton veut s'obslâner à croire que M. L**^ occupera encore long'-temps ie.pi>« Uic de sa renommé^ on justifiera par là même l'auteur de la Théorie du paradoxe , du repro* che d'avoir fait paraître sa critique au temps où «lie a paru. Car , si M. L*** doit écrire «»• •core y s'il doit encore attirer l'attention par les mêmes moyens qu'il a employés jusqu'à pi^ isent , on ne pouvait pas espérer de le voir ja^ mais tranquille. Avec son esprit nf, sa sngueur^ son ardeur y son feu y safaciUié et son défaut de politique ( toutes qualités qu'il s'attribue j ainsi qu'on le verra plus bas ) y il sera trop di^ ficile de trouver M. L*** vacant y sans ennemis et sans afiàîre sav 1^ bras ; toute épo^ que était donc indifférente pour liarttaquer y -s'il avait mérité d'être attaqué en effet.

Ces raisons sont sans doute bien Misantes .

mais en ^è^i de plus fortes. Quel est donc y après tout y l'homme pour qui quelques personnes montrent un « gmnd • intâ:*6t ^ «ta quels titres a-t41 mérité les ménagi^nens qu'on exige pour lui ? Depuis dix ou douze ans que M. L*** écrit avec cette mailheureuse £atcilîfé

qui est presque toajours le partage des gens médiocres ^ il ne cesse d'iusulter les hommes , morts et yivans ^ dont les travaux honorent le l^lus l'esprit bumatn , les Montesquieu , les Leitmitz, les d'Alembert, etc. , des philoso-* pfaes occupés de la recherche des principes du bonheur des nations ; les gens de lettres en général et en particulier^ qu'il représente comme «de lâches déserteurs de la cause de Thu* manité , des empoisonneurs publics , des en*nemis du gouvernement , etc« Et parce qu'un homme de lettres fait une critique littéraire des ouvrages ^ M. L*'^^ , il y aura des gen$ qui trouveront qu'çn n'a pas eu assez de ménagemens pour M. L**'*' ; en vérité cela est bigarre , pour ne rien dire de plus. Non , Tau*^ teur de la Théorie du paradoxe n a pas du avoir des égards si délicats , précisément parce que M. L^jlÉKik'a jamais eu pour personne ceux auX'quels I^Rait obligé bien plus rigoureusement. D'autres motifs plus puissans se joignent en^ COTe à ceux-4à , je veux dire les torts très-réels et très*graves dont M. L***^ est coupable aux yeux de tout homme qui a quelque attache- •m^it pour les vérités importantes sur lesquelles repose la base du bonheur des sociétés; vérités que cet écrivain a constamment com- ^ttu«s ^ et qu'il n'a pc^ li^nu à lui de rendre

problématiques : voilà ce qu'il faut voir ; si Vaa ne veut p^ demeurer dans une ignorance grossière de l'état et de Timportance de là ques^ tion entre M. L*** et son critique. ^

Il semble à certaines genç que deux écrivains disputant sur les principes du droit public , sur les limites de la liberté et les droits de la pro* priété , sur l'esprit et les eOèts des lois , sur les maximes de l'administration intérieure , etc. jouent une partie de paume , dans laquelle la galerie n'est pour rien ; il leur semble qu'il est indifférent que la victoire démeute à l'un ou à l'autre des combattans. Ces spectateurs apathiques ne voient pas que c'esjt leur fortune qu'on joue , et qu'ils laissent perdre en effet , faute d'encourager le champion qui se bat pour eux.

Quel est donc le citoyen dont Texistence et le bonheur ne seront |^ compromis , s'il faut regarder comme autant de vérités ioMptestables, ces assertions de M. L***? qa^m liberté civile est une chimère , que les hommes rien ont jamais joui ; que les gouvememens asiatiques sont les seuls qui rendent les nations heureuses,* que la société Jait du monde entier un cachot f où il VLj a de libres que les gardiens des pri^ sanniers ; que la société s^it de la destruction des libertés , commue les bêtes camacières vissent du meurtre des animaux timides ; que les ou-

Vrages des philosophes qui ont plaidé la cause de la liberté ^ ne sont que des déclamations , et ne servent qiià réunir , dans le cœur de Ves^ clape, le sentiment de Vinjustice à celui de Tes^ clamge ; enfin quV/ ne faut écouter que la s>oix terrible y mais sincère, qui dit : Souffre et meups^^nchaîné , dest là ton destin (Th. des lois , tom. n , chap. dernier , contenant une récapitulation de tout l'ouvrage). Quel intérêt peut donc inspirer l'écrivain qui travaille à établir ces horriftes maximes , et qui , obscurcissant les notions les plus importantes au bonheur des natidns , cherche à rendre inutiles les travaux de ces hommes célèbres , qui , pour nous servir de l'expression heureuse de l'un d'entre eux ., ont fait retrouver à l'humanité ses titres perdus ?

Il n'est pas à craindre , dira-t-on,^ que des principes si désespérans , et en même temps si absurdes^ s^établissent jamais universellement : je le veux croire pour l'honneur de la raison ; mais qui ne frémira à la seule pensée qulls peuvent être adoptés par des souverains ? "Et c'est l'homme qui écrit sans relâche pour les répandre et les accréditer , qu'il a fallu ménager ; dont on aurait du choisir les momens ; qu'on regarde comme traité avec trop de dureté , parce qu'on a écrit une plaisanterie con-

tré lui ! c'est cet homme ^ dis-j.e ^ pour qui on siftche uae si scandaleuse compassion ('^)!

Ce sentiment , au reste , peut être dans quel* ques personnes l'effet d une sorte de sensibilité qu'on peut pardonner , en la trouvant cependant aveugle et d'un exemple dangereux ; mais on ne peut se oissimuler que éhez beaucoup d'autres il tient à des motifs qui ne méritent assurément aucun égard , je veux dire une trèsgrande indifférence pour la vérité.; quelque éloignement pour les gens ^ lettres^ que M. L*'*'* s'est donné le droit d'insulter ; et peut-être aussi le diagrin de voir montrer au doigt le ridicule de ce qu'on a trouvé beau.

Mais les'personnes qui plaindraient M. h^^^ par de semblables moti& , ne peuvent pas exiger qu'on partage leurs sentimens , ni qu'on soit bien affligé de n'avoir pas obtenu leurs suffrages. Quant aux autres , dont l'opinion est Feffet d'une bonté peu réfléchie , on ose croire ^e, d'après les explications qu on vient de voir, elles ne s'obstineront pas à condamner la con-

(*; Quoique Fauteur , en écrivant ceci , n'ait point du tout envie de rire , il ne peut s*empécher de rappeler aux lecteurs l'ëpigriimme :

Je pleure , faëlas ! pour ce pauvre Holofieme , Si mécbaïaméfttinis à.ii|ov} pjtr Jv4i4*

duite âe Fauteur de la Théorie du paradoxe , et qu'elles lui sauront gré , au contraire f de l'espèce de justice? qu'il a faite d'un écrivain également ennemi et des principes du goût , et de ceux dont il importe le plus aux hommes de bien établir la vérité.

• * rf i

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