‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 19 sur 31 · DE M. FOX ET DE M. PITT · texte numérisé non relu

DE M. FOX ET DE M. PITT

Des pasaions impétueuses ; un grand amour et an grand besoin de sensations fortes; une. ambition ardente, mais généreuse; un patriotisme assea éclairé pour ne pas endure la pliilantfaropie; une sensibilité profondé et vraie; une fidélité à toute épreuve daiis l'amitié ; une constance dans les affections qui l'emportait sur les haines et sur les intérêts de parti; un mélange d^enfanœ et de supériorité rempli de charme; un esprit fin, pénétrant, quelquefidis ironique, mais que tempérait une bonté parfaite, et dont la puissance ne servait qu a combattre des doctrines funestes ou à seconder les mouvemens d'une noble indignation; une éloquence entraînante, mais souvent inquiète et précipitée, comme si d'innombrables idées assiégeaient l'orateur et le poussaient malgré lui ; un instinct admirable et rapide dans tout ce qui avait trait à la liberté ; le goût de tout ce qu'il y a d'élégant dans les arts et de beau dans la nature ; le don d'estimer l'espèce humaine et de n'éprouver la défiance que lorsque les faits l'avaient méritée : telles étaient

( ?a.5 ) les qualités qui plaçaient M. Fax au rang des plus grands et des meilleurs hommes dont l'Angleterre ait pu s'honorer.

Celles de M. Fitt étaient différentes : sa dialectique était puissante; sa doctrine pure et souvent élevée; son ambition immense, mais calme; toutes ses passions s'y étaient concentrées; au^ cune affection y aucun entraînement, aucun goût pour les arts, pour le plaisir, pour les femmes, ne Ten détournaient. Le bruit public prétend qu'il se permettait de temps à autre d'obscures et vulgaires jouissances ; mais il a fourni sa carrière sans ressentir une fois l'amour. On a dit, et je crois avec raison*, que, dans sa jeunesse, il se livrait avec ceux qu'il appelait ses amis, aux distractions que procuret^t en Angleterre les longues séances après les repas; mais son ivresse même était sage ; elle n'établissait aucune intimité entre, lui et ses convives, parce qu'aucune sympathie n'existait dans son âme entre eux et lui. Ayant d'arriyer aux {premières places , il avait, oomipe le font toujours tous les candidats pu ministère,, professé, les principes de la liberté. Mais si l'otij compiure.les c^cQurs qu'il a prononcés à ce sujet (ils sont à la véjTÎtié.en très petit nombre, puifr^ qu'il a étéi ministre. d vipgt*trois ans) avec ceux qu'il aconsfuqrés^y pendant le res^e, ^& s^r carrière.; a favoriser l'accroi^ment du g^uv^oj!^,^ çxk ,Yoit

( 324 ) que la défense du peuple n'^it pas un terrain . propre au développement de ses facultés. Elles

brillaient surtout quand il s'agissait de déclamer contre la cause populaire. L'autorité était son atmosphère^ comme la liberté celle de M, Fox.

Cependant , je ne le nierai point , il y a beaucoup de discours de M. Fitt qui sont parfaitement constitutionnels. Une constitution représentative a cet avantage, quelle fait entrer les idées des droits et des garanties dans Fesprit de tous ceux qui aspirent à prendre part au gouvernement, et, à foi'ce de répéter pour leur intérêt des maximes de cette espèce, ils se persuadent enfin quils y croient. Mais la manière^ dont ces deux hommes ' célèbres considéraient la constitution anglaise n'était point la même. M. Fox y voyait un noble espoir de perfectionnement pour toutes les classes de l'espèce huniaine, M. Pitt, un moyen de puissance régulière et de stabilité pour l'oligarchie.

J'ai parlé de la constance de M. Fox dans ses

affections, et les Anglais sont encore émus quand ils se rappellent les larmes versées par lui. en plein parlement lors de sa rupture avec M;. Buîr^e. Je ne sais si M. fitt a jamais pleuré ; mais^ assurément ce n'a jamais été sur de vieilles amitiés brisées. M. Fofx a eu des àmî^; M. Pitt des associés , Ou plûtôt'des subàftdrhbs:

( 5a5 ) Lé ministère de M: Pitt a été, en 1 789/probablemenl une grande calainité pour l'Europe. Je ne sais quel auteur a dit que l'âme avait encore ]dus d'esprit que l'esprit tout seul. Un ministre plus cosmopolite et moins anglaisque M. Pittaurait vu, dans le grand mouvement imprimé à la France, une époque' qui pouvait devenir lieureuse pour rbumanité. M. Pitt n'y aperçut qu'une crise qui affaiblissait la nation rivale de l'Âugleterre. Il voulut accroître Le mal au lieu de seconder le bien. Il réussit à plonger la France dans un épouvantable chaos; mais la destinée est équitable : la France -est sortie de ce désordre, et l'Angleterre a été quelque temps sur le point d'y entrer. Je ne veux point iciy comme desécrivains exagérés.et trop soupçonneux, accuser M. Pitt d'avoir soudoyé toutes les Jborreurs de la démagogie sanguinaire de 1795. Il y a des crises durant lesqucfUes les factions •ipi'oBt pas besoin d'être séduites. pour être folles. Laa tCNrts de M. Pitt remontent plus haut. C'est en lydçi et en 1790 qu'il combattit, par tous les moyens, secrets qui étaient entre ses mains, les efiEoffts de M. Necker pour apaiser la France; et je tieiis de ce dernier, qu'entre autres obslacles à 'taules les maures qui. pouvaient rétablir le calme ^ au succès des approvisionnemens , par exemi^e, durant le teirible hiver de 17899 il jrenooDlBa souvent l'influence anglaise. «

M. Fox y on n'en peut Coûter y aurait agi bien différemment. Il eût favorisé la tendance amicale qui se développait alors entre les deux nations ; il eût offert aux Français agités ^ touir- Bientés par les fléaux des saisons , par ceux des divisions intestines et par des intrigues étrangères^ une noble et loyale alliande. Au liei) d'esciter les souvéfaiâs de l'Europe k lever rétendard contre un peuple qui voulait resfpecter Tindépen-* dancé de ses voisins, sous la seule condition que la sienne serait respectée, il eût employé rinflueoce du cabinet de Sqint-James à faire sentir à ia première coalition qu'il ne fallait pas irriter vingt-Kîinq millions d'hommes enthousiastes de la liberté; et par cette conduite , il eût vraisemblablement ^uvé Louis XVI et les miiliers de victimes qui l'ont précédé et qui l'ont suivi. • A la vérité , ^Angleterre n'eût pas , durant vingt an^, exercé aumémepoint lé monopole du -coaimerce; elle n^atirâit pas été Tunique puissance •maritime de l'Europe; mais aussi elle n'aurait pas vu à Stockport^ k Manchester, à Smitfafield, des rassembleméiis de soixante-dix mille mécontens; la constitution n'aurait pas été menacée; Tobéisfiiancé aux lois n'aurait pas été remise en proMeme; d msensésdemagogues n'auraient pas cm marcber k la liberté par l'anarchie» et à la justice par l'assassinat , tristes résultats d'un insolent triomphe.

( 5^ ) Itf ^ Pilt e«t le fondateur dft YécoUfi politique qui doxpioç ^ctoellemeut en Angleterre. L'egoisroe, )i^ mépris des hommes et Tamonr de largent en sont )es mobiles. M. Fitt , néanmpin6> ^t^it peiv ^onnelleiqent £^u-dessus (les qoq^dérations inté'ressées; son intégrilé pécimi^ir^ ét^it reconnue. L^ médiocritd seule est ayidis^ et le talent qua-r yait M. Bkty et qui ne distingue aucun de ses élèves y le préservait des calculs sordjides* Mais il y a dans les ][iommes qui ont soif du poiivoir une sorte d'arrogance qui jGaijL qu'ils, ne sont pas f2t^ chés de voir leurs instrupeiis dirigés p^r des passiops moins nobles. Outre qu'Uf jouirent de ^ sentir siiip^neurs à ces inst|rujQaens ^ . il$ s'eia croient plus surs > parce qu'on regarda cqmme sa propriété vCe.que l'pn achète « . Durant ja.Jio^gue administration de M* Pitt^ leslitreç'se.spnt multiplié^, les sinécure$ se Mut aocruçs* Il ayait oublié au timon d^s ^flaires ce qu'ii avait dit lors de son entrée au parlenotent» . « Messieurs j disait*il/lçs ministres 4e vraienjt D. ;^]a moiris donner au peuple la cpusolaf jpi^. d^ ». Yoirque.le souve/ain prjçnd part à se^ çpufr ^ «frances.^ c^t offre lui -^mêm.e l'exemple honor ?r,J^\A^ diVi^e s^ge éc.o|iomie, dans un n^oment ^..^i.pri^ique;. ils devraient consulter la gloire et 4>, l'honneur de l^ur naître , et le relever encore^ #) «^'il est possible 9 dans rqpinion de ses sujets ,

( 5a8 ) » en lai faisant le mérite de retrancher ce qui » appartient à la magnificence , pour ne conser- » ver que ce qui est nécessaire an besoin. An

» lien d'attendre les demandes d'un peuple ac^ » câblé, ils devraient accrottre sa popularité par » un abandon volontaire de revenus superflus. » Si les ministres n'ont pas fuit leur devoir, ce ^ n'est pas une raison pour que cette chambre ) ne fasse pas le sien. Actifs en tout oe qui cona cerne IHntérét de leurs repr^ntans, les mem- » bres de cette chambre saisiront tous les moyens » raisonnables qui se pr&enteront d'eux-mêmes ; » et certes, nul n'est plus positif et plus flatteur » que celui de l'économie. Leur caractère leur }} impose le devoir de suivre ce principe jus- » qu'au pied du trône même, en conseillant » k la couronne d'abandonner une ostentation » inutile, afin de conserver le pouvoir néces- » saire ; de diminuer un peu de sa pompe royale, » afin d'assurer d'autant le respect qui lui est » dû ; de restreindre enfin sa grandeur ezté- » rieure , pour augmenter encore sa dignité per- >) sdnnelle .... Ce n'^t pas déroger à la gran- » deur royale que d'écouter avec intérêt les » plaintes du peuple^ Parler de la tutelle de » cette chambre serait peut-être employer une » expression trop forte ; mais avouer sa curatelle » ne peut oflenser un roi coastitutionnel. Ladi*^

>i minutiori de ses dépensés sapérflues n'attaque )» pas la royauté; «t loin que sa magnificence I) et sa grandeur puissent élre atteintes par une » sage économie, dans un temps aussi critique^ ji son existence semble , au contraire , prendre » une 'force plus réelle par la réduction des dé- » penses. . • • La liste civile a été accordée à Sa » Majesté par le parlement, pour tout autre » motif que pour son usage personnel. Elle a été >i allouée afin de soutenir le pomroiret la dignilé n de Tempire, afin de maiatetrrr sa grandeur, » âfiade payer les juges et les. ministres étrm- » gers; enfin pour entretenir la splendeutr et lé M re^ct dos au gonvernemeot , par TentiMieti » des grand^ofiièiers de la couronne, propor^ » tionnellement à F<^|mlence du peuple» » :

Ainsi parlait M. Pitt, dans sa vingt-^ukièmè année, sur les bancs de 4'oppositk>il^ contre lôrd JVorth • Il serait curieux de rstpprocber ces paroles du gouvernement de M; £ftt,"niinistrei M. Fox a laissé des traces^inefiacaUes dans 4oàs lés ocaon des ainis dé la liberté 'eli 4dgletëfre; M. Pitt a laissé une secte d'adorateurs qui 'célébraient en* icore aon machiavélisme idaus^ le mNrakent où TAtigleterre en porttfil la peine. Sir -& Romilly', sir JameS'Madiintiishf M> Bcnkiét/rM. Tierney; sont les disciples deM.Foar. Lé&élèvefrde^MiFîH sont aieèz .cMiihustsaBs:(giê je les novnnte»'

Deax circoQstanGes étaUî«8eiit eotce M. Vo% ei If* Pitt une ressemblance apparente. Totis deux ont réddmë là réforme parlementaire; maiçil vaut la peine de comparer leujrs dîsconrs sur cette amélioration* Quelle chaleiirt quel eatrainement» quelle sincérité dans l'un I Quel saog-froid, quelle éléjipnce con^Mssée^ quelle absence d'àme dans Tatitre! L'un va jusquaû fond, Tautre reste à là 'Surface; lun veut des téalîtést l'autre s'al^ lâche aulc fonmes; l'un veut que le pe»ple soit ymîAieut plus libre ^ 1 autre .que l'^^archie soit «ieux déguisée» Tons éeux bat échoué dans leurs tentatii^es sinoèrasou apparente;; mais il. est probal^e. qne M. Fox: a géosi de sa dé«fittte, et queîM^ Pitt :sfen:est réjoui. L avenir décidera lequel jugeait tziieux de la aîtuatioo de 4'Angletérre*

* Un secondi ^rapport 60US lequeV M^ Plu et M^ Fox se j^ebsemblentV c'eAi qu'ik sont morf^ loifedèux dàaisla vie- privéb; B^aia il y a entre euac mtté diflerence , -que les ministres qni ondt reni^^laeé AL Fox:étaieat..ses edirérsàiires. tt a pu* comme membre (^ lai chambre des communes* rendre, toujoufi à sou pays le^ setriee important d une! opposition, GonstîtmlioM^Ue , et sa mémoire, n^est. pdint «ësptmsable des j&utes de ses VitlceMeilrs ; /tandis que ^toua ' les i ministres qm ont eu le. tponvmr* depuis M.. Fiât 9 .fonoin k

son école, ou d'après ses traditions, et empreints de son esprit, ont agi suivant ses maximes, et que la responsabilité de tous leurs actes retombe sur lui*

( 5Sa )

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