‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 18 sur 31 · I '•••II · texte numérisé non relu

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(i) Schiller n'avait^ pas ihtr6dmt les cbttnrs châHCanS^, îrMi^

parlaos* • ^ • . :. i •- >

doit dtre une espèce de retentissement sombre et imposant du sentiment général. Rien de ce qui est passionné ne peut lui convenir , et dès que Ton imagine de lui faire jouer un rôle et prendre un parti dans la pièce même, on. le dénature , et son effet est manqué.

^Mais SI les Allemands ont rejeté l'introduction des chœurs dans leurs tragédies, celle dune quantité de personnages subalternes qui arrlyent d'une manière naturelle , bien qu'accidentelle , sur la soène, remplace, à beaucoup d'égards, comme nous l'avons observé précédenmient , Tusage des chœurs. Pour nous en convaincre, il ne faut qu'examiner ce qu'a (ait Schiller dans son Guillaume Tell, et rechercher ce qu'aurait fait un poète grec traitant la même situation. Tell, échappé aux poursuites de Gessler, a gravi la cime d'un rocher qui domine sur une route par laquelle Gessler doit passer. Le pajsan suisise attend son ennemi , tenant en main l'arc et les flèches qui , après avoir servi l'amour pa«« terael , dôvvent maintenant servir la vengeance. Il se retrace , dans un monologue , la tranquil* lito et! l^nn^cence de sa vie précédente. U s'étoime Itti-^Méme de se ^r jeté toutà coup par la tyrannie hors de l'eicistence obscure et paisible que le, sort semblait lui savoir <festinée« U recule devant l'action qu'il se trouve forcé de commet-

tre ; ses mains encore pures frémissent d'avoir à se rougir, même du sang d'un coupable. Il le faut cependant, il le faut pour sauver sa vie , celle de son fils y celle de tous les objets de son affection. Nul doute que, dans une tragédie grecque, le chœur n'eût alors pris la parole pour réduii*e en maximes les sentimens qui se pressent en foule dans rame du spectateur. Schiller, n'ayant pas cette ressource, y supplée par l'arrivée d'une noce champêtre qui passe , au son des instnimens, près des lieux où Tell est caché. Le contraste de la gaieté de cette troupe joyeuse et de la situation de Guillaume Tell suggère à l'instant au spectateur toutes les réflexions que le chœur aurait exprimées* Guillaume Tell est de la même classe que ces hommes qui marchent ainsi dans l'insouciance; il est pauvre, inconnu, laborieux, innocent comme eux ; comme euic, il paraissait n'avoir rien à craindre d'un pouvoir élevé si fort au-dessus de lui : et son obscurité, pourtant, ne lui a pas servi d'asile. Le chceur des Grecs eut développé œtte vérité dans un langage sententieux et poétique ; la tragédie allemande la fidt ressortir avec non moins de force par l'apparition d'une troupe de personnages étrangers à l'action , et qui n'ont avec elle aucun rapport ultérieur.

D'autres fois ces personnages secpndaires ser*-

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T€Qt à développer dune manière pîquanle et profonde les caractères prinoîpaux* Wenier, connu f même en France, par le succès mérité de sa tragédie de Luther^ et qui réunissait au pkw haut degré deux qualités iaooociliaUes en appa-renœ, l'observatioa spirituelle et souvent plaisante du cœur humaûi > et une mélatieolie enthousiaste et rêveuse; Wemer, dans wa-AtUla^ présente à nos regards la cour nombreuse de Yalentiaien , se livrant aux danses, aux concerts, à tous les plaisirs, tandis que le Fléau-^-^Dieu est aux portes de Rome. On voit le jeune emp^ reur et ses favoris , n ayant d'autre soin que de repousser les nouvelles âehenses qui pourraient interrompre leurs amusemens, prenant la vérité pour uo indice de malveillance^ la prévoyance pour un acte de sédition; ne considérant comme des sujets fidèles que ceux qui nient les faits dont la connaissance les importunerait, et pensant &ire reculer ces laits en n'écoutant pas ceux qui les rapportent^ Cette insoucianoemise sous les yeux du spectateur le frappe beaucoup plus qu'un simple récit n'aurait pu le ftire.

Et pour tirer de WaUsiem même deux autres exemples, Tersky , son beau^frère et. son confident, fait signer à des généraux en foule ^ après un festin , rengagement de rester fidèles à Wallsteitt , contre la volonté de la côûr.

Celte scène 7 dans laquelle Tersky , pour les amener à son but, leur rappelle tous les bîen- &its qu'ils ont reçus de leur chef, bienfaits dont 1 enumération seule forme un tableau piquant de l'ëtat de cette armée , de son indiscipline, de son exigence et de Tesprit d'égalité qui se combinait alors avec l'esprit militaire ; cette scène , dis-je, est d'une originalité remarquable et d'une grande vérité locale ; mais elle ne pouvait être rendue qu'avec des expressions que notre style tragique repousse.

Plus loin, Buttler assemble de simples soldats pour les engager a assassiner Wallstein; et si , dans Shakespeare , les scènes des assassins de Banco sont frappantes par leur laconisme et leur énergie , celles des assassins de Wallstein ont un autre genne de mérite. La manière dont Schiller développe les motifs qu'on leur présente et gradue l'effet que produisent sur eux ces motifs ; la lutte qui a lieu dans ces âmes farouches, entre l'attachement et Tavidité ; l'adresse avec laquelle celui qui veut les séduire proportionne ses albumens à leur intelligence grossière, et leur fait du crime un devoir, et de la reconnaissance un crime; leur empressement à saisir tout ce qui peut les excuser à leurs propres yeux , lorsqu'ils se sont déterminés à verser le sang de leur général; le besoin qu'on aperçoit, même dans ces

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cœurs corrompus , de se faire Hlusioo et de tromper leur propre conscience en convrant d*une apparence dé justice TaUentat qu'ils vont exécuter ; enfin le raisonnement qui les décide^ et qui décide ^ dans tant de situations différentes^ tant d'hommes qui se croient honnêtes^ à conunettre des actions que leur sentiment intérieur condamne, parce qu a leur défaut d'autres s'en rendraient les instrumens : tout cela est d'un grand effet tant moral que dramatique. Mais le langage de ces assassins est vulgaire, comme leur. état et leurs sentimens. Leur prêter des expressions relevées , c'eût été manquer à la vérité des caractères , et , dans ce cas , la noblesse du dialogue serait devenue une inconvenance* J'avais essa^^é de mettre en récit ce que ScbfUer a mis en aciion. Je m'étais appliqué surtout à faire ressortir l'idée principale , la conâdération décisive qui impose silence à toutes tes objections et l'emporte sur tous les scrupules. Buttler , après avoir raconté ses efforts pour convaincre ses complices, finissait par ces vers :

Lorsque je leur ai dit que s'ofirant à leur place , D'autres briguaient déjà mon choix comme une grâce. Que le prix était prés, que d'autres, cette nuit, De leur fidélité recueilleraient le fruit , Chacun a regardé son pliis proche complice ; Leurs yeux brillaient d'espoir , d'envie cl d'avarice i

D*uiic sombre rougeur leurs fronts se sont couverts; Ils répëlaient tout bas : d'autres se sont offerts.

Mais j'ai senti . bientôt que je tomberais dans une invraisemblance qu'aucun détail ne rendrait excusable. Buttler cherchant à faire partager à Isolan son projet d'assassinat , ne pouvait sans absurdité s'étendre avec complaisance sur la bassesse et l'avidité de ceux qu'il avait choisis pour remplir ses vues.

L'obligation de mettre en récit ce que , sur d autres théâtres, on pourrait mettre en action , est un.écueil dangereux pour les tragiques frança^. Ces récits ne sont presque jamais placés naturellement ; celui qui raconte n'est point appelé par sa situation oii son intérêt à raconter de la sorte. Le poète d'ailleurs se trouve entraîne invinciblement à rechercher des détails d'autant moins dramatiques, qu'ils sont plus pompeux. On a relevé mille fois l'inconvenance du superbe récit de Théramène dans Phèdre. Racine ne pouvant, comme Euripide , présenter aux spectateurs Hippol^te déchiré, couvert de sang, brisé par sa chute, et dans les convulsions de la douleur et de l'agonie^ a été forcé de faire raconter sa mort: et cette nécessité la conduit à blesser dans le récit de cet événement terrible, et la vraisemblance et la nature^ par une profusion

de détails poétiques, sur lesquels un ami ne peut s étendre et qu'un père ne peut écouter^

Mon respect pour nos habitudes et nos mœurs m'avait fait commettre une erreur plus grare encore. Le caractère de Thécla, fille de Wallslein, excite en Allemagne un enthousiasme universel; et il est difficile de lire Fouvrage de Schiller, dans sa langue originale , sans partager cet enthousiasme ; mais j avais craitit qu'en France ce caractère n'obtint pas l'approbation du public. L'admiration doutil est l'objet chez les Allemands tient à leur manière de considérer l'amour , et cette manière est très difierente de la nôtre. Nous n'envisageons Famour que comme une passion de la même nature que toutes les passions hu-> maineSy c'est-à-dire ayant pour effet d'égarer notre raison , ayant pour but de nous procurer des jouissances. Les Allemands voient dans Famour quelque chose de religieux , de sacré, une émanation de la divinité même , un accomplissement de la destinée de Fhomme sur cette terre, un lien mystérieux et tout-puissant entre deux âmes qui ne peuvent exister que Fune pour l'autre. Sous le preinier point de vue, Famour est commun & Fhomme et aux animaux ; sous le second, il est commun à l'homme et à Dieu.

Il en résulte que beaucoup de choses qui nous paraissent des inconvenances, parce que nous vlj

( ^8? ) apei'ceyons que les suites d'une passion , semblent aux Allemands légitimes et même respectables , parce quils croient j reconnaître l'action d'un sentiment céleste.

Il y a de la vént.é dans ces deux manières de voir; maisy suivant qu'on adopte Tune ou Tautre, l'amour doit occuper^ dans la poésie comme dans la morale 9 une place différente.

Lorsque l'amour n'est qu'une passion, comme sur la scène française ^ il ne peut intéresser que par sa violence et son délire. Les transports des sens y les fureurs de la jalousie , la lutte des désirs contre les remords^ voilà l'amour tragique en France. Mais lorsque l'amour ^ au contraire ^ est, comme dans la poésie allemande , un rayon de la lumière divine qui vient échauffer et puri* fier le cœur, il a tout-à-la-fois quelque chose de plus calme et de plus fort; dès qu'il parait, on sent qu'il domine tout ce qui Fentoure. Il peut avoir à combattre les circonstances, mais non les devoirs; car il est lui-même le premier des devoirs, et il garantit l'accomplissemetit de tous les autres. U ne peut conduire à des actions coupables, il ne peut descendre au crime , ni même à la ruse ; car il démentirait sa nature , et cesserait d'être lui. Il ne peut céder aux obstacles, il ne peut s'éteindre; car son essence est

ininiortelle; il oe peut que retonrner dax» le sein de son créateur.

C*est ainsi que 1 amoar.de Tkéda est i^réseaté dans la pièce de Schiller. Théclax n'est point une jeune fille ordinaire ,- partagée entre Imclination qu elle ressent pour un jeune homme et sa soumission envers son père, déguisant ou contenaul le sentiment qui la domine , jusqu'à ce qu elle 2^it obtenu le consentement de celui qui a le droit de disposer de sa main; effrayée des obstacles qui menacent son bonheur ; enfin , épix>uyant elle-même et donnant au spectateur une impression d'incertitude sur le résultat de son amour et sur le parti qu'elle prendra si elle est trompée dans ses espérances. Thécla est un être que son amour a élevé au^essus de la nature commune, un être dont il est devenu toute l'existence y dont il a fixé toute la destinée. Elle est calme, parce que sa résolution ne peut être ébranlée; elle est confiante, parce qu'elle ne peut être trompée sur le cœur de son amant ; elle a quelque chose de solennel , parce que Von sent qu'il y a en elle quelque chose dlrrévocable; elle est franche, parce que son amour n'esst pas une partie de sa vie, mais sa vie entièi'e* Thécla , dans la pièce de Schiller, est sur un plan tout diSerent de: celui oii est placé le reste des personnages. C'est un être, pour

(a89) aiesi dire aérien , qui plane sur cette foule d'ambitieux, de traîtres, de guerriers farouches, que des intérêts ardens et positifs poussent les uns contre les autres. /

On sent que cette créature lumineuse et prèsque surnaturelle est descendue de la sphère éthérée, et doit bientôt remonter vers sa patrie. Sa voix si douce , à travers le bruit des armes , sa forme délicate au milieu de ces hommes tout couverts de fer , la pureté de son âme , opposée à leurs calculs avides , son calme céleste qui contraste avec leurs agitations , remplissent le spectateur d'une émotion constante et mélancolique, telle que ne la fait ressentir liulle tragédie ordinaire.

Aucun des personnages de femmes que nous Toyons sur la scène française n en peut donner ridée. Nos héroïnes passionnées, Alzire,Âménaide, Adélaïdédu Guesclin , ont quelque chose de mâle ; on sent qu'elles sont de force à combattre contre les évènemens, contre les hommes, contre le malheur; on n'aperçoit aucune disproportion entre leur destinée et la vigueur dont, elles sont douées. Nos héroïnes tendres, Monime, Bérénice| Esther, Atalide, sont pleines de douceur et de grâces ; mais ce sont des femmes faibles et timides; les évènemens peuvent les dompter. Le saClrifice de leui-s sentimens n'est point présenté côiaine

( «90 ) ipipossible* Bérénice se té^igœ à vivre aans T£t^S| Monime à épouser Mithridate, Âtalide à voir Qajazet s'unir à Roxane; Estber n'aimie point Âssuérus. Les héroïnes de Voltaire luttent contre les obstacles , celles de Racine lenr cèdent , parce que les uoes et les autres sont de la même nature qiie tout ce qui les entoure. Thécla ne peut lutter ni céder ; elle aime et elle attend. Son sort est iixé; elle ne peut en avoir un autre, mais elle ne peut pds non plus le conquérir en le disputant contres les bomoies : elle n'a point d'armes contre eux; sa force est toute intérieure. Par là même, sqn sentiment l'affranchit de toutes les convenances que prescrit la. morale que nous sommes habitués à voir sur la scène.

Thécla n'observe aucun des dégùisemens imposés à iios héroïnes ; elle ne couvre d'aucun voile, son amour profond, exclusif et par; elle en parle sans, réserve à son ^mant. ce Otà serait , lui » dit*elle, la vérité sur la terre, si tu ne l'apprenais » par ma bouche? » Elle n'annonce point qu'elle fàssm dépepdre ses espérances de l'avçn de son père; ou prévoit même que s'il le refuse, elle ne se croira pas coupable de lui résister. Son amour l'occupe et Ifabsorbe tout entière ; elle n'existe que pçmr le sentimen;t qui remplit toute sqn àm^ £U^ est si loin de considérer camme> une faute $^ fuite de la maison ^ternelle , lorsqu'elle sp^

( 390 prend que celui qu'elle aime a ^të tuë, qu'elle croit, au contraire , accomplir un devoir. J'avais pensé que des spectateurs français n'auraient pii tolérer dans une jeune fille cette exaltation , cette indépendance., d'autant plus étrangère à nos idées, qu'il ne s'y roéle aucun égarement, aucun délire. Je crois encore que notre public serait choqué de cet oubli de toutes les relations , de cette manière d'envisager les devoirs habituels comme secondaires; enfin, d'une absence si complète de la soumission qu'il admire dans Iphigénie. Uii tel enthousiasme ne peut servir de base à un sys* tème général , et nous n'aimons en France que ce qui peut être d'une application universelle. Le principe de l'utilité domine dans notre littératnrc comme dans notre vie. La morale du thé&tre en France est beaucoup plus rigoureuse que celle du théâtre en Allemagne. Cela tient à ce que les Allemands prennent le sentiitient pour base de la morale, tandis que pour nous cette base est la raison. Un sentiment sincère, complet, sans bornes, leur parait, non-seulement excuser ce qu'il inspire, mais l'ennoblir, et , si j'ose employer celte expression , le sanctifier. Cette manière de voir se fait remarquer dans leurs institutions et dans leurs mœurs , comme dans leurs productions littéraires. Nous avons des principes infiniment plus sévèi^es, et nous ne

( ^92 ) nous en écartons jamais en théorie. Le sentît ment qui méconnaît un devoir ne nous parait qu'une faute de plus. Nous pardonnerions plus facilement à Tinférêty parce que rintérêt met toujours dans ses transgressions plus d'habileté et plus de décence. Le sentiment brave l'opinion^ et elle s'en irrite; l'intérêt cherche à la tromper en la ménageant y et, lors même qu'elle découvre Ja tromperie , elle sait gré à l'intérêt de cette espèce d'hommage. J'avais donc rapproché Thécla des proportions françaises , en m'efibrçant de lui conserver quelque chose du coloris allemand. J'avais tâché de transporter dans son caractère sa douceur, sa sensibilité, son amour, sa mélancolie; mais tout le reste m'avait paru trop directement opposé à nos habitudes, trop empix^int de ce que les littérateurs français , qui possèdent la langue allemande, appellent le mysticisme allemand. Par celte altération , sans ôter à Thécla la teinte étrangère , trop vague et trop rêveuse pour plaire à nos classiques français, je ne lui avais pas donné la couleur régulière requise pour nos héroïnes turques, grecques ou romaines, mais toujours convenablement nationalisées. Le résultat m'a prouvé que j'avais eu tort.

Plus prévoyant, ou plus hardi, j'aurais évité la plupart des fautes que je viens d'indiquer dans mon propre ouvi^ge. J'aurais dû pressentir qu'une

( 295 ) révolution politique entraînerait. une révolution littéraire , et qu'une nation qui n'avait renoncé momentanément à la liberté que pour se précipiter dans tous les hasards des conquêtes ne se contenterait plus des émotions faibles et incomplètes qui pouvaient sufEre à des spectateurs énervés par les jouissances d'une vie paisible el d une civilisation raffinée.

Ce qui m'a trompé, c'est l'espèce d'immobilité dont le régime impérial avait frappé toutes les âmes^ et qu'il avait gravée, pour ainsi dire, sur tous les visages. La littérature partageait cette immobilité. Bonaparte aimait la discipline par*-' tout, dans l'administration, dans Tarmée, dans lés écrivains, et là soumission de ces derniers notait ni la moins prompte ni là moins empressée. Ce qui était dans le chef une faiblesse, funeste à la France et à lui-même , je veux dire le désir d'imiter Louis XIV, comme si ce n'eût pas été descendre au lieu de monter, était, d'ans les lettrés qui aspiraient à ses faveurs une complaisance intéressée à la fois et vaniteuse ; car en obéissant au nouveau Louis XIV, ils se croyaient les égaux des grands hommes qui avaient encensé 1 ancien. De la sorte, les règles du théâtre, comme Télîquette de la cour, paraissaient partie obligée du cortège impérial .

De plus, il y a toujours eu, dès le commcn-

cernent de nos troubles^ chez les hoonnes les plus révolutionnaires en politique , une tendance à proclamer leur attachement et leur respect pour les doctrines routinières de la littératare du dix-septième siècle et les règles recommandées par le précepteur en titre du Parnasse français. On eût dit qu'en se montrant , dans leurs ouvrages, scrupuleux et dociles, ils voulaient expier la vivacité et l'énergie de leurs autres opinions , et prouver que leurs doctrines populaires n'entachaient pas la pureté de leur goût. Us croyaient par là se réhabiliter aux yeux de ce qu'on nommait encore la bonne compagnie , cotterie prétentieuse et compassée , qui préfère l'oubli des devoirs à celui des formes. La révolution avait dispersé l'ancienne ; mais Napoléon s'efforçait d'en créer une nouvelle, d'autant plus susceptible pour les convenances sociales etthéàr traies , qu'elle éprouvait une ardeur de néophyte, et le sentiment qu'elle courait risque de broncher souvent sur le sol inconnu oùson maître U plaçait.

En conséquence , tous les écrivains de Tempire étaient classiques.

Chénier lui-même, le plus beau talent de son époque , comme auteur dramatique , Chénier qui, jeune et entraîné par son républicanisme, même avant la chute de la monarchie, avait

( ^95 ) é aux pieds ^ dans Charles IX, tes bavriènw qui l'auraient gène p était devenu , à la fin de M courte carrière , le partban le plus aélë de toulei^ les entraves léguées par Arktote etconsaOféespi^ Bûileau.

Ces barrières sont renversées- maintenant. La poésie a conquis sa liberté* Les dimensions de notre théâtre se sont agrandies , et les règles qui étaient autrefois des lois rigoureuses^ d'après les^ quelles la critique jugeait ks auteurs, ne sont pli|s que des- traditions dont les auteurs sômt jiUges. > *

La victoire est donc rraaportée^elle l'est trop . peut*^tre momentanément dans Tintéi^ét de l'ait^ . C'est en France qu'a été inventée la maxime qu'il valait mieux frapper fort que juste*

Il en résulte que nos éoriv^ns frappent . si^uvent si fort qu'ils ne frappent pliiu jtiste do toot^

Us ont pour but exclusif de iûre «tfet , et lor»" que,, avec raison^ ils s'affngMhisseitt de certaines règles, ils ont fréquemment le tort de s'écarter de la vérité, de la nature et. dû goût. . Comme il est beaucoup plus facile de faire efièt par les rencontnea fortuites, la multiplicité des licteurs, le changement des lieux, et métfie Iss spectres^ les prodigei et les échafauds, - qtae> >pâr fes situations, lesismitimenset les; caractères , il serait à craindre que nos j tunes auteurs s'élan^

çant dans cette route avec trop de fongoe , . nous ne vissions plus sur notre théâtre que des échafaads, des combats, des fêtes, des apparitions et une succession de décorations éblouissantes.

Il y a dans le caractère des Allemands une fidélité, une candeur, un scrupule qui retiennent toujours l'imagination dans de certaines bornes. Leurs écrivains ont une conscience littéraire qui leur donne presque autant le besoin de rexadl-* tude historique et de la vraisemblance morale que celui des appl^udissemens du public. Us ont dans le cœur une sensibilité naturelle et profonde qui se plaît à la peinture des sentimens vrais ; ils y trouvent une telle jouissance, qu'ils s'occupent . beaucoup plus de ce qails éprouventque de l'effet qu'ils produisent»

En conséquence, tous leurs moyens extéiteurs, quelque multîfJiés qu'ils paraissent, ne sont que des accessoires. Mais en France, où l'on ne perd jamais de vue le public, où Ton ne parle , n'écrit et n'agit que pour les autres , les accessoires pour-* raient bien devenic le principal.

Ce n'est assurément pas que je réclame un respect puérile pour des règles surannées. Celle des unités de temps et de lieu est particulièrement absurde; elle fait de toutes nos tragédies des pièces d'intrigue ; elle force les conspirateurs a concerter la mort du tyran dans son palais même;.

( ^97 ) «Ile s'oppose à ce que G)riolan passe du Forum romain dans le camp des Volsqties, où il doit pourtant se mettre à la tête des ennemis de son ingrate patrie.

Les unités de temps et de lieu circonscrivent nos tragédies dans un espace qui en rend la composition difficile, la marche précipitée. Faction fatigante et invraisemblable.

; Elles contraignent le poète à négliger souvent, dans les évènemens et les caractères, la vérité de la gradation, la délicatesse des nuances. Ce défaut domine dans toutes les tragédies de Voltaire; on / aperçoit sans cesse des lacunes, des transi tior » trop brusques; on sent que ce n'est pas ainsi qu'agit la nature; elle ne marche point d'un pas si rapide; elle ne saute pas de la sorte les intermédiaires.

Il est donc incontestable que nos écrivains doivent s'affranchir de ce joug dans leur nouveau système tragique. 11 faut seulement qu'ils se tiennent en garde contre les changémens de lieu trop fréquens ou trop brusques. Quelque adroitement qu'ils soient effectués, ils forcent le spectateur à se rendre compte de la transposition de la scène , et détournent ainsi une partie de son attention de l'intérêt principal. Après chaque décoration nouvelle, il est obligé de se remettre daus l'illusion dont on Ta fait sortir. La même

(a9«) chose arrive lorsqu'un espace de temps trop cou* sidérable s'écotde d'ua acte à l'autre. Dans ces deux cas y le poète reparaît, pour ainsi dire, en ayant des personnages , et il y a nne espèce de prologue ou de préface sous-entendue qui nuit à la continuité de l'impression.

Au reste, ces inconvéniens, inévitables, en littérature comme gn politique, ne seront pas de longue durée : partout où la liberté existe , la raison ne tarde pas à reprendre l'empire.- Lés esprits stationnaircs ont beau crier que les in* novations corrompent le goût du public : le goût du public ne se corrompt pas; il approuve ce qui est dans. la vérité et dans la nature; il repousse ce qui fausse la vérité , ce qui s'écarte de la natare en l'exagérant. Les masses ont nn instîncU admirable. Cet instinct a déjà tracé à nos exi^ gences politiques les bornes nécessaires pour concilier l'ordre et la liberté; cet instinct travaille et réussit à placer la religion dans la sphère qui lui appartient, entre l'incrédulité et le î^^ natisme; ce même instinct exercera son influence sur la littérature, et réprimera les écrivains sâm les garotter.

NOTES SUR LA GUERRE DE TRENTE ANS(i).

(a) Ernest de Mansfeld est l'un des plus remarquables condottieri du dix-septième siècle. Il était fils naturel du comte de Mansfeld , officier autrichien y qui avait commande avec distinction les armées espagnoles dans les Pays-Bas. L'empereur Rodolphe légitima Ernest de Mansfeld, qui fit lui-même ses premières campagnes sous les drapeaux de FÂutriche , et contre les protes-^ tans. Mais ayant changé de religion , il se mit au service du protestantisme. Il fit la guerre en Bohême y dans le Palatinat, la Franconie, TAlsace, la Lorraine, en Hollande, en Westphalie , en Basse- Saxe, dans la Moravie, dans le Brandebourg et dans la Hongrie. Il se montra le plus aélé défenseur de Frédéric Y, électeur Palatin , qui (ut quelque temps roi de Bohême. Il fut mis trois fois au ban de l'empire. Presque toujours battu , il reparaissait plus fort après ses défaites. Toujours occupé de pillage , il vécut pauvre , n'employant ce qu'il enlevait aux peuples que pour recruter des soldats. Dès la première

(i) Pour la misoD qut fai ënoncëe , page 373 , j'ai cra âe*- Toir joindre quelques éclaircissemeiis hiatoriques i l'eMai prë-^ eëdent. •

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année de la guerre de trente ans, il marcha air secours des insurgés bohémiens, et s*ènipara, le 21 novembre i6i8| de Pilsen, Tune des plus grandes villes de ce pays; mais le lo juin 1619 , il fut complètement battu par Buccjuoi et Wallstefn, et reperdit toute la Bohême. Il se jeta dana le Palatinat, échappa au duc de Bavière, en le trompant par de fausses négociations, délivra Franckental, assiégé par les Espagnols, et alla piller l'évêclié de Spire, le Brisgau et T Alsace; repassant ensuite le Rhin, il défit complètement le fameux Tilly.

Mais Frédéric , l'électeur Palatin , pour lequel il combattait, ayant licencié ses troupes, Mansfeld passa , avec sa petite armée, au service de la Hollande , et dévasta la Westpbalie au nom de cette république» Les Hollandais ne le conservèrent pas long-temps à leur solde, et il se rail en marche pour le M eclilenbourg , où il appuya- Texpédilion du roi de Danemarck. Enfin, vaincu^ par Wallstein, près de Dessau, il se réfugia en Transylvanie, et voulut engager Bethlem Gabop à le soutenir* Celui-ci , effrayé des victoires de Wallstein , se hâta de renvoyer Mansfeld de ses* états, où il aurait attiré la guerre. Mansfeld dirigea ses pas vers Venise,, après» avoir congédie son armée qu'il ne pouvait plus entretenir, et saîvi seulement de quelques officiers qui ne voulurent

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pas le quitter. Il tomba malade a Spalatro. Lorsqu'il sentit la mort approcher , il se fit revêtir de son uniforme , ceignit son ëpée , et s'appuyant sur deux de ses compagnons, il expira debout, âgé de quarante-six ans, le 20 novembre 1626. Çb) Bernard de Weymar, le plus audacieux des géneVaux allemands qui servaient sous Gustave» Adolphe, ne dut qu'à lui-même ses succès et sa gloire; car, bien quissu d'une maison souveraine, il ne possédait point d'états, et eut souvent à combattre le chef de sa /amille , dont le caractère indécis n'osa se déclarer contre l'empereur que lorsqu'il s'y vit forcé. Bernard de Weymar, après la bataille de Lutzen^ fut nommé général en chef, par les acclamations de toute l'armée suédoise , à la place de Gustave. Sa première opération fut de prendre Ratisbonne. Son opiniâtreté fut cause de la défaite de Nordlingen; mais c'est la seule faute qu'on puisse lui reprocher. Il remporta sur les Autrichiens la vietoire de Rhinsfeld, où quatre des plus illustres généraux de l'empereur furent faits prisonniers. A la suite de ce triomphe, il s'empara de toute l'Alsace; et il avait osé concevoir le projet de s'y maintenir et de s'en déclarer le souverain, en résistant à la fois aux armées françaises et aux forces impériales. La mort mit un terme à ses desseins ambitieux. Il mourut à Neubourg sur

le Rhin, au moisde jaillet i65g, k Tige de trente* six ans.

(c) Albert-Wenceslas-Eusèbe de Waldstein, Wallenstein ou Wallstein, naquit le 14 septembre i585, à Prague, d'une famille noble, qui professait la croyance luthërienne. Son père s appelait Guillaume de Wallstein, seigneur d'Hermanniu, et sa mère Marguerite de Schmirfitzlj. On renvoya, dans sa première jeunesse, à une école de Sîlësie, où les prôtestans des contrées voisines faisaient élever leurs enfans. H y montra bientôt le caractère impétueux et altier qui depuis le rendit si remarquable , et sa conduite irrégulière le fit renvoyer de cette école. U conserva toute sa vie le souvenir de cette circonstance de ses premières années; et, trente ans après, étant en Silésie, comme généralissime de Tempereur Ferdinand, il fit chercher par des soldats son vieux maître d'école, qui parut en tremblant de* vaut lui. Wallstein , après s'être amusé quelque temps de 5a frayeur, le renvoya comblé de présens. Wallstein fut placé comme page à la coui* du margrave de Burgovie, prince de la maison d'Autriche , qui le fit voyager dans presque toute l'Europe.. Il se distingua dans ses voyages par la facilité avec laquelle il apprenait les langues et adoptait les mœurs des pays qu'il parcourait; on le surnomma l'AIcibiade de son temps. U fit en-

suite uue campagme en Hangrie^ et, à son re^ tour , il épousa une yeuve âgëe ^ mais dont il considérait la fortune comme nécessaire à ses projets d'ambition. Sa fiomme mourut bient6t et lui légu2^ toutes ses richesses. Wallstein épousa en secondes noces une fiUe du comte de Harrac^, favori de l'empereur Ferdinand II, et obtînt successivement le grade de colonel, celui de génial, le titre de duc de Friedland , de prince d'empire^ et enfin , malgré les réclamations de TAllemagne entière , la souveraineté du Mecklenbourg, dont il fut dépouillé à l'époque où le commandement des armées impériales lui fut enlevé. Il les avait commandées deux fois : la première, au moment où Christian IV, roi de Danemarck, se mit à la tête des protestans ; la seccMide , à l'époqfue où Gnstave*Adolpiie remplaça Christian. Dans l'une et dans l'autre de ces circonstances, l'Autriche se trouvait dans les embarras les plus presisans. Lors de l'aj^cition de Christian IV, Tilly-^ à la vérité, avait remporté plusieurs vic*toîres pour la ligue catholique; il avait battu le margrave de Bade, Mansfeld et Christian de Brunswick; mais les mesures hostiles dés états de Basse-^Saxe, la marche de Christian en Allemagne, les subsides envoyés à l'union pco^ testante par Jacques I*" d'Angleterre , refadaient de nouveau la situation de Ferdinand très cri-

tiqae. Il fallait une seconde aitnée qu'on put envoyer contre les Danois; on n'apercevait nul moyen de la lever. Les ministres déclaraient qu il n'y avait pas dans le trésor de quoi sou* doyer seulement vingt mille hommes. Wallstein se présenta, et .offrit d'en lever cinquante mille, a Cinquante mille hommes, disait-il, se » nourrissent eux-mêmes aux dépens des pays ' » conquis, tandis que vingt mille ne sont pas assez » forts pour employer ce moyen de subsister. » Les offres de Wallstein ayant été acceptées , il mit sur pied, non-seulement cinquante mille hommes, mais cent mille. Avec cette armée , il s'empara du cercle de la Basse*Saxe , de la Lusace , de la Franconie , battit partout M ansfeld , Belhlem-Gabor, prince de Transylvanie, les Danois, et foi^ enfin Christian à quitter l'Allemagne et à se retirer honteusement dans ses états.

Au moment où Wallstein venait de rendre à l'Aulriche ses états héréditaires, de dompter la moitié de l'Allemagne et de chasser les Danois, tous les princes allemands qu'il avait irrités se réunirent au duc de Bavière, son ennemi personnel ; aux jésuites , qui soupçonnaient la bonne foi de sa conversion; aux Espagnols , jaloux de ses succès, et aux agens secrets de la France, pour demander sa destitution. La diète

de Ratîsbonne mit h ce prix Télection d'un roi des Romains, élection que Ferdinand Ilsollicitait pour son fils. L'empereur, qui ne se laissait entraîner que maigre lui à cet acte d'ingratitude, voulut radoucir par des formes amicales. Il dépécha vers Wallstein deux de ses amis intimes, qui devaient, en l'engageant à se soumettre et à résigner son pouvoir, l'assurer de la bienveillance impériale. Wallstein les reçut magnifiquement, et ne leur laissant pas le temps d'entamer leur négociation : « Les astres, .leur » dit-il r m'ont annoncé déjà ce qui m'était » réservé. L'étoile de l'électeur de Bavière l'émis porte sur celle de l'empereur. Je n'accuse donc JD point Ferdinand, et je ne suis fi^ché que pour » lui de ce qu'il n a pas la force de me dé- » fendre. » Il renvoya ensuite les deux députa avec de riches présens , et se retira dans ses terres de Bohème. U y vécut avec une magnificence extraordinaire, donnant des pensions à une foule d^officiers qui s'étaient distingués sous ses ordres, et en offrant même à des hommes

^lèbres par d'autres genres de mérite. Il voulût, par exemple , s'attacher Hugo Grotius , pour rengager a écrire son histoire. La retraite de Wallstein dans ses terres ne fut pas de longue durée. Gustave-Â^lphe avait chassé les* impé-p riftux de la Poméranie et du Brandebourg; il

aTait peQétré jusqu'au centre de TÂUeniagne^ et battu complèlement TiUjr près de Leipsick; les électeurs de Brandebourg et de Saxe s'étaient déclarés contre Ferdinand , avec d'autres princes» L'électeur de Trêves était en négociation avec la France ; celui de Bavière même , le |dus fidèle allié de l'empereur jusqu'alors-, prétait l'oreille à des propositions équivoques. La Bohême avait été envahie; Prague était tombé au pouvoir des ennemie.

Ferdinand y pressé de toutes parts par le roi de Suède, se résolut de recourir une seconde fois à Wallstein. Celui*-ci témoigna d'abord la plus grande répugnance à reprendre la direction des armées de l'empereur; il allégua même un serment par lequel il avait fait vœu de ne plus aetrir, et dont Ferdinand lui offrît de le fûire relever par le pape. La cour lui envoya , pour vaincre sa résistance, son neveu le comte Maximilîen de Wallstein , et son ami le prince d'Eggenberg. Il ne céda aux instances des envoyés de l'empereur Ferdinand , et ne se re-^ mit à la tête des troupes impériales qu'en prescrivant les conditions suivantes : qu'il aurait seul lie droit de faire la paix ou de continuer la guerre; qu'il serait et demeurerait toujours gé- BMfalîsstme de l'empire; qu'après avoir terminé là guerre , il aurait pour récompense, eu tonte

soureraineté 9 Tun des états bërëditaires de la maison d'Autriche; qu'il prononcerait seul^ et sans appel et en dernier ressort, toutes les confiscations ; qu'il aurait seul le droit de faire grâces que le duché de Mecklenbourg lui serait assure par un des articles de la paix; enfin, que toutes les nominations, tous les ayancemens, toutes les récompenses , dans son armée , seraient en-* tîèrementet irrévocablement à sa disposition. Ces conditions furent acceptées, et Wallstein exigea leur accomplissement, celui surtout de la der^nière, ayec une hauteur qui dut humilier et offenser Ferdinand. Quand il recevait des ordres cfontraires : u Encore quelque nouvelle produc^ » tion de l'oisiveté des ministres, de sa Majesté, M i^pondait'il : dites4ui qu'elle s'occupe à Vienne Pi de la chasse et de la musique; mes soldats » n'ont pas besoin des avis de ses courtisans. » Un gentilhomme lui ayant apporté une patente par laquelle l'empereur le nommait colonel du premier régiment qui viendrait à vaquer, Walls^ tein assembla tous les colonels de son armée, leur présenta cet étranger comme leur héritiar présomptif, et après l'avoir exposé aux railleries de la soldatesque , il le renvoya honteusement. A peine eut-il consenti à lever une armée, qm^ son nom fit accourir sous ses drapeaux une mul-* titude de vétérans de tous les pajs^ sans accepr

ao..

tion de croyance; car les armëes qai combat-taient, dans la guerre de trente ans^ soit pour, soit contre la maison d'Autriche, étant composées en grande partie de soldats levés par des partisans qui les soudoyaient avec le pillage, et se vendaient ayec eux au plus offrant,. il arrivait que les catholiques servaient sous les drapeaux du protestantisme et que les protestans se trou-* vaient dans les armées impériales. Buttler, Gordon et Lesley, les trois assassins de Wallstein, étaient protestans. Le dernier général qui commanda les troupes autrichiennes dans la guerre de trente ans était unHessois calviniste, nommé Meilander. Un fait assez singulier prouve la lutte de Tesixit militaire et de la croyance religieuse à cette époque. L'un des lieuténans de Wallstein, le général Holk , avait dévasté la Saxe de la manière la plus cruelle, et persécuté les protestais avec un acharnement inexprimable. Étant .tombé malade, et sentant sa fin prochaine, il se déclara protestant lui-même, et demanda un ministre de cette religion pour l'assister dans ses derniers momens. On en chercha vainement un de tous côtés. Holk les avait fait poursuivre avec une telle rigueur que tous avaient pris la fuite. Le général mourant envoya ses soldats à leur recherche, promettant six cents écus a quiconque Un en ramènerait un. Leurs efforts furent Jong-

(3o9) temps inutiles. Enfin , Yx}n en dëcouyrit un qui s'était caché dans le creux d'un arbre , au fond d'un bois% On )e conduisit vers le général ^ mats celui-ci venait d'expirer.

Wallstein lui-même était né protestant : mais tombé dans sa jeunesse d'un troisième étage, il attribua son salut à Tintervention de k^ vierge Marie, et se fit catholique. Toutefois il ne devint point persécuteur. Il fit bâtir à Gitschin un. couvent pour les chartreux, un collège pour les jésuites, et àGlogau une église pour les luthériens. Il se proposait d'établir en Bohême la liberté de conscience, et de rendre aux protestans exilés, qu'il aurait fait revenir, celles de leurs terres confisquées dont l'empereur lui avait donné la pro^ priété.

Indépendamment du pillage qu'il prodiguait à ses soldats , il captivait leur dévouement par son attention à rappeler devant toute l'armée leurs actions brillantes, dont il n'oubliait aucune. Il se promenait souvent au milieu d'eux , et mettant la main sur la tête ou sur l'épaule des braves qui s'étaient distingués, a C'est à celui-ci, disait- » .il , que nous devons le gain (de telle journée; » la hardiesse de celui-là nous a sauvés, en telle I) occasion. » Aussi la victoire ne tarda-t-eUe pas k reparaître. Wallsteia reprit, la Bohême> et arrêta Gustave devant Nuremberg. L'armée impériale ^

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qui semUait anéantie, se trouva tout à coup de erat soixante mille oombattans*. Ce fut ainsi que la présence d'un seul homme changea subitement deux fois le sort de TEurope.

Parvenu par ses succès au faite de la gloire et du pouvoir , WaUsteini conçut enfin le projet de placer sur son front la couronne de Bohême^ et il entra en négociation avec Gustave , avec Oxenstiem et avec plusieurs princes protestans.

U ne négociait jamais que par des.agens subalternes , et son penchant pour Tastrologie lui faisant souvent modifier ou ajourner ses projets, il ne donnait à ces agens que des instructions vagues 9 qu'ils étaient exposés à outre-passer. On en trouve la preuve dans un ouvrage curieux, rédigé^ après la mort de Wallstein, par un des hommes qu'il avait le plus souvent employés comme émissaires* Cet ouvrage, resté manuscrit, est intitulé, Relation véritable de ce qui s'est passé j depuis Van i65o^ époque à laquelle le duc de Friedlandjut destitué du commande-ment par sa Majesté impériale ^jusqi£ à Van 1 654f qu'il a péri y entre le comte Terskjr^ le duc de PriedUmd, le comte de Thoum y le roi de Suède^ et le soussigné, Jaroslaw Sesjrna Rasckin. Ce Sesyna Raachin, l'agent habituel de Wallstein, obtînt sa gr&ce, après l'assassinat de son msitre.

en remettant à la cour dr Yien ne cette notice de toutes les oégociatioas dont il avait, été cbargé* Wallstein proposa au roi de Suède de lui confier quinze mille hommes, auxquels se joindraiedt ses adhërens. 11 se faisait fort, ayec cette armée ^ de surprendre Vienne , et de cbasser Ferdinand jusqu'en Italie. Wallslein fit faire cette offre au roi parle comte de Thourn. Gustave la rejeta sous divers prétextes, et son refus laissa dans le cœur de Wallstein un ressentiment qui ne s'effaça jamais^ Lorsqull reçut la nouvelle de sa mort, (c Heureusement pour moi et pour lui^ >i s'écria«t-il , il n'existe plus, il ne faut pas dan^ » l'empire deux têtes pareilles. » Gustave ayant été tué, Wallstein entra de nouveau en négo-* dation avec Oxenstiern pour la Suède, et avec Amim pour la Saxe. Il proposa ses conditions, qui furent acceptées ; mais , lorsqu'Arnim lui de^ manda par quels moyens il comptait joindre ses forces à celles des alliés, « C'est aux Allemands^ » dit^il, à se réunir pour chasser l'ennemi com* M mun, les Suédois. » Oxenstiern écrivit â Wallstein de sa propre main , pour lui offrir son assistance, parce qu'il savait, ajoutait-il, que telle avait été l'intention du feu roi. Wallstein lui fit répondre verbalement que le moment n'était pas venu. Les négociations de Wallsteiià avec Feuquières eurent le nieme dort. Elles se

( Sia ) traitèreot par un intermédiaire^ sans ponyolrs écrits, et furent aussi rompues par Wallstein. Au milieu de ces pourparlers, il attaqua un corps de de Saxons et de Suédois près de Steinan , et Je fit prisonnier avec tout€ son artillerie et tous ses bagages. Oxenstiem déclara plus d'une fois qu'il n'ayait jamais pu démêler les yéritaUes intentions de Wallstein. Sa conduite finit par inspirer aux alliés une telle défiance, quiU le soupçonnèrent de se feindre mécontent de Tem^ pereur, pour les surprendre et pour liyrerà Ferdinand les troupes qu41s lui auraient confiées. Ses yacillations, cependant, ne sont pas inexpli* cables. Indépendamment de ce qu'il se laissait diriger par ses astrologues, Wallstein ayait un double but. U youlait enleyer à l'empereur le trône de Bohême ; mais il youlait aussi déliyrer l'Allemagne de toute domination étrangère. D répétait sans cesse qu'il fallait se défaire des Suédois. (( Ces intrus , disait-il , n'ont rien à yoir n dans l'empire. Renyoyons-les en les payant, M si nous le pouyons; et s'ils s'y refusent, cbas- » sons-Ies sans les payer. »

Alarmé sur les projets de Wallstein, Ferdinand se détermina à le faire assassiner, ou du moins s'exprima de manière à ce que des seryiteurs ambitieux et ayides crurent plaire à leur prince en massacrant leur bienfaiteur.

Battler^ Écossais ou Irlandais , que Wallstein* avait éieyé au rang de colonel , de simple dragon qu'il avait été pendant trente ans ; Lessley, lieutenant-colonel, et Gordon,, colonel et commandant d'Égrâ , tous deux également coitiblés des faveurs de Wallstein, complotèrent ce Crime. Ce dernier invita à souper chez lui , dans la cita- .. délie , Ulo, Tersky et Kinsky, les trois confidens de Wallstein , et, à la fin du repas, il les fit égorger par trente soldats du régiment de Buttler. S çtant réuni ensuite a Buttler lui-même, et à un autre Irlandais nommé Déveroux, capitaine . de hallebardiers, ces troishommes, suivis de six hallebardiers de la compagnie de Déveroux , pénétrèrent dans l'appartement de Wallstein, qui était déjà couché; celui-ci, que le bruit réveilla, s élança de son lit vers la fenêtre. Déveroux s'approchant de lui, lui cria : «Es-tu le scélérat qui » veux arrachera l'empereur sa couronne? tu vas » mourir ». Wallstein le regarda fixement, ouvrit les. bras, et présenta sa poitrine sans prononcer un seul mot. Les assassins le percèrent de leurs hallebardes, et il tomba mort, sans qu'aucun gémissement lui échappât.

Il périt ainsi , le aS février 1634^ à l'âge de cinquante ans. II. fut enterré à Gitschin, dans un couvent de Chartreux qu'il. avait fondé. Sa fille unique épousa dans la suite un comte de Kaunits»

Fresque tous ses biens furent confisqués ; <m ne laissa à sa yeuve que la terre de Neuschloss en Silésie.

(d) Ou a vu , comment Wallstein nourrissait %es troupes. On évalue à six cent soixante millions d'écus , près de trois milliards de notre monnaie p les contributions levées en quatre ans par ce général en Allemagne.

(e) Wallstein ne fut pas le seul. homme de son siècle qui s^donna à l'astrologie. L'empereur Rodolphe II négligeait , pour sy livrer , ainsi qu'à l'alchimie , tous les intérêts de son empire. Frédéric* Y, électeur palatin , qui perdit ses états héréditaires pour avoir accepté la couronne de Bohême, s'était déterminé a cette entreprise hasardeuse, et au-dessus également de son caractère et de ses forces, par le conseil des astrologues. Tilly croyait aux présages, et la superstition le rendit humain une fois en sa rie. Lorsqu'il s'empara de Leipsick, il se préparait à faire éprouver à cette ville les traitemens rigoureux qu'il prodiguait à toutes celles que lôur mauvais sort lui soumettait; mais le hasard fit qu'il fut logé chez un fossoyeur qui, plein de goût pour sa profession, avait décoré sa chambre d'ossemens et de têtes de moris. Tilly changea de couleur k cette vue : les craintes qu'D ressentit valurent à Leipsick des ménagemenspaux-^

{quels ses habitaris ne pouvaient s'attendre, et ses disppsilioiis dans la bataille qu'il livra peu de joul'S après et qu'il perdit, portèrent encore Tenipreitite du trouble qui le dominait. Ce fut durant ses voyages, et surtout à Padoue, que Wallsf-^ tein commença à se livrer à l'astrologie. U prit des leçons, dans cette science, d'un Italien nommé Argali; et depuis, il eut toujours avec lui un autre Italien, Battista Séni, qui consultait les astres sur tout ce que Wallstein voulait entreprendre. Ce Séni s'était engagé au service de Wallstein pour vingt-cinq écus par mois ; mais Wallstein trouva ce salaire au-dessous de l'importance de cette profession et de sa propre dignité , et porta les appointemens de Séni à deux mille écus. On prétend que cet astrologue était vendu à la cour de Vienne , et qu'il contribua à entretenir Wallstein dans l'indécision qui causa sa perte. Ce fut par ses conseils que Wallstein consentit, lors de sa première destitution, à se démettre sans insistance du commandement. Séni le détourna de même d'un traité qu'il avait déjà conclu avec la Suède et les princes dcfen-^ seurs du protestantisme. Avant la bataille de Lutzen, où Gustave fut tué , Wallstein consulta son astrologue. Celui-ci répondit que le del ne lui promettait pas la victoire, mais menaçait d'un grand mialheur le général ennemi»

Seni avait annoncé à Wallstein qa*en s'empaïaut de la couronne de Bohême, il affrotitait un danger presque inévitable. « Soit , s'écria-t-il , je » mourrai a yecla gloire d'avoir été roi de Bohème^ » comme Jules-César , bien qu assassiné , a con- » serve celle d'avoir été empereur romain. » Le jour de sa mort, et à l'heure même qui précéda cet événement , WaUstein s'était enfermé avec Séni , et causait sur l'astrologie. Séni lui prédit un grand péril pour cette journée. Wallstein, examinant les astres, prétendit que le péril avait existé, mais était déjà passé. Peu d'instans après, Séni le quitta, les assassins forcèrent sa chambre et le massacrèrent.

(J) li'empereur Ferdinand n'était encore qu'ar* chiduc dé Graetz , lorsque WaUstein mérita son amitié , en levant , a ses propres dépens , un corps de trois cents cavaliers , avec lequel il marcha au secours de l'archiduc, engagé dans une guerre contre fétat de Venise. Wallstein se distingua dans la défense de Gradiska , assiégé par les Vénitiens. Il acquit de nouveaux droits à la reconnaissance de Ferdinand , en se déclarant pour lui au commencement des troubles de Bohême. U le délivra , un jour qu'il était entouré dan&son ca* binet de mécontens bohémiens qui voulaient lui arracher par des menaces la confirmation de leurs privilèges, mais qui, à l'arrivée de Wals-

( 3.7 ) leîn, se crurent environnes de troujpeS;^ et .tombèrent axix genoux de Tempereur en demandant grâce. Ferdinand, pour Tiécompense, donna à Wallstein beaucoup de terres confisquées sur les rebelles. Ces services d'une part et ces faveurs de de l'autre formèrent entre Wallstein et Ferdinand une liaison très étroite^ qui dura jusqu'à la destitution du premier.

(g) Tllly n'est que trop connu par sa cruauté , et par la prise et l'afFreux pillage de Magdebourg. On prétend qu'il avait été jésuite danssa jeu«nesse , qu'il ne but jamais de vin et ne connut jamais de femme. Il descendait d'une famille noble du pays de Liège. Il avait fait la guerre des Pays-Bas 9 et ensuite celle de Hongrie sous Rodolphe II. Entré au service de l'électeur de Bavière , il donna à l'armée bavaroise une organisation qui lui valut de grands succès. Il fut généralissime de la ligue catholique, et à la retraite de Wallstein , il le remplaça dans le commandement de l'armée impériale. Il combattit, avec une fortune divei-se , mais le plus souvent favorable, contre les généraux protestans, fut tour à tour vainqueur de Mansfeld et vaincu par lui , et enfin , ayant été complètement défait par Gustave sur le Lech , il mourut de ses blessures à Ingolstadt, le 16 avril i63a.

(h) Axel Oxenstiern, chancelier de Suède,

ramiet le confident de Gustave- Adolphe , avait été appelé par ce prince en Allemagne, à la fois comme guerrier et comme négociateur. Au commencement de l'expédition suédoise, il commanda en Prusse un corps de réserve fort' de dix mille hommes. Mais Gustave le chargea bient6t de traiter en son nom avec lès États protestâns. Il convoqua dans ce but une assemblée de ces États; elle allait s'ouvrir dans la ville d'Ulm , . lorsque là mort inattendue du héros de la Suède jeta Oxenstiem dans une situation très difficile. Simple chevalier dans son pays , il né pouvait guère se flatter que les princes des plus illustres maisons de l'Europe se laissassent diriger par un homme d'un rang si inférieur à celuîqu'ils occupaient. L'activité, l'adresse et la fermeté d'Oxen^ tiem surmontèrent tous les obstacles, et après cinq mois de travaux, de voyages et de négociations, il obtint des électeurs de Saxe et de Brandegourg, et de tous les princes confédérés , qa'iïs lui confieraient , presque sans réserve , la direction de la guerre. Il devint alors l'arbitre des destinées de l'Allemagne, dont il partageait les provinces entre les princes qui servaient sous les drapeaux de la Suède. Chacun de ces princes demanda et obtint de lui ce qui lui convenait du territoire allemand, à titre de fief de la couronne suédoise^ Oxenstiem , malgré l'intérêt qu'il avait

(5i9) à ne pas s'aliéner le cœur de ses allias , ne put toujours déguiser son mépris pour l'ayidîtë avec laquelle des souverains allemands sollicitaient d'un étranger quelques débris de. leur propre patrie, (c Qu'on enregistre dans nos annales, disait- » il un jour, pour en conserver réternelle mé- Il moire, qu'un prince de Tempire germanique » demanda une portion du sol germanique à un » gentilhomme suédois , «t qu'un gentilhomme » suédois accorda cette demande àun prince de }) l'empire germanique. »

(/) Ferdinand II professait pour les prêtres la vénération la plus profonde, a S'il m'arrivait ^ » disait -il souvent , de rencontrer en même » temps un ange et un religieux , le religieux il aurait mon premier hommage , et l'ange le » second. » Il devait h son éducation cette ma* nière de penser, qui , du reste , était celle de la plupart des princes de sa maison. Rodolphe U était de même sous la domination des jésuites. Ferdinand ayant perdu, €ès sa douaième an* née , son père , l'archiduc de Styrie , avait été mis , par sa mère , sous la tutèle de son onde p le duc de Bavière , qui l'avait fait élever par les jésuites , à l'université d'Ingolstadt. . Lorsqu'il prit en main le gouvernement des états pater**nels, il voulut aller en personne à Rome , de*mander à Clément VIII sa bénédiction^ et, en

( 5ao )

visitant Lorètte , il s^engagea , par un vota solennel envers la Vierge, à faire triompher le catholicisme au péril de son trône et de sa vie. Deux jésuites ,.dont les noms ont acquis dans l'histoire des malheurs d'Allemagne une triste célébrité, Lammerman et Weingàrtner , le gouyernaient despotiquement. Sa faiblesse pour eux était si notoire , qu'elle lui fut publiquement reprochée à la diète de Ratisbonne , même par les princes catholiques. Lorsque les insurgés de Bohème, sous la conduite du comte de Thourn, étaient sur le point de prendre Vienne , on trouva Ferdinand avec son confesseur , aux pieds d'iin crucifix ; et au milieu des succès du roi de Suède , tandis que la Bohème était envahie et l'Autriche menacée, cet empereur ordonnait des processions pour obtenir du ciel qu'il détournât ces malheurs. Mais si la superstition le rendait ainsi pusillanime dans les revers , elle le rendait, dans les succès > féroce et parjure.

Rodolphe II , menaeé par les états de fiohéme qui levaient des troupes contre lui , avait signé la lettre de majesté, par laquelle il accordait aux utraquistes (protestans dé Bohème) les mêmes droits qu'à l'église catholique. Il leur avait cédé l'université de Prague : il leur avait permis de se nommer un consistoire particulier , entièrement indépendant du siège archiépiscopal de la

YÎUe. Toutes les églises qulls possédaient leut ayaient été assurées. Les gentilhommes et les bourgeois avaient obtenu la faculté d'en bâtir de nouvelles. Les états avaient été autorisés à entretenir dix protecteurs ou défenseurs de la li-^ berté, investis du droil de lever des troupes. Mathias ^ successeur de Rodolphe , avait confirmé la lettre de majesté. Mais après la prise de Prague par Tilly^ Wallstein et Bucquoi^ la lettre de majesté fut remise en original aux généraux autrichiens par les états de Bohême , et Ferdinand , assis sur son trône , la coupa en morceaux avec des ciseaux^ et en brûla les fragmens.

. Après l'assassinat de Wallstein , ce prince , qui récompensa libéralement ses meurtriers , fit dire trois mille messes pour le repos de son âme.

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