PENSÉES DÉTACHÉES
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En prêtant ^'oreille au retentissement de toute l'Europe, en voyant la disposition général)^ de tous les individus et de tous les .peuples , que pourraient espérer encore ceux qui marchent dans un sens opposé aux besoins et aux vœux universels? Ils prennent pour un caprice momentané, pour une fantaisie passagère , ce qui est une volonté fixe, une résolution inébranlable. Ils pensent que la grande habileté e^t de louvoyer, d'attendre , de gagner du temps; mais, en toutes choses, le temps est l'auxiliaire de la raison , et , sous ce rapport , il est loin de prêter aoif «ecours à ceux qui repoussent les désirs rai*sonnables de l'espèce humaine.
U y a des gens qui croient qu'on crée les véri*tés parce qu'on les déclare , et qui s'en prennent de l'existence de ces vérités à ceux qui leur révèlent cetta existence ; mais ^es vérités n'en existeraient pas moins , lors même* qu'on ne las.aur-
rait pas dites. Un matelot ma raconté qu*il était une fois sur un yaisseau avec un passager qui avait fait souvent le même voyage. Ce passager incUqua au capitaine un rocher caché soi^s Tonde ; le capitaine ne l'écouta pas : il insista ; le capitaine le fit jeter à la mer. Cette me* sure énergique mit fin à toutes les remélitrances, et rien n'était plus touchant que Funanimité q«i irégnaît sur le navire , lorsque 'tout k coup le V^àisseau s^approcha dé Técueil, le toucha , et fut brisé. Otx avait noyé le donneur d'avis^ mais
Vécùeil était resté.
L'atitorilé qui veut , pafr la force , s'emparer de fopitiiôtt pour la diriger , me disait un iiorome if^dSprit , ^ous Boitàparté , ressemble k Salmonée ^}lli VOtilaît lancer la foudre. Il faisait grand brtiit W^t isôii cfirariot d'airam > et grand peur au public ti^t^c Ses torches enflammées. La fendre / uti beau jour , sortit det la nve et le omsuma.
L'ord^ve des vérvUés qui ae.sovit^tttcope qn% la poifée diî petit non^bre sont 'introduites sans mesure et avec violence, dans des inscitutions politiques qui doivent reposer «ar Vâsseolâment général, beaveoùp dliommes qui biâaveiit^ à
(459) juMe titre, celte précipitation dangereuse , sont enclins à reporter , sur les vérités mêmes qui en eont l'objet I leur désapprobation de la forme» Cette dispositioii est naturelle , mais elle est déplacée, et peut devenir funeste. C'est toujours par un faux calcul que Ton se consacre à une mauvaise cause. Il vaut mieux partir de la vé" rite qui est proclamée, fïit-elle même intempestive ; et lorsqu'elle est jetée sans préparation dans un système pratique qui ne devrait se composer ^e de vérités reconnues^ il faut, non s'efforcer vainement de la faire rétrograder, car elle ne rétrograde pas , mais l'entourer au plus vite de l'évidence qu'elle n'a pas encore, acquise» et que ne savent pas lui donner les hommes im«patiens «t fougueux qui n'arrivent à elle que par rinstiôct. £a se condamnant à défendre l'erreup, on décrédite la raison et la modération même; nés deux choses si précieuses se ressentent d'être employées en faveur de principes qui ne sont pas parfaitement et rigoureusement vrais, et la portion de sophisme à laquelle on les allie rejaillit sur elles et les affaiblit. D'ailleurs, touji les' hommes éclairés ne se mettent pas de ce côté. Il en est qui suivent les principes à travers les agitati<ms eit les écueils. L'élite de la natioii se divise. Ce^ombre, si petite se trouve encoi^ partagé. Des noms également estimables servent
d'égide aux deux partis extrêmes, à celui ^ui veut conserver rerreur, ainsi qu'à celui qni se presse trop de faire triompher la Yérité, et le désordre s'augmente et se prolonge , par cela même que les hommes consciencieux son( désunis sur les moyens de le réprimer.
Lorsque Ton considère d'une manière un peu générale 1^ marche de Fespèce humaine y on voit que dans le mouvement progressif , tout a servi, et que les abus d'aujourd'hui étaient les besoins d'hier. Ces abus ont eu leur temps utile. Durant cette époque , ils ont été regardés comme d'incontestables principes , et dans lin sens relatif, ils méritaient d'être considérés comme tels. Peut-être en est- il de même de quelques-uns des principes qui nous paraissent incontestables ; mais cette utilité des abus n'implique nullemeift la nécessité de les rétablir quand ils s'ânnoulent . Tant qu'ils sont utiles , ils se conservent d'euxmêmes , et quand ils tombent, c'est que leur utilité a cessé.
Il y a dans l'univers deux principes^ la force et la raison. Ils sont toujours en ^^lantité iaverse Tun de l'autre^ Lorsque la raison a £ut
un pas 9 il faut nécessairement que la force refoule f car la raison ne. peut reculer. Lorsque la force résiste y des luttes désastreuses s'élèvent. Ce n*est pas la faute de la raison , c'est celle de la force. Il serait contre Tessence de la raison de ne pas s'étendre , ou de retourner à Ce qu'elle a dé^ couvert n'être pas raisonnable; nmîs il n'est pas contre l'essence de la force d'être convaincue; quelque opposition quelle y apporté^ elle finit toujours par là. On appelle d'abord les partisans de la raison des séditieux , et l'on s'aper^ çoit enfin que ses ennemis étaient des rebelles.
Si l'espèce humaine suit une marcIie invariable^ il faut s'y sôYiotettre. La résignation seule épargnera aux hommes des luttes insensées et d'afireux malheurs. Si, de plus, aprèfl^ avoir reconfia la nécessité d'une résignation générale i, on découvre le genre de résignation particulière applicable à l'époque où l'on vit/ cette découverte vaudra la première. Les sacrifices seront éclairés : 09-évitera les résistances vaines, eties exagérations superflues, et les efforts erronnés, et les directions fausses. On saura précisément ce qui doit être repoussé avec force , souffert avec patience, adouci avec adresse, améliora avec •aèle. Je parle également pour ceux qui perdent
et pour opnx qui g«gQant« poar ceux qui craî^ gaent et pour ceux qui dwrenty pour ceux qui Tivaient des abus et pour ceux que les àhw déyoraient ; tous ont uu égi^l besoin d*étre instruits du sort qui les attend, et des circons* tance qui les environnent. Les lumières sont nécessaires à tous. Vainqueur^ et vaincus, il importe aux uns et aux autres de reconnaître je champ de bataille; llgnorance du terrain les précipiterait dans des ablmisi et ils joindraient aux mAux inévitables de la guerre lès calamités inutiles du hasard«
L'observateur superficiel croit voir d'invisibles qpiniços dominées par des forces visibles^ et ne ^'aperç^t pas que c'est à ces opinions qu'est due l'existence dç ces force?. L'habitude nous empêche d'être surpris du miracle de ^a^t||arité: nous voirons le mouvement^ mais nous méconnaissons le ressort. La société ne nous parait qu'un grossier mécanisme : nous prenons le pouvoir pour une cause, tandis que cç n'est qu'un effet j et nous croyons qu'il est possible de se servir de l'efifet cootre la cause* C'est cependant aux opinions seules que Tempire du monde a élé donné. Ce sont les opinions qui créent Isi force, en donnant des sentimens, ou des passiops, ou
des enthousiasmes. Elles se forment et s élaborent dans le silence; elles se rencontrent et s^électrisent par le coqwiierce des individus^ Ainsi ^ sauteaoes ^ €omp\étéiôB Vum par lauUrf ^ elVas ^ pB»*cipitent bientôt avee «ne impétuasitié irfémti* Ijile. lamtais une idée Tjeaî^ mise en cîfculatio» n'eai a élé retirée ; jamais unt y^volution iox^^ sur une idée rnaîe o a manqué d'i^ étaUtr lemi* pire, à moins que l'idée ne tàt meompl^ç* Atovs la révolution n'était qu'un symptôme , avantcoureur de la véritable crise, et elle s'est achevée, dià que l'idée compléiée, e'est^à-dîre rendue plus :évidente pour la majorité dçs esprits^ est revenw à la diangew Ce qui trompe quelquefois sut:!^ révolutions que produisent les idées, c'est ^uVw pread des aocessoiim ponr k but pnobipaU Ainsi > pfeir exemple^ loa croit que l^iiyévolu-^ lion d^Âiif^tèrre, en 1640 , a «choué , pahoe que 4a rojauté a été rétablie; nraîsce n'était pas l'idée «i'une répuUiqmf qui avant causé la révokitioat 9 défait crilô de la liberté civile et rdU^iewe. La népublique «tait l'exagératîea de qiftdques bon^rflies ; ccUe eiagératioa n'a pli U soutenir. I/idée dmniuante en a souffert aaomentanéitieut ;. m^ cette idée donninante, celle d'une liberté consti^ ilntioaiieUe, a reparu et a triomplié.
Les Spartiates se plaignaient d« leurs ilotes ; les patriciens de Rome , des plébéiens ; les seigneurs féodaux^ de leurs serfs; les colons se plaignent des nègres. J ai lu dans Y Histoire générale des Voyages, corapilée ]iar La H^rpe ^la phrase soiraote : ff Les loups marins sont des animaux tellement fé- » roces, qu'ils se défendent quand on lesattaque^ «
= L'un des symptômes les plus remarquables dans les hommes qui lâchent aujourd'hui de s'opposer à la marche de l'espèce humaine, c*est qu^ils sont eux-mêmes entraînés par cette marche. Leurs opinions sont empreintes des optuious qu'ils croient réfuter. En se déclarant les champions des siècles antérieurs , ils sout , malgré eux, des hommes de notre siècle. Us n'ont, en conséquence, ni la conviction qui donne la force, ni l'espoir qui assure le succès. Us ont encore la violence dans l'injure, mais ils ont perdu la certitude daos l'affirmation. Ils capitulent sans le savoir. Us transigent toutes les fois qu'ils s'occupent d'une question enelle-ânéme,etqu1Is nese font pas de cette question use arme contre le parti contraire. On voit que s'ilsse trouvaient seuls, ils gpnAraient sur beaucoup d'objets comme ceux
qu'ils condiMittent. La lutte leur est nécessaire / pour qu'ils restent dans le sens dans lequel ils veulent rester. Ils abandon nent laplupart de leurs priu*> cipes, quand ils ne sont pas avertis de les défendre. 11 faut que la présence de leurs adversaires leur rappelle leur propre cause, pour qu'ils lui soient fidèles. Or y une cause est perdue quand elle n'a que de semblables appuis.
Cette réflexion m'a été suggérée par la lecture des Pensées (i) d'un é^ivain qui a du talent, de Tobscurité et des bizarreries. Sous ce point de rue, rien nest plus amusant que les contradictioDÎs dans lesquelles cet écrivain s'est vu entraîné, par les modifications qu'ont apportées à ses opinions , malgré sa volonté et à son insu , les lumières qui l'entourent. Quand il est homme de parti , c'est le quinzième siècle 'tout pur ; mais quand il perd de vue sa d(K:trine obligée et d'étiquette, et l'on a toujours des momenis de distraction , on voit le dix-neuvième siècle re*paraltre ; et il reparait avec avantage , car l'aur tem* a le malheur d'exprimer beaucoup mieux les vérités qui lui échappent que les préjugés qu'il veut défendre. En voici un exemple :
« Bonaparte, dit-il, page jo8 , avait des idées » plus justes sur la constitution que suf l'adnii-
(i) Jtlf.de Bonald. /
M nigtnitkmi^ parceqii^ireimitlegpreàiiëitsdaip H son eiprit^ eï les outres àanB ses tiafakodes n toutes militaires, u
Ceci ést.ua éloge bien direct du despotisme ; éloge tdtteàieDt senti, qu'il a entraîné le ps^ Aégjriste à louer un homme qn'amjourd'fairi , certainement, il n'ayait pas dessein dé louer. Si Bonaparte avait des idées justes sur la cons^ titution, il en résulte que ranéantissément de testte liberté, de tonte discussion dans les a»* semblées, de tout pouTOir intermédiaine, de tonte limite k Pautorité , sont des idées jnstes. Il peut être fkrheu jt qu'un usurpateur s'en; soit emparé; mais l'usurpateur étant renrersé , ces idées justes doivent reprendre tout ieur empire, et nous aurons le pouvoir absohi, le pouvoir unique , le despotisme, en uxt mot , motM rnsiirjaateur*
Mais^ voici ce que nons lisons >^ page 65: « Bonaparte avait été obligé d'employer me s farce excessive dans son administration, perce s qu^ Xkf en avait ancuK dans sa constbop »> tion. L'exemple est séduisant, nuis il est » dangereux, d Que veut dine celte pbrase ? Pour* qiioi n'y avait->-il aucune farce dans la eônstitvifion de^Bonaporte? C'est qu'iè n'y avait aucune liberté ; car assurément ce n'était pas l'autorité du chef de l'État ^ui; manquiât de
jforce. Cette autorité a eu la fonse de. faîne disparaître toutes les autres, de rendre impcMBible toute résistauce , de régner seute, sans oppo^ aitioD, au milieu de l'obéissance et du àlence universel. Si la conatituttoude Bonaparte n avait pas de fotce, c est que la force d'une ccNostitutioo n'est pas dans l'autorité du chef de l'État^ maia dans l'équilibre ^ dans la division et dans la ba« lance des pouvoirs. Je défie l'écrivain de donner une autre interprétation à sa pensée. D'où vient donc qu'il dit ailleurs que Bonaparte avait eu des idées justes sur la constitution? Estnca une idée jmste que d'ot«««iser une consthation «us aucune force? Cest que, P^S^ ^^f l'écrivain n'est qu'un t^omme de parti , et que , page 65 ^ il redevient, sans s'en douter, un bomnae de notre temps«
Dans plusieurs endroits, le même auteur dé«fend vivement la noblesse héréditaire , non teUe que la pairie la consacre aujourd'hui, mais teUe qu'elle existait sous l'ancien régime. (Page: i5«) Et même il veut, page i6, pour la symétrie apparemment, qu'à côté des CsnniUes illustrées par les services de leurs «eux , il y en ait d'awtres flétries par les crimes de leurs pères» Mais tout d'un coup il dit , page ^4 « '^ Toute n famille qui a rendu de grands services h l'Ékat » a rempli sa destination. Elle peut périr dans
M la fiociétë, plûsqu'elle doit virre dam» r-hît— » toire. BeanpCMip de £aid|les^ ajoute-t-il ^ ont M Tëca^trop dSiae génération. »
Certes 9 rien de plus séYère n'a été écrit contre la noblesse , par ceux des attûs de régaKté qui la désapprouvent en principe. Je ne parle pas de ceux qui ont youlu proscrire ou persécater les nobles; ils ne doivent être rangés parmi les partisans d'aucun système, mais'paraii les coupables ou les insensés.
Si beaucoup ^ &milles ont vécu trop d'une génération, comment fera l'auteur pour que l'opinion ne le sente pas aussi bien que lui? Et comment maintenir alors la noblesse contre l'opinion?
Qui peut méconnaître dans ces phrases opposées une double tendance : la volopté de l'auteur qui se consacre à la résurrection du passé , et l'influence du présent, qui agit sur son esprit sans qu'il s'en aperçoive, et qui a l'air de glisser, comme par une sorte d'ironie, à travers des sophismes entassés, des raisonnemens qui les déjouent? C'est le clair de lune perçant les nuages, et nous «montrant que ce qu'on veut nous faire admirer comme un ch&teau possible à reconstruire, n'est qu'un monceau de débris épars.
Un exemple encore ; ce sera bien asses , peutêtre trop.
Notre écrivain s'élève, avec raison, page 7g, contre ceux qui crient à la sédition, quand les assemblées représentatives montrent quelque énergie. Tout ce qu'il dit dans cet endroit est très bien pensé; mais j'arrive à la page ifyjy et Yy trouve ces paroles :
(c On ne devrait assembler les hommes qu'à » l'église ou sous les armes, parce que là ik ne » délibèrent point, ils écoutent et obéissent. >i Je remonte à la page 97 , et j'y lis : (c L'opposition, inévitable dans tout gouver- » ment représentatif, y est toujours dangereuse : » elle intimide le gouvernement quand il fau^ » drait l'enhardir; elle l'irrite et le pousse quand » il faudrait le retenir ; et , peut-être , partout » où l'opinion du gouvernement est bien connue, » ceux qui ne la partagent pas et qui sont en état » de la combattre , devraient s'abstenir de prendre » part à la législation. »
Accordez ces trois assertions, si vous pouvez. Quant k moi, je ne les conçois que grâce à l'explication que j'ai déjà donnée. L'auteur croit marcher dans le sens de ses désirs, et il est pofassé dans celui de son siècle* Il se retourne quand il y pense , et alors il croit se rapprocher de son but, parce qu'il le regarde.
Un homme d esprit disait , il y a quelques années, quil y avait dans les sociétés deux nations ennemies que rien ne pouvait rapprodier ni réconcilier l'une avec l'autre, et que le calme n'existerait que lorsqu'une nouvelle nation aurait remplacé ces deux corps d'armée ^ entre lesquels nul traité n'était possible. Je n'adopte point cette pensée qui serait affligeante , ni l^ remède qu'il propose et qui est impraticable ; car la génération actuelle n'abdiquera pas ses droits en faveur de la génération à venir; mais je crois , avec Forateur dont j'ai rapporté la prédiction lugubre , que des doctrines et des intérêts contraires divisent notre génération en deux classes, et le seul çaoyeu de prévenir une lutte funeste « me semble être de prouver à celle de ces deux classes qui ne peut point ne pas être vaincue, que tous ses efforts ne changeront rien à la desrtinée. Elle peut s'épargner beaucoup de maux, et nous en épargner beaucoup à nous-mêmes , si elle se résigne* Elle peut, eiï m tauisant beaucoup , nous nuire aussi , quoique dans un degré moindre ; mais elle ne saurait réus$tr. Ses che6 eux-mêmes sont entraînés hors de la ligne qu'ils veulent suivre; les idées nouvelles les cernent.
lès dominent, et il sont forcés, comme le prophète juif, à rendre hommage à ce qu'ils voudraient maudire. Le sort en est jetë, l'arrêt n'est plus révocable, et tout le jpassé, mis en bataille, ne triohiphera pas du présent.
Une vérité constante me parait indubitable aujourd'hui : s'il est impossible de régir les peuples sans constitution, rien n'est plus facile que de les gouverner paisiblement d'après les principes d'une liberté constitutionnelle.
Beaucoup de causes de désordres se sont affaiblies. Les trois principales, celles qui tenaient l'antiquité et les républiques du moyen kge dans une fermentation perpétuelle, ont cessé d'exister : je veux parler , i^ des difficultés k peu près insurmontables que rencontraient les nonpropriétaires pour arriver à la propriété ; 2^ des privilèges de la noblesse ; 3® de l'influence des che6 de parti.
Grâce à l'industrie , la propriété est ouverte a tous ; grâce aux lumières et aux habitudes qu'elles introduisent, en attendant les lois qu'elles appel-ïeutf la noblesse n'est rien, quand elle n'est pas une magistrature, et alors c'est autre chose que la noblesse ; enfin , grâce à l'instinct des peupfes , perfectionné par une longue expérience, aucune
popularité dangereuse ne peut surgir dans les états modernes : car ce ne sont plus les îndî-yidus qui sont populaires ^ ce sont les principes.
Il y a aujourd'hui dans toutes les nations une masse d*hommes qui veut jouir du repos , goûter de la sécurité, exercer à son gré son industrie, développer paisiblement toutes ses acuités, et qui ne demande à l'autorité que d'avoir assez de force pour la préserver des troublés , et assez de bon sens pour n'être pas elle-même une cause de trouble. Une douzaine d'idées simples et justes, que la di^ussion a mises à la portée de chacun , tels sont les étendards autour desquels se rallie cette classe immense qui a réfléchi sur ses intérêts et qui les entend.
Cette masse d'hommes est parfaitement indifférente aux individus; elle ne les suit que comme des guides pour marcher vers son but ; et s'ils veu-
lent la mener ailleurs, elle ne les suit plus; rien ne leur donne assez de pouvoir pour imprimer à cette multitude pensante une autre direction.
Ainsi , pendant la révolution , on a mis certaine dogmes en avant. Sous les jacobins , on eût dit qu'il n'y avait de salut que dans la république f et qu'il fallait tout immoler à la république ef à la patrie ; mais la masse nationale a très bien démêlé que ce qu'on nommait la république n'était pas la liberté,- et que la patrie
se composait précisément de toutes les affections, de toutes les jouissances dont on exigeait le sacri* fice au nom de l'abstraction qu'on désignait ainsi. J'ai entendu y dans ce temps, les hsirangues les plus animées; j'ai vu les démonstrations les plus énergiques ; j'ai été témoin des sermens les plus solennels : rien n'y faisait. La nation se prêtait k ces choses, comme à des cérémonies, pour ne pas disputer , et ensuite chacun rentrait ches ^oi sans se croire ou se sentir plus engagé qu'auparavant.
Pareil spectacle s'est offert sous.Bonaparte. Les écrivains et les rhéteurs s'évertuaient à vanter le prestige des conquêtes, à célébrer l'éclat des victoires; mais la nation qui remportait ces vie* toires, parce qu'elle est éminemment brave, ne s'en*enthousiasmait point , parce qu'elle est émi* nemment raisonnable; et ce qui prouve la sagacité de son jugement, c'est qu'elle s'est ré^ conciliée avec sa gloire militaire , depuis que les €iroonstances ont fait , de cette ancienne gloire , une garantie pour son indépendance ac-< tuelle. Au milieu des succès les plus capables de l'enivrer, eUe n'attachait nul prix à ces succès, parce qu'ils n'avaient aucun but, aucun avan* tage véritable. Au sein des revers., elle attache un grand prix au souvenir des succès passés, parce qu'il est bon que ce souvenir dure, afin
que l'Europe n'oublie pas que la France a moatré ce qu'elle sayait &ire , et qu'il ne faut pas lui rendre une Tolooto avec laquelle elle est toujours victorieuse , et qu'elle n'avait plus quand elle a été vaiiicue.
Les gonrememens actnds ont donc aujourd'hui beaucoup moms de dangers k. redoater qu'autrefois. Il n'y a plus dans les sociétés politiques d^ classes intéressées^ oomme autrefois^ aux bouleversemens ; il n'y a plus que des individus vicieux, et la force publique a toujours bon marché des individus.
Les natioas ne peuvent jJus être trompées sur ce qu'elles désirent ; elles repoussent les ennemis de l'ordre public , tout comirhe ceux de la liberté , et il est facile aux gouvememens de donner aux natioi» ce qu'elles désirent, sans rien sacrifier de leur autorité nécessaire et sans abdiquer aucun avantage regrettable ; car le vœu des nations se borne à trouver sous leurs gouverne^ mens, la paix, la sûreté personnelle, et ce ^m garantit cette sûreté^ l'indépendance des opinions, la discussion sans péril, l'adiBinistijatiân de la justice, sans exceptions, sakis asbitraiie, sans lois de< circonstance* Lss gouvernement ne perdent rien à accorder tout cela. :
' U est ataez curitox d'entendre Louis XIY sur le dé^K>ti8ine. Il en fait Tapologie , et non sans adresse*
ti On doit demenrer d'accord > dit^il dans ses » Mémoires , qu'il n'est rien qui établisse ayee
^ M tant de sûreté le bonheur et le repos «des pro^ » ?inces^ que la par&ite réunion de toute Tau- » torité dans la personne du souyerain. Le » moindre partage qu'il en £ût produit toujours » de très grands malheurs ; et soit que les par- S) ties qui en sont d^chées se troutent entre les >i mains des particuliers ou dans celles de quel- » ques compagnies, elles n'y peuvent jamais n demeurer que comme dans un état violent. Le D princci qui doit les conserver unies enlui-méme^ » n'en saurait permettre le démembrement sansse » rendre coupable^le tousles désordres qui en àr*> )} rivent. Sans compter les révoltes et les guerres M intestines que l'ambition des puissans -produit n infailliblement, lorsqu'elle n'est pas réprknéo^ » mille autres maux, naissent encore du rtlà-» f) çhement du souverain. Ceux qui Fapfirocbent » de plus près , vojr^ut les premiers sa feiblesse ,
. /. sont aussi les premiers, qui, en peuvent pro^ » fiter. Chacun d'eux, ayant nécessairebient des D gens qui servent de ministres à leur avidité ,
» leur donne en même temps la licence de les » imiter. Ainsi, de degré en degré , la comip-- »> tidlEi se communique partout , et deyient égale » en toutes les professions* . • De tous ces crknes » divers , le peuple seul est la victime. Ce n est u qu'aux dépens des faibles et des misérables que n tant de gens prétendent élever leurs mons^ n trueuses fortunes^ : au lieu d'un seul roi que » les peuples devraient avoir, ils ont a la fois » mille tyrans, n
Tout ce raisonnement est fondé, sur Thjrpothèse que le despotisme doit toujours être quelque |Mirt, et que s'il n'est pas dans les mains d'uq seul^ il tombera dans celles de plusieurs. Mais au lieu du despotisme, il peut y avoir une chose qu'on nomme la liberté. Alo^s il ne résulte point de ce que le chef suprême du pouvoir n'a qu'une autorité limitée , que les agens subalternes aient ce qui manque k l'autorité pour étre- absolue. Eux aussi n'ont qu'une autorité limitée; et loin que l'oppression se dissémine et descwde d'échelon en échelon , tous sont contenus et réprimés. Louis XIV nous peint un gouvernement libre comme si le despotisme y était partout et la liberté nulle part. jC'est tout le contraire : le despotisme n'y est nulle part , parce que la liberté y est partout.
' Cenx qui ne veulent pas de monarchie constitutionnelle répètent souvent que l'opinion tempère les monarchies les plus absolues. Gela n'est vrai qu'à une époque très avancée de ces monarchies, quand elles ont à la fois pour appui et pour modérateurs les souvenirs^ les habitudes , les intérêts, qui, se groupant toujours avec le temps autour de ce qui existe , pallient, à la longue et adoucissent les institutions les plus défectueuses, Alors, à la faveur de la paix publique et de la sécurité du pouvoir, l'opinion naît , prend des forces , se glisse à travers les dangers, se relève de mille échecs , et s'érige enfin en autorité. Les lumières , l'iofluence du commerce et des richesses , quelques corporations d'origine équivoque, mais fortes d'une longue antiquité, et faisant valoir, avec -plus ou moins de succès, des prétentions plus ou moins vagues , modèrent la puissance du monarque. Ce ne sont point là des limites légales, des bornes précises; ce sont des barrières quelquefois efficaces, nullement inviolables et toujours à la merci du hasard.
Ces sauvegardes peuvent paraître suffisantes au premier coup d'oeil. Elles le sont en effet d'ordinaire pour les classes supérieures ; maisjeur efficacité diminue en raison de l'obscurité des
qui Manient besoia de lear protection.
La raison en est sim|de. Lorsqu'il y a des garanties constitutionneUes , il snifit d'ayertir la loi : une plainte légale le peut Mai$ lorsque la garantie est dans l'opinion # il faut que l'opinion s'éveille, et l'opinion ne s'éyeille dans les temps calmes que pour les hommes qu'elle connaît. Vers les dernières années de la monarchie qui a précédé la révolution, monarchie la plus douce qui ait existé sans limites constitutionnelles, un écri* • vain célèbre, un magistrat distingué, jetés dans les prisons, étaient sûrs à peu près de recouvrer leur liberté , par le seul effet de l'opinion publique ; mais dix mille individus d'une condition peu relevée et sans moyens d'attirer l'attention auraient passé quarante ans dans les fbrs, que personne ne s'en serait indigné, parce que personne ne l'aurait su. Nous n'avons appris les malheurs de Latude que lorsqi^e, sorti des cachots, il a pu se faire entendre; mais durant les trentesept années qu'il y avait gémi, aucune réclamation ne s'était élevée, parce que l'ignoranoe universelle sur son sortayait mis obstacle à toute pitie.
C'était cependant à la même époque qu'écrivaient Voltaire et Rousseau. JJEsprit des Lois avait paru ; les principes de la liberté remplie saient toutes les têtes, formaient le sujet de tous
les entiletiens; on dtscotait partout la Intimité de la résistance am^icaine; rinjustice exercée coDtreM.dela.Chalatais soulevait tous les esprits; mais l'opiaion ne pouyait réprimer que ce qui parvenait à sa connaissance.
Cette observation n'est point indifférente. Il y a quelques années qu'un journal ^ écrit sons Finfluence de la police impériale , faisait dire à un paysan , qui était censé parler à d'autres paysans de la révolution française : n On se plaignait de i> la Bastille» je ne vous en dirai riea; cela re-^ M gardait les gens de la cour. On ne nous y » envoyait pas. » On aigrit ainsi la masse du peuple contre les hommes distingués qui demandent de bonnes institutions politiques » en lui persuadant que ces hommes ne travaillent que pour eux , que c'est pour eux que les actes arbitraires sont à craindre ^ et qu'ils ont seuls besoin des garanties de la liberté individuelle ^ parce qu'ils s'exposent seuls aux ressentiment de l'autorité. Rien n est plus fiiux. Dans èes monarchies absolues > modérées par Fopinion» la célébrité ^ qui estundanger, est en même temps une défense. Les individus obscurs paraissent moins exposés; mats la multif^iciié des agens subalternes rend le péril égi|l pour eux , et la défense est nuUe ; car, lorsqu'ils sont frappés , victimes ignorées , il ne leur reste aucun recours.
Dans UD gouvernement coDStitationnel , l'arbîti*aire est un accident contre lequel tous les intérêts sont en armes , tontes les institutions organisées. Dans une monarchie absolue , quelque mitigée qu elle soit par l'opinion , Tarbitraîre est un état habituel ; c'est la condition nécessaire de l'institution.
Ce qui le prouve , c'est que Tune des qualités qu'on vante alocs le plus dans les princes, cestVaotivité. Sans doute, quand l'autorité est arbitraire, il est bon que le pouvoir suprême qui ne profite point, comme ses agens, des injustices de détail , soit toujours en mouvement pour les réprimer, lies gouvernés n'ont que lui pour protecteur , que sa surveillance pour sauvegarde ; s'il s'endort un instant, les subalternes redoublent de vexations et d'iniquités.
Mais est-ce un état digne d'éloges que celui dans lequel les instrumenssontsi peu réglés qu'il faille que la main qui les dirige soit sans cesse armée contre eux? Plus une constitution est bonne, moins ce genre d'activité est nécessaire ; tout va tout seul, parce que tout va bien.
Ce que je viens de dire regarde les peuples ; mais voici qui regarde les gouvernemens. Toute monarchie absolue est près de sa chute, lorsque l'opinion devient asses forte pour la tempérer.
M. de Montesquieu se sert^ dans un chapitre de \ Esprit des Lois , d'une comparaison qui était plus exacte qu'il ne le croyait lui-même :
Ut esse Phœhi eUdcius lumen solet Jamjam eadenUs,
U faisait allusion à la douceur de la monarchie d'alors. L'événement n'a pas tardé 2i démontrer qu'en effet c'était Phœhi lumen jamjam cadentis.
Des barrières constiti:^tionnelles peuvent être stables f parce qu'elles sont fixes; mais l'action de l'opinion livrée â elle-même est aggressive de sa nature ^ et finit par détruire ce qu'elle a, commencé par limiter.
U faut donc des constitutions ; il en faut pour les peuples comme garanties , il en faut pour les gouvernemens comme moyens de durée.
Il y a des gens qui ont sur la stabilité des idées singulières.
a Les Chinois^ dit un auteyr qu'on a essayé de » rendre célèbre (i), sont le peuple dont les an- » nales remontent le plus haut^ et dont les an- » ciennes habitudes se rapprochent le plus des .
(i) L'auteur de la TMùnft des révolutions.
» mœurs patiîarchales. Cest le seul où nous A trouvions le gouvemeoaent tel qit'il était il j a » trois mille ails ; c'est le seul où la marche et le »> résultat des révolutions soient absolument les » mêmes.
» Sur vingt et une dynasties précipitées du » trône y dix-neuf Font été ou par des princes » 'tributaires devenus trop pflissans , ou par des » sujets audacieux qui proiStaient du méconten- » tement public. La chute de la première dynas- » tie a même cela de remarquable , que le sujet » porté au trône par le vœu général , ne se servit » d abçrd de son pouvoir que pour rendre la cou- » roane au monarque légitime. Kia , sans profi- » ter de cette leçon, s'étant de nouveau aban- » donné à tous les vices, une seconde révolution » donna encore une fois la couronne à Ching-» » Tang. Le moharque détrôné finit sa vie en I) exil . • . Cette révolution qui se fit en faveur de » Ghing-Tang, presque malgré lui, n'avait dé- » placé que le monarque sans toucher à la mo- » narchie. »
L'auteur rappelle ensuite l'élévation de la cinquième dynastie , fondée par Lien-Sang , chef de brigands; de la huitième, fondée par Lien-Vu, cordonnier ; de la quatorzième , comniencée par Chu-Veu, chef de Yolenrs; et de la vingt«-unième.
établie par Chu , yalet d^un monastère de bonzes^ à l'exclusioD des descendans de Gengis.
D observe, en parlant de cette dynastie tartare^ que (c son triomphe fut marqué par tous » les désordres qui at:compagnent et suivent de » grandes conquêtes; que la résistance des Chi*^ » nois avait été longue et sanglante; que la mort » de plus de cent mille hommes , celle de tous » les membres de la famille impériale , tombés y> sous le fer de Tennemi , ou victimes- volontaires M de leur désespoir , avait signalé cette terrible » révolution , mais qu'elle finit au moment » même de l'arrivée du vainqueur dans la ca- M pitale. »
Enfin, i^ prouve, par des faits nombreux, que^ dans ces évènemens, rien ne changeait,^/ ce n'est ^ dit-il , la race régnante.
cf Cette observation, continue-t-il , suppose , » par une telle identité de faits , un principe » toujours subsistant, toujours indépendant des » éi^ènemens, et dont Faction indélébile, lésistant n également k la barbarie passagère d'un vainn queur étranger et au retour trop fréquent de n crimes nationaux , faisait toujours contribuer n au bien général les moyens qui semblaient les M moins propres k Topérer. Ce principe tient bien I» certainement à l'opinion , innée dans la Chine, » que le gouvernement , en quelques mains qu'il
>t soit f a plus de tendance an bien qu*aa mal; >j que lorsqu'il fait le bien ^ c'est son régime ha- >} bitnel, c'est son état de santé; que lorsqu'il M fait le mal y c'est une ixfaladie dont il est at- M teint ; que , d'après cela , toutes les fois qu'on M veut l'attaquer, ou même lentrayer, on s'exi> pose beaucoup plus à des chances dange- D reuses qu'à des chances iavorables; que, par » conséquent, le meilleur moyen de diminuer n le danger des premières , est , puisque les yices n de rhumanité doivent amener des révolun tions, de ne faire porter les changeroens que M sur les personnes , en conservant les insti* » tutions.
» Cet antique attachement des Chinois au M pouvoir qui les régit est bien constamment » inhérent au pouvoir même, mais se trouve » tout à coup reporté sur la famille qui en est M revêtue. Quelque récente que soit son éleva- M tion, elle reçoit des témoignages de fidélité, » tels que, dans notre Europe, quelques nations » en ont donné à leurs anciennes races royales. » Il semble que ce peuple soit persuadé qu'il ne » doit son bonheur qu'à la stabilité de son gou- » vernement seul ; qu'il est avantageux pour loi » de garantir et de défendre tout ce qui le main- » tient : il le regarde comme étant réellement X une propriété nationale qu'il conserve soigneu-
• ( 465 ) » seknént dans tonte son intégrité , mime aami- » lieu des mutations de ceux à qui. il en d^nue ^ » il en 6te , il en laisse prendre Tumirait.
» L'honneur de cette stabilité appartient aux » sages législateurs', aux profonds moralistes qui » ont ]dusen vue lesprinGip6sqae)les'indiyidns.
n Cette tranquillité, qui est le fruit des antiques »* habitudes,. des mèeaeôpcaikiques journalières, )> et. qui distingue si partïcaliirenient le peuple » chinois , est en même' temps ce qui garantit son » existence politique au nuUeu des révolutions , D parce que c est elle qui , même après les plus }} grands troubles, assure au gouvernement une }) action prompte , forte • universelle , exercée par » les personnes, sans leur être inhérente ,« ne » changeant point avec elles, et reprenant , après ir une interruption momentanée, la même marche M sur les mêmes choses, avec led mêmes moyens. » C'est Ce qui fait qu'en Chine les révolution^ D sont comme. les orages: la tempête passée , on » voit quelques individus de moins;* on en voit 3!>. d'autres occuper des places dont ils semblaient » éloignés; mais, du restç, aucun changement » sensible.
, < M / Fend^fkt : que • les : divei^ - états de l'Europe » .semblent. successivement xondamilés à toutes » les vicissitudes.hjamaiites, il est curieux devoir » un peuple riche de la fertilité de^son sol , de la
V be$nH èa son dimit, éé finameki^té ût » ») pDpulatîéii^^ sùtvre ses plus anciennes I<^ , » Goncbntrer sas nsTolutions sur <]ii6lqae8 indi* n Tidns f etc* »
i D'a^irèsce principe > il finit soutenir (e gonver^ nement sitèt qu^il existe, et, légitime on 31^!*iMie, il ne feût pas mAihe vonloir l'èntrâTèr. Cest à ce'^itteipe, saivâ&t Tatttear de la TttéMedâs itéifoiMtiojtSy qne les Oiinois doivent lenrbonliear ( n«i a TU quel était c| bonheur ati ùiilieu'des détrànemens et des massaci^es ) ; ear fls le doivent à la stabilité 4» leur gouveitiement seul, propriété nationale, qn'ils conservent dans toute son intégrité y au milieu des Mutations de ceux k qui ils en donnent^ ils en Àtènt , ils en laissent prendre Ttisnfrnit.
Si»ron ne connaissait, d'ailleàr^, par le i^tb du livre, les opinions de Tantetir, on pourrait %nti«voir ici le dogbe dis Itt ^ouvertiitiete du peuj^e , puisque le goiivemiginent est une pro>^ IMriélé nntiqnale dont le peuple donné, frte on laissé prendre Tusufruit^ Mai$ qu'on se rsssute; Tauteur ne vent point la souveraineté du peu* pie ; il est fort opposé à ce que le peuple 9<nt souverain ; il est àâsez indStiR^rent, «eomttie on voit, il oe que les dynasties tombent t te qu'il vent, c'es» la stabtlilsé des instittitioii&.
Les hommes, ceux surttfut que l'esprit de
(467) ^rti domine , sont enclins à s'eniyrer de certaines ploqiâefLt k s'^tbon^asmer pour certaines for-* roules; pourvu qu!ils les répètent, peu leurim^ porte le fond dos ckoses* Deui^ans d'une servi-tude horrible et sanglante n'eo^p^haient pas DOS gouvemans de dater leurs act^s de Tan quartrièroe de la liberté. Vingt révolutions, vingt cb^ngen^ens de dynastie ,; et cent mille honiaiea égorgés tous les cent ans n'empêchent pat l'an-* tenr de la TTiéoriedes Réwlutians de va^ater la stabilité des institutions chinoises. Cette «laUlité n jéxiste pas pour les gouvernés , pnîsqmd le» gou*^ yernés sont périodiqu^mept proscrits ^ chassés f massacrés en grand nombre , ^u moins une fois dans chaque siècle, à l'avènement de chaque usurpateur qui fonde sa dynastie. Cette stahiUM n'existe pas non plus pour les gouvernans, puisque le trône est itarement le partage de la même famille pendant plusieursgénérations; mais cette stabilité existe pour les institutions , et c'est là ce qu'il admire. U voit, tout au plus, d?ns le reste , quelques individus de moins. On dirait que la stabilité des institutions est le but uniqvie, indépendamment du bonheur des hommes , et que rois et peuples , siy ets et souver^ins^ ne SQiit ici bas que pour être offerts en holocauste à la stabilité des institi^ons. Je me sub arrêté sur cette théorie^ parce qu'il me semUe utile de
démontrer que • toutes les doctrines extrêmes se touchent. Celle de la stabilité des iasùtutions , lorsqu'on la transforme en une abstraction métaphysique à laquelle on veut tout sacrifier, est aussi dangereuse qu'aucune autre.
' De nos jours, le peuple s est mal trouvé de s*étne laissé conduire par ceux qui, exagérant les principes de la liberté , Tout inmiolé à ces exagéi^tions , et l'ont rendu , au nom de la liberté, misérablement esclave. Les souverains se tfoirreraient également mal de se fier à ceux qui , . saisis d'un respect fanatique pour la stabilité, regardent les malheurs des individus et des races régnantes comme un léger accident au prix duquel la stabilité n'est pas trop pajée, et qui, après avoir reconnu qu'en Chine il ne s'est guère passé un siècle sans que cet empire ait subi des guerres civiles, des invasions, des démembremens et des conquêtes, et après avoir «ivoué que ces crises terribles exterminaient chaque fois des générations entières, ne s'en écrient pas moins : Honneur à la profonde sagesse qui a écarté de la Chine toute nouveauté dange-> reuse(i)i Je serais curieux de savoir ce qu'aurait produit de plus fâcheux une nouveauté.
(i) Esprit de l'JKstoire , eh.* de k Chiae, •
Il y a des époques de Thistoire ou l'homme parait jouir de la plénitude de ses facultés. Il les. applique avec un égal succès à toutes les si* tuations dans lesquelles il se trouve. Les arts , les professions^ les talens^ ne sont pas des sphères tellement séparées^ qu*Il lui soit interdit de passer de l'une à l'autre. Suivant les circonstantes , le même homme combat pour sa patrie^ et chante ou raconte ses combats. Le guerrier reste citoyen^ rorateur ou le philosophe ne recule pas devant le danger et la gloire des armes.
* C'est particulièrement ou même uniquement dans les états libres que se fait remarquer cette application rapide et variée de toutes les facultés à tous les besoins. En Grèce ^ nous voyons Socrate^ interrompant l'étude paisible de la phi- Sophie et l'instruction de la jeunesse nombreuse, et docile qui se pressait autour de lui pour recueillir ses leçons ^ et marchant comgae soldat à la bataille de Potidée y ou défendant à la tribune les généraux accusés après le combat des Ârginuses. Périclès se montrait tour à tour homme d'état^ orateur et général. L'auteur de Prométhée combattait à Salamine, et celui d'OE^' dipeà Colonne était archonte. A Rome, Cicéran protégeait la république contre Catilina, gou*
(470) vemait des provinces et composait les TYiscu-- Urnes* César était à la fois Tun des .Romains les plus éloqacns^ le plus habite des chefe mi* litaires, le plos élégant des historiens; eniant parricide qui devait son édat à la liberté qu'il détruisait.
Quand la liberté n'existe plus , l'espèce humaine prend une autre face. Une sorte de division ea castis S'introduit dans l'intelligence^ comme daus^ 1 organisation matérielle de l'état social. Chacua perdant de vue le but général , l'utilité publi* que, et se renfermant dans son intérêt, se consacre à la profession qui semble lui promettre des succès phis certains et-plus faciles. L'écrivain s'abstient d'agir, le guerrier de penser^ Thomme d'état d'écrire. Il en résulte une absence d'idées générales et un perfectionnement de dé* tail sur lequel le despotisme s'extasie, et. que les collaborateurs subalternes du despotisme « dans la hiérarchie de bassesse dont ils se distribuent les degrés^ célèbrent à l'envi comme une admirable découverte.
Que le pajsan laboure , que le fabricant &brique, que la femme file, que le prêtre psalmodie , que le soldat tire des coups de fusil ; que chacmi , enfin, fasse son métier, est la devise du pouvoir , lorsque le pouvoir veuè opprinoer les hommes. Ainsi, chaque feculté^ restreinte
(47' ) et miitiléâ , wt>^ attachée à iine opération médâoîxfuey oomme ces laninuraix condamnés pour totejanis à nn traTaîl ^drcnlaire, et qu'on tieift dans les ténèbres pour qu'ils ne voknt pas ce qui se passe autour cfenx. En agissant' ainsi ^ le pouToir^yJjisolu sait bien ce qu'il fait. Monedé de la sorte, l'homoie ne se dé&nd plus; il n'y a plus que des instrùmiens , entre lêsqmk aucune correspondance commune n'existe et qui suivent passirémeni l'impulsion partielle que la mnin de l'autorité leur imprime.
. Hosieurs goùvemeniens avaient travaillé^ et plus ou moins réussi à réduire leurs sujete à cette situation* Heureusement des génies^upénamra^ parcourant Fespace comme des comètes exoentjrit* ques, et violant les règles, dérangeaient de temps à autre cette symétrie égyptienne , malgré les efforts et la désapprobation des hommes d'état qui le^r criaient sans cesse ; De quoi vous mêleZ'* vous? ce ne sont pas vos affaires.
La révolution a éclaté; et, de quelques désastres que la témérité de l'Europe et notrepropre imprudence l'aient accompagnée, elle a eu cet important avantage , que sa violence même a rompu les compartimens factices au moyen desquels on parquait les hommes pour les gouverner. L'immense majorité de la nation a senti que non-seulement elle avait le droit de parvenir
( 473 ) àvtouty mais quelle possédait aussi . les &calt0 nécessaires pour que le fait consacrât le droit. Des généraux sortis des comptoirs et des études ont fixé la victoire sous leurs étendards; des négociateurs, ignorant les traditions d'une diplomatie surannée y ont représenté dignement la France ; des ministres n'ont pas dédaigné d'être ^ari?aibs$ des écrivains sont devenus ministres À paose de leurs talens littéraires qui en indiquaient d'autres; des hommes brillans de la gloire des armes ont pris place au rang des orateurs , et, en dépit des prédictions sinistres, précisément parce que chacun n'a pas fait uni«qnement son métier, tous les métiers ont été bien fiiits.