D£S ERREURS QUE L'HISTOIRB F A V0RIS
SUA tZ^ GOt7t£K!r£llÉKS ÂBS6U]f
ET LES GOUVEANEMËNS POPULAIRES (t).
Plusieurs chefe du gouvememeut republicam de la Frauce ont commis beaucoup 4e fautes^ quelques-'Uns beaucoup de forfaits. Mais que dei cris n'ont pas retenti contre eux dans le monde entier! de quelle réprobation n'ont-ils pas été justement frappés I
Un rdi de cette même contrée a banni trois millions de ses sujets (2). Après les avoir ban-* nis 0 il leur a défendu tout à coup de quitter
(i) J'eatend» par govvennmani populaire» tiHites la%/»i||a-
aiaatîofltfpoIiliqucB où, k peupla est admis par lui-m^ma » ou
par Ms nfprteotaïui» à prendre plkrt & la coufeotlon des iols :
àuMs ce cas y uoa monarchie constitutioanalle est ua ||Duva#n»
mettt popillaiM^ Ja m'étais d'abord tervi de TsKpreMioii goilVtr-
nemens libres : mais comme j'indiqpie diverses oiitoO&staaoci oik
IcBr gouvememeiis poptolairea c^primeai la liberté 9 ii y aurait
t«v à ks appé&ergourenMMeiM iArè$g uh Térilabk coalre^ois.
(q) « Le roi a résolu de faire sortir da rnyaÉwH tmvÊ ki
• gens de la religion qui y restent. Il confisque léaié bittls ,
» et leur dôme pttvniinfta de ee seliraf où il kilf plaira. Il
» les fera conduire hors du royaume* • ( âiém^thU lit Mm-
fftw. )
leur patrie. Les firontières ont été gardées (i^; les ftigitife ressaisis envojés aux galères; ceux qui échappaient, dépouilla de leurs biens; ceux qcii se soumettaient, privÀ d*en disposer (3);'les^ gentilshommes, jetés dans les cachots; les roturiers, espèce plus yile, entassés sur dès vaisseaux , pour aller expirer dans des contrées lointaines et insalubres (5). Les gens de la cour se sont partagé les biens des proscrits (4). L'achat àe ces biens est devenu le titre le plus sur à la faveur du monarque. Les courtisans ont dressé des projets de déportation en masse (5), Dix mille hommes , en trois ans , ont été la proie des roues, des flammes et des gibets (6). Les intendansde provinces ont eux-mêmes perfectionné
(i) « On eut nouvelle que le marquis du Bordage avait été » arrête auprès de Trëlon , entre Sambre et Meuse. Il voulait » sortir du royaume avec sa famille. Sa femme a ëtë blessée » d'un coup de fusil. On mena le Bordage dans la ciudeJie dé » Lille ; sa femme , dans celle de Cambrai , et mademoiselle » de la Moussaie , sa belle-soeur , dans celle de Tournai. On 9 fait revenir les enfans ai' Paris , où ils seront ëlevës dant » notre religion. » (Mémoires dt Dangeau.)
(a) Rhulières, Éclaireissemens. sur VÉdit de NaUes , H, 8. On sait que ces ëdaircissemens furent publiés par l'ordre de M. de Bialesherbes*
(3) Ibid. , II , 375. #
{i) Ibid:, I, aia. Lettres de madame deMamtenon.
(5) Rhulières, II, 279.
(6) Ibid.,l,'S^e,
l€8 tortures (i). On s'est cru dcHft et clément en ordonnant aux 'soldats de ne tirev que tard sur des réunions religieuses qui n^ se défendaient pas(^). Un supplice honteux a frappé de» vieillards infirmes (3) ; on le» a poursuivis jusque dans les convulsions de l'agonie et à l'heure so« lennelie de la mort (4) ; et le roi par Tordre duquel ces atrocités ont été commises n'est pas un de ces rois barbares qu'on peut regarder comme un* calamité extraordinaire , c'est le roi que l'histoire a noolmé Louis-*le-6rand.
On se tromperait, certes, si l'on croyait voir dans C0 rapprochement le désir d'excuser des cruauté» plus récentes* Haine et mépris aux oppre»» senrs , quelque dénomination qu'ils portent , quelque étendard qu'ils arborent! et s'il est des degrés dans notre mépris et dans notre haine, que l'excès en soit réservé à ceux qui profanent les couleurs de liberté! Mais n'est-Jl pas étrange que les mipies horreurs qui ont couvert d'un juste opprobre les chefe passagers de la plus orageuse des isévolutions, soient représentées tout au plus comme des fautes excusables dans le monarque d'un vaste empire, et qu'elles
(i) Rhulières, aga.
(a) Ibid, , n , 339.
(3) /Ôlrf., 232.
(4) fbid., I, 35r; II, 177.-
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n'aient poMé qulmèatleinte wsaM \éghr% mu iOÊgts ^uc l'Einrope lui r^kUdt et que, mal^ nous, iiotd lui jpsndons encore?
On we dira pas que cette différence dans les ju- ^meais soit l'effet de»Y]ctoireékde Louis XIV et de Téclat guerrier de son règne. Des yictoires au ■soins égales ont été remportées par les Franeais sous le^tomitéde salut fHiblic^ et rhistoire miU^ taîfre de la France , à l'époque de$ ettèsles plua borriUes , edt cent fois plus brillante que calle du temps où les aitnées étaient OBiSBinandées par les Tttffemie et les Catinat.
D'où Yient^^Ue donc, Cett^ diffimnce? De oo que y jusqu'à nos jours ^ les historiens^ Bsênie avec le^ nleilieums intentions de ^fidélité et d'exactitude^ n'ont pa nous donner que des idées famies sur les gouYernemens populaires et les gouYeiwmens absolus.
L'histoire se compose des jugetnens cobIobi-* porains sur les individus et sur les époques.
Or^ les conianiporains ne se permettent guère de jpager les gouvememens absolu» que lorsqu'ils ssÉVt doux et modérés. Quand ils jiont violens^ on ne les juge pas, on les flatte, et les tra*ditions de cette flatterie couvrent plus ou moins la vérité des faits. Voyez la imputation d'Auguste et encore plus celle de François P'.
Comme au contraire , lorsqu'il j a eu des con-
vulsions, des désordres et 4^ Fanàrchie dans les gouvarnemens populaires, ces gouveri^emens ont péri y on les a jugés après leur chutd et avec le soutenir des calaniités dont elle avait été précédée.
Les gouvernemens absolus ( nous parlons de ceux qui reposent sur une transmission régulière ) />pprinient leurs sujets dau^ le calme y en détail, sans éclaV^ sans secousses.
Les gouvememens populaires oppriment les citoyens par mouvemens impétueux et désordonnés , au milieu des tempêtes , et en masse , ce qui rend les calamités qui signalent ces momens dWage plus remarquables et plus effrayantes.
Socrate est une époque chez les Athéniens. Les innombrables victimes de Louis XI, les protestans brûlés à petit feu sous François P', le supplice de De Thou sous Richelieu, les dragonnades dfi Louis XIV n'en sont pas une dans l'histoire de France.
Pour que *la Saint-Barthélémy devlint l'objet de l'horreur européenne et de l'animadversion des iiistoriens, il a fallu que la populace s'en mélàt. Sans les égorgemens exécutés dans le« rues, l'histoire eût été bien moins sévère envers les mâ^cres médités dans le palais.
Quand les gouvernemens absolus dégénèrent
en uœ t)^rannie saoguidaire^ ils commandoiil le sUeocej les injustices se conmietteQt san^qae les rédaflqiations soieat permises, le mal se fiât sans bruit.
Dans les gouvemeinens populaires , le mal se fait ausfii, cela a'e&tque trop y rai ^ maiapabliquemeati à travers les réclamations et les résistances. Les opprimés protestent, et leurs pro* testatlons, même inutiles^ deviennent instruC"tives : rbiistoire les enregistre.
Les gouvernemens absolus se louent ; les gouvernemens populaires se calomnient. Les princes despotiques se succèdent sans se renverser. Celui qui est sur le trône n'a pas besoin de faire res* sortir les iniquités ou les vices de celui qull remplace; au contraire, la plupart du temps, il ne permet pas qu'on en parle. Mais dans les gouvernemens populaires , les factions ne se succèdent qu'en se renversant , et pour se justifier des renversemens qu'elles ont opérés , elles doivent présenter sous des couleurs odieuses tout ce qui a. précéda leur élévation. Ainsi, dans ce dernier cas, on a la faculté de médire au inoins du passé. Le gQuveraemei:it absolu nous la conteste. On ne s*est point , à ravènement de ^Charles VIII, exprimé sur Loui^ Xt avec autan* de sévérité que sur le comité de salut
fMiMic lots du directoivei ou sur tt AcoetoÎM hm du consulat.
Au milieu deftcODvulsiûnsetderaiiaarcfaiey lœ personnages ëminens sont les pkisr menacés^ Sous les gouvernemens aJmsoIus^ l'oppresHou pèse sur la classe obscure : celle-K» est muette ) eilè sait à pcNOie cju'eUe a droit dé septaiadM; l'antre est €01 active et parlante | ses cris retentissenit.
Dans les gouvernemens populaires , les aasem* bléea qui exercent le pouvoir sont presque tdujours divisées en deun partis ^ et le blàine se pla^Seàoètéde rdtoge. LeS" gouveroesEiens abso^ lua n'aj^aiut qu'un chef, le blàneiQ ne trauve m place ni prétexte ; il n'j a de toléré qu'un, concert d'éloges, et ce concert d'éloges fausse Topîâiiou^
Dans les gouvernemens populaires , quand il y a liberté, on jouit et Ton s& tait ; quand il y a tyrannie, on souffre et Ton murmure i ou, si la tyrannie est trop ombrageuse, on se tait encore. Sous un maître absolu, on souffre et l'on remercie.
L'histoire a jusqu'à présent recueilli sans discernement et sans examen les remerciemens comme les plaintes, et il en résulte que ses couleurs sombres et sévères ^ quand il s'agit des excès commis au nom de la liberté, sont singulièrement douces quand il s'agit des fureurs du despotisme. Certes, Testrapade, sous François P', les hérétiques pion-
gës dans les flammes^ et retirés aussitôt pour y ètae plongés derechef y sous les yeux du prince , a c6té de sa maltresse , l'adultère offrant aussi à la religion des yictinies humaines; toutes ces choses sont-eHes moins horribles que les attentats commis par d autres monstres | à Nantes ou à Lyon ? Nous nommons François I^ le père des lettres, et qui d'entre nous oserait prononcer le nom de Carrier?
Une génération nouvelle s'élève ; elle fouille dans les monumens de notre histoire; elle la refait d'après ces monumens. Qu'elle persévère I elle rend un grand service à l'espèce humaine , car l'histoire n'a servi long-temps qu'à la tromper et à l'avilir.