FRAGMENS SUR LA FRANCE
DU l4 ICTLLBT 178^ AU Si UàMê iSif*
L'aoeien rëgime était nn mélange de corraptîoD ^ d'arbitraire et de feiblesse. Le 14 juillet renversa ce régime. Mais une rérolntiott £dte en yingt-<piatre heures pouvait-elle changer un caractère national ^ produit de plusieurs siècles? L'ancien régime avait laissé des traces qui ne permettaient guère d'espérer beaucoup du nouveau. Aussi l'observateur désintéressé dAt-il reconnaître , dans les concessions et dans les promesses d'un pouvoir effirayé, de l'hypocrisie; dans lés ébullitions d'un patriotisme de salon , une vanité qui avait d'assez bons effets , puisqu'elle inspirait du désintéressement et des sacrifices, mais qui n'en devait pas moins , tôt ou tard , avoir ^ les mauvais effets de la vanité; dans la dasse intermédiaire, qu'on nommait alors la bourgeoisie , une iguorance et une crédulité qui la livraient h toutes les suggestions et à toutes les impostures de l'esprit de parti ; enfin , dans les classes inférieures , une misère qui exigeait , pour première c^dition de l'ordre , une répar-
(76) tition de propriétés que le désordre seul pouvait amener. Il s'ensuivit que si beaucoup de bonnes choses furent décrétées^ rien ne s'établit, et que l'époque que l'on prenait pour celle de la régénération n'était qu'une époque de destruction nécessaire.
Au 9 thermidor la révolution avait en son cours. La leçon avait été sévère , et ce qui est sévère est quelquefois instructif. Des hommes , jadis exagérés , parlaient un langage raisonnable; l'aristocratie , mutilée et vaincue, semblait convenir qu'on ne pouvait pas rétablir tout ce que le torrent avait emporté y et la démocratie , mutilée aussi , quoique victorieuse, témoignait le désir de relever . parmi les ruines celles qui pouvaient servir de matériaux pour reconstruire l'ordre social. Cependant la super* fîcie seule était amendée ; rien n'était changé au fonds. Même hypocrisie dans les uns , même ignorance dans les autres, même vanité dans presque tous; et, de plus, la création de quelques dogmes, soi-disant républicains, qui, malheureusement, embrassaient des crimes aussi bien que des opinions, dogmes non nioins absolus et non moins invétérés, tout récens qu'ils étaient, que les dogmes soi-disant monarchiques. Ceux qui parlaient liberté voulaient le despotisme et conspiraient pour lut ; ceux qui par^
(77) laient républîqiie voulaient on despotisme nou-» ▼eaii.
Au i8 brumaire , l'Europe et la France se remplirent du nom déjà célèbre de Bonaparte : le monde le proclama son libérateur. Ce libérateur était ^ sous plus d'un rapport , un très puissant génie^ et, sous tous les rapports, un homme d'esprit : il voulait du pouvoir , beaucoup de pouvoir, tout le pouvoir qu'il était possible de prendre ; mais ce qu'il voulait avant tout, c'était une dose de pouvoir quelconque, et, s'il eût trouvé résistance, il eût négocié. Bien loin de là , il trouva une nation qui se prosterna devant lui, comme un seul homme, et qui, loiû de s'effaroucher de l'autorité qu'il s'arrogeait, semblait s'irriter de ce qu'il ne s'en arrogeait pas encore assez. On dirait que nos têtes françaises n'ont de capacité que pour recevoir une seule idée; cette idée devient une espèce de religion, et les croyans traitent ceux qui pensent avoir deux idéei au lieu d'une comme des hérétiques et des impies. L'idée dominante, en 8g, était, détruisons tout pour tout recréer; et quand on disait à ces destructeurs si bénévoles qu'il fallait peut-être se* dépécher moins, et que , dans l'histoire , les révolutions qui s'étaient appuyées sur des portions du passé avaient été les moins orageuses et les plus durables, anathème était
(7«) fioudain pratumcë contre le monitettr importun. L*idée dominante, à la fin de 94 ^ était ; punissons tons les forfaits de gS. Les hoounes les plus doux cbantaient k tue « tète , au nom de l'humanité y des chansons dont le refrain de*mandait des hécatondies; et quand on osait re- 1
présenter aux meneurs de Timpulsion vengeresse, <{u'aiiployer une assemblée unique et sans frein à séyir contre les crimes commis par une assemblée unique et sans frein , c'était frapper les effists sans écarter les causes , on était traité d'homme de sang, de complice de la terreur, fin i8oo, ridée dominante fut : k liberté nous a fait du mal , nous ne voulons plus de liberté ; et ceux qui dbservaient modestement à ces candidats de la servitude que les manx de la révolution venaient précisément de ce que la révolution avait suspendu toute liberté , étaient poursuivis dans les salons du nom de j accrus et d'anarchistes. Une nation qui demandait l'esclavage à un chef militaire couvert de gloire et âgé de trente ans, devait être servie À souhait; elle le fut. An consulat succéda l'empire. Les guerriers républicains restèrent 4ans les camps : les Spartiates de la Convention prirent place dans les conseils , les paladins de la contre-révolotion dans les antichambres. Ils j retrouvaient Fair natal.
MaUieureuflemait pour Ifis eenriteurs cottime pocir le maître^ le despotteme frappe de folie les plus distingués comme les plus médiocres. Les uns conservent de la grandeur , de la générosité ^ quelquefois de la justice , quand leur pouvoir n'est pas compromis; voyez Napoléon: les autres sont des mOûstres abjects et féroces ; voyez Don SiigueL
Bonaparte deÀtx>te devait se précîpitet du trône : lui seid le pouvait ^ il le fit. Ceux qui se sont dits ses vainqueurs étaient ses vassaux et ses esclaves.
Tout homme qui n'aurait comparé que les forces matérielles eu i8id , aurait parié cent ooatre un pour Bonaparte.
L^Europesedivisait en deux parts> en apparence fort inégales. D'un côté, l'Angleterre, l'Espagne et la Russie ; de l'autre , la Franceavec toute l'Allemagne, r^lalie, la Suisse et le Danemarck , qui semblait devoir «emtraliser la Suède.
Au premier côupd'œil> le succès de la France setnblait infaillible j ses enUemis étaiedl s^rés les un* des autres par des distances iacomoieiisurables, et chacun d'eux était tt*a vaille intérieurement "d'utoe naladit sécrète qui l'affaiblissait.
L'Angleterre, épuisée par sa dette » n'ayant de fMcës disponibles que celles qu'il lui fallait pour alimenter la résislahce espagnole, étak tourmen-*
tétAéjk par ses radicaux; le peuple se plaignait de la guerre à laquelle il attribuait son malaise, ne prévoyant pais que ce malaise serait accru précisément par la paix«
I/Espagne^ bors d'état de se défendre en rase campagne , n'avait de ressource que ses guérillas , des massacres partiels et des embuscades ; l'essources terribles contre une invasion, mais qui s'évanouissaient à la frontière.
La Russie , refoulée dans ses vastes déserts, et toujours exposée à des révolutions de palais, qu'on peut regarder , en quelque sorte , comme tenant, dans cet empire, la place d'une charte constitutionnelle^ ce qiii arrive toujours quand il n'y pas de charte ; la Russie était presque inexpugnable chez elle. Cependant l'une de ses capitales était déjà au pouvoir du conquérant. Ses armées n'avaient éprouvé que des défaites , et ses Cosaques ne sont bons qu'après des victoires.
La coalition à là tète de laquelle se trouvait la France paraissait , au contraire , compacte et invincible. Quoi qu'en disent aujourd'hui les cabinets , les alliés du maître du monde le servaient très loyalement, et quand ils se vantent de l'avoir trahi , c'est de la fatuité de perfidie.
L'Autriche, qui venait de donner sa fille k Napoléon, n'avait aucune envie de voir détrôner le gendre qu'elle avait adopté si récemment.
La Prusse y qui aurait eu plus de moti£s de ressentiment^ était contenue par son impuissance. Les suites de sa dernière tentative lui faisaient considérer toute r&istance comme un acte insensé. Si eUe espérait des dédommagemens^ c'était aux dépens de la Russie , qui ne s'était pas retusée à lui enlevei* le district de Bialjstock par un traité où elle stipulait comme son alliée; et c'était de très bonne foi que Frédéric-Guillaume désapprouvait tout ce qui pouvait lui donner un air de trahison qui n'était pas au fond de son cœur.
Quant au roi de Bavière^ il avait fait preuve' ë^ fidélité; celui de Saxe s'était montré plus loyal encore y et l'on ne saurait oublier Tobstina-* tion généreuse avec laquelle il s'est dévoué. Ajoutez k cela les liens secrets des ministres de ces prince^ avec le dominateur de la France, liens dont leur fortune et leurs cordons actuels rendent encore témoignage.
Telle était la position de l'Europe en i8ia. Assurément celle de la France était brillante; elle avait pour auxiliaires tous les gouveme*mens, elle n'avait pour ennemis que les peuples.
Tant que la prospérité dure , la haine des peu-^ {des n'est rien ; mais au premier revers , cette haine éclate, et elle est invincible.
Le terrible hiver de 1813 à 1 8 1 3 détruisit Far-
mée française. La Pologne^ la Prusse^ la Bavière^ le Rhin , virent Napoléon fogitif regagnisr la France. Il faut rendre jostice à ses auxiliaires ; leur premier mouvement fut de lui rester fidèle r son antique renom le protégeait encore^ et ils conservaient la mémoire d'une épouvante de douze ans; niais les peuples ne l'entendaient pas ainsi.
La royauté a deux intérêts très naturels et très légitimes y le bonheur public sans doute ^ mais aussi sa propre conservation. Quand ce dernier intérêt est compromis y une protection, une suprématie étrangères peuvent être admises ou supr po^éeë : le premier intérêt des nations au contraire, c'est l'indépendance, et la condition sètt qud non de Tindépendance / c'est l'absence ^a joug étranger. Un monarque peut devoir sa couronne à un autre monarque ; un peuple ne peut devoir son indépendance qu'à )ui-*même.
Aussi , de la Visttile au Rhin , la voix des pea^ pies se fit entendre : les princes firent quelque temps la sourde oreiUe; mais les armées qui, en définitive , sorties des rangs des peuj^es , partageht toujours ses penchans et ses voeux, se déclarèrent avec eux pour l'affranefaissément de leur patrie. -Le torrent populaire varpquit les résistances, royales , et les sujets forcèrent leurs maîtres a redevenir libres.
Parlonë maintenant dé la France.
Les mêmes causes qui avaient renverse Napoléon en ÂUemagne devaient le renverser sur le ^ natal. Tci comme ailleurs il avait. tué toutes les libertés , et, par là, soulevé contre lui toutes les facultés intellectuelles et industridles qui a6«piraient à se développer.
On a oublié aujourd'hui le sentiment de fati-* gue et d'aversion qui , vers la fin de l'empire , s'attachait même aux victoires que la France était condamnée à remporter. On a oublié ce sentie ment, dis-je, comme à cette époque on avait oublié le fol enthousiasme avec lequel on avait reçu l'arrivant d'Egypte, quatorze ans {dos tôt ^ mais le fait est qu'à Texception de l'armée réunie sous ses ordres, et que la vue de Tétendard étranger remplissait d'une indignation patriotique, il y avait en France bien peu de personnes qui fissent des vœux sincères pour la prolongation de son règne. Ceux qu'il avait comblés de bien* faits lui savaient mauvais gré de ce qu'ep se mettant en péril lui-même, il les troublait dans la jouissance des faveurs qu'il leur avait accordées. Le maintien de ces fiiveurs contre toutes les vicissitudes semblait un engagement qu'il avait pris , et lorsqu'on le voyant compromis on se sentait compromis soi-même , on ne le plaignait pas, on l'accusait plutôt d'un manque de parole.
Left hommes puissans se trompent quand ils croient s'assorer de la fidélité de leurs adhérens en ne mettant point de bcHties à leur munificence ; au contraire , ils leur donnent plus de choises à conserver, et par là même ils multiplient en eux les motifs d'abandojnner le pouvoir déchu et de capituler avec la fortune. Ceux qui ont lu les Mémoires de Las-Cases doivent se souvenir de cette femme comblée des bienfaits de ITmpereur^ et qui écrivait : u Grâces au ciel , le » petit homme va tomber^ et nous serons de vé- » ritables comtesses. » Ce qu'elle disait ainsi naïvement était la pensée de presque tout le monde. S'il n'y avait pas eu de comtesses impériales, il y aurait eu moins de gens intéressés à donner à ces titres la sanction de la légitimité.
Tra}ii par l'étranger , ne trouvant nul appui dans la masse des Français , Napoléon succomba malgré des prodiges de talent et de cou-
rage.
J'ai soigneusement séparé sa chute d'avec la restauration, parce qu'en efiêtce sont deux choses différentes. Les puissances avaient déclare vingt fois qu'elles ne prétendaient imposer à la France aucune famille, aucune forme de gouvernement en particulier; mais le trône était vacant, et quelque opinion qu'on professe sur la légitimité, son effet naturel est que, toutes choses étant égales et
toates prétentions étant contestées^ elle jette un poids dans la balance en faveur de celui qui peut l'invoquer.
D'ailleurs y avec le petit Napoléon venait une régence autrichienne, qui ne tentait les amis ni de la France ni de la liberté. Le prince desPays-> Bas y qui ne portait pas encore ce titre , avait servi contre les Français en Portugal ; Bemadotte^ séduisant par les formes et souvent républicain dans ses expressions, n'en avait pas moins le tort irrémissible d'avoir soulevé les étrangers contre son pays natal* Vk le duc d'Orléans n'était pas en France.
La restauration s'accmnplit. Mon dessein n'est ici ni d'esquisser son histoire, ni d'indi-^ quer les feintes commises par les hommes auxquels le pouvoir fut alors confié. J'ai tâché de remplir cette demièfe tâche dans mes Mémoires sur les cent jours : je ne dirai donc que quelques mots sur ce que l'état ^ esprits , à cettç époque , prescriyaît de Êdre ou permettait de tenter.
Napoléon n'avait été renversé ni par les hourras des Cosaques, ni par l'or de l'Angleterre, ni par la diplomatie autrichienne; ces choses, avaient servi de moyens, mais la véritable cause de sa chute était un amour de la liberté que son desr potisme avait réveille daqs le cœur et des étranr
gers et des Français. Quand pn lit les noms de ceux qui concoururent à la fameuse adresse du Corps-Législatif y on sent que Tentralnement libéral devait être bien fort^ puisque oee^ hommes ont mérité, une fois dans leur vie, le nom de factieux.
L'assertion est binrre , niais elle est vraie : ce sont les principes de 8g» qui ont neodu à Louis XVIII la couronne que l'abus de ces principes avait enlevée à Louis XVL
Pour se consolider à jamais^ po«r i^hdre en «n instant à la France y dans un but plus salutaire, une influence égale à celle qu'elle savait
exercée sous Napoléon, la restauration n'avait qu'une ligne à suivre : rester, dans le gotitefnement intérieur, fidèle aux principes qui ravafei^ amenée , et prêter assistance à ces principes dans ses relations avec les souverains ses alliés.
Tout l'invitait à marcher ainsi ; les peuples qui avaient forcé leurs rois à s'aifranchir du joug impérial, n'avaient point eu pour but de se re^ mettre sans condition sous un joug domestique; on ,s'en était nàéme expliqué franchement avant et pendant fa crise.
Ija landwebi% la landstûran, fes étudians, les volontafres, les métaphysiciens métamorphosés en guerriers, avaient rédamé des constitutions; le^
(87) sauveraîns les avaient promises* Le plus puissant 4'<eatFe eux était alors lavocât le plus ardent ^ te plus éloquent panégyriste des droits de rhomme dans toute leur étenduej, et Ton pourrait indî<{uer eocore quels salons de Paris ont reteiiti d'impé- Traies harangues en faveur de la liberté. Ces harangues^ reproduites aujourd'hui^ formeraient un singulier supplément aux conversations confidentielles divulguées depuis à la tribune par un de nos ministres. La France , en donnant l'exemple du respect pour les conventions stipulées entre les trônes et les nations ^ n'aurait rien fait d'hostile contre les uns, et se serait acquis des droits solides à la confiance des autres.
Le moment était favorable : les rois délivrés éitaieot reconnaissans «. les peuples libérateurs ^vaimt de ces dispositioifs bienveillantes qui naissent du sentiment du bien. qu'on ta fait^ et qi^i ^ refusent à prévoir l'ingratitude; c'était entre les sujets et les princes une époque pareille à celle de la lune de miel , honejr moonj entre le$ époux.
En même temps le gouvernement royal, se déclarant avec franchise pour la liberté cgnsti-» tutionnelle, aurait satisfait au vœu national. Les inquiétudes, que M. de Chateaubriand indique si bien conune un résultat inévitable du rétablis-
sèment des Bourbons (t)^ se seraient calmées. Force et considération au dehors^ amour et confiance au dedans^ tel eût été le partage delà restauration si elle eût adopte ce système.
Que si y voyant les choses de moins haut, elle n'eût voulu que travailler a sa consolidation matérielle , une autre route lui était ouverte.
Tai parlé des défections qui avaient signalé les derniers iustans de lempire : ces défectioBS avaient eu pour motif le désir de mettre en sûreté , sous un autre que Napoléon , les biens et les honneurs que Napoléon avait accordés, mais qu'il ne pouvait plus garantir; en donnant aux possesseurs de ces honneurs et de ces biens pleine sécurité sur ce point, la restauration conquérait une armée; et certes, si le penchant secret des ministres de cette restauration était d'étouffer la liberté, rien ne conduisait plus directement h ce but que la coopération d'une masse d'hommes qui , en ce genre , avaient fait leurs preuves ; qui avaient servi pendant quatorze ans le despotisme le plus complet qui eût jamais existé; qui étaient habitués aux affaires ; qui connaissaient parfaitement le terrain, et qui avaient, dans toutes les portions de l'empire, des i^lations intimes^et une clientelle zélée.
(i) Bé/lexions politiques. Mélanges, p. î55.*
Je ne veux point ici faire la satire d'une classe de gens qui ^ depuis i8i4> & reçu l'éducation^ je ne dirai pas de l'adversité, le mot serait trop fort , mais de la vexation et de l'arbitraire. Je suis convaincu que les instramens de Napoléon , ■éparës du pouvoir et n'en recueillant plus lés avantages , en ont découvert les inconvéniens , et que, jetés par les circonstances dansl'oppo* sition, ils ont appris à aimer la liberté à force de la défendre* Mais en i8i4> ils n'en avaient encore ni les doctrines ni les habitudes, et s'ils avaient retrouvé, sons le gouvernement de la restauration , protection , garantie et activité , plusieurs, je crois pouvoir l'affirmer sans ihjus** tice , lui auraient transporté le zèle et le dévoue- Toent qu'ils avaient déplojâ naguère pour le •gouvernement impérial. Ceux que le hasard % préservés du dédain ou de la réprobation du parti triomphant, et que ce parti a daigné admettre, nous ont donné d'assez beaux échantillons de leurs dispositions à l'obéissance aveugle et passive.
En disant ce que la restauration aurait pu faire en ce genre, je suis loin de regretter qu'elle tie l'ait pas fait ; la liberté aurait pu être indéfiniment ajournée ; mais je me place , quand je raisonne , dans la pontion et dans Fin* térêt dea gens dont je parle ^ tout en me ré-
jouissant peut-être de ce qu'ils n'ont pas c^nu cette position, et de ce cp'ils ont mal entendu leur intérêt.
Enfin , si le ministère de la restauraftion ne ^voulait ni de la liberté avec la i^itîon en. masse , ni du despotisme avec ceux qui avaient û bieH secondé le despotisme de l'Empereur, on troî-* sterne parti restait, hasardeux sans doute, mais le seul praticable , dès que 1^ deux premiers étaient rejetés, c'était de refaire franchement la monarchie de Louis XIV , avec les adhérens de Tancien régime. Je dis que ce parti était ban* sardeiix : c'était se mettre en contradiction avec les dédarations officielles de l'Europe et avec la disposition réelle de la Fraiioe ; car l'étendard du pouyoîr absolu n'avait pas en€X>re été relevé par 'les étrangers, et, comme je l'ai dit plus baut«> la* France était Devenue d'intention et d'espoir k K769.
Mais, du moins, le minialèf e qui auraii tenlé de la sorte une oontre*névolulion franche eût rallié autour de lui une masse d'intérêts quel-» oonques; les rois alliés n'étaient pas tèUement libéra^ijix, qu'on n'eêit pu les convertir en leur disant dès lors ce qu'eux-mêmes ont tant ré* pété (depuis, que c'est à enit seuls k faire le botJieur des p6U{^,-et à leur doimer la dose de liberté qui leur conyient : les oreilles rojales
(9' ) s'ouvrent aisément à ce langage. Quant à la France, la majorité eût été mécontente; mais le Gouyernement aurait eu pour lui la minorité, et une minorité compacte, bruyante, placée au sconmet de la hiérarèhie sociale^ jiaifvient aisément , nous en avons eà plus d'une fois la preuve, à se donner une apparence de majorité.
Ce parti , je le répète , eut été hasardeux ; il eût de plus été immoral ; mais il vaut mieux , comme sûreté , prendre un mauvais parti que de n'en point prendre.
En ne suivant aucune de ces lignes, en voulant plaire à la majorité nationale par une Charte, et à la minorité anti-nationale par la violation de cette Charte, le ministère de la restauration calculait très mal.
Nous subissons encore aujourd'hui la peine de ses fautes. Elles ont entraîné tous les malheurs de i8i5, et les injustices qui suivirent ces malheurs, et l'hostilité qui sembla s'établir entre le Gouvernement et la nation en 1820, et la victoire momentanée d'une Hiction en 1 821, et la douloureuse incertitude qui se prolonge encore depuis la chute de cette faction en 1837. Tant il est vrai qu'un premier pas dans une fausse route entraîne de fâcheuses et durables conséquences, et tant il importe à la puissance de
(90 bien se connaître elle-même avant de se mettre en marche , de savoir
Quidvaleanthumeri, quid ferre récusent s
et de ne vouloir dès Forigine que ce qu'elle est sûre de vouloir toujours.
DU DÉVELOPPEXENT PROGBES8IP