ÉPÎTRE A LAURE
EN PARTANT POUR l' AMÉRIQUE.
ijAURE court après sa poupée :
Je cours après la gloire avec la même ardeur.
Mais Laure sera moins trompée ,
Bien moins que moi dans mon erreur.
Le hochet de l'adolescence Est plus brillant que celui de l'enfance , Fait plus de bruit, et n'est pas moins trompeur. Adieu, Laure... je pars. Dans mon âme alttiidi ie ,
Épouse, enfan^, amis, patrie.
Luttent en vain contre l'honneur.
A ton enfance je confie
L'emploi d'ange consolateur
De l'ange qui seul est l'auteur
De mon bonheur et de ta vie.
Ton devoir est dans ton plaisir.
Ta gloire est de vivre auprès d'elle :
La mienne, orgueilleuse et cruelle,
M'ordonne aujourd'hui de la fuir.
De ton enfantine innocence,
Ma Laure , mon cœur est jaloux ; De nos jeux aujourd'lmi connais la dift'érence : Les miens vont à la mère arracher un époux ,
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Et le charme des liens n'est dû qu'à sa présence. Ah I garde au moins ma place en mon absence, Et sois toujours à ses genoux.
Mais écoule surtout les conseils de ion père ;
Je ne suis, tu le sais, exigeant ni sévère, Et je ne veux que ton bonheur ;
Je ne veux que te voir tous les moyens de plaire : Esprit piquant, douceur de caractère ,
Franchise d'âge d'or, égalité d'humeur, Gaîté décente et vertu point austère, Goût du plaisir, sans besoin du mystère ,
La sensibilité qu'embellit la pudeur.
Vertus de paradis et giâces de Cyllière....
Mais c'est trop exiger. Pourquoi cette frayeur ?
Non, rien n'est plus facile. Ah I ressemble à ta mère,
Et tu satisferas tous les vœux de mon cœur.