‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 126 sur 175 · LE MÉRITE ET LE HASARD · texte numérisé non relu

LE MÉRITE ET LE HASARD

yjs m'a conté qu'au temple de la gloire A son tour le mérite un jour voulut entrer;

Or, \ous pouvez déjà vous figurer

Des envieux la méchanceté noire ; Ce qu'il eut de périls , d'obstacles à braver. Il ne sait point ramper, ainsi vous pouvez croire

Qu'il était tard lorsqu'il put arriver.

Mais vous pensez au moins qu'il dut trouver

Le temple ouvert et la couronne prête; Qu'on l'accueillit, qu'on lui fit fête:

Vous vous trompez, le temple était fermé. Le mérite aux refus doit être accoutumé: Il ne se plaignit point ; on sait qu'il est modeste. Près de lui cependant un aveugle portier.

De temps en temps , sans se faire prier, Ouvrait à mille fous qui marchaient d'un air leste :

Sans examen , il les faisait entrer.

Leur course était rapide , et leur chute était prompte ; Arrivés pleins d'orgueil, ils sortaient pleins de honte,

Et pas un d'eux n'y pouvait demeurer.

Au mérite, à la fin , le vieux portier s'adresse, L'appelle par caprice , et , le tirant à part, Lui dit : Votre froideur me surprend et me blesse. Vous comptez sur vos droits aux yeux de la déesse; Vous m'avez méprisé; mais vous entrerez tard.

Et je prétends faire un exemple , Pour prouver que la clef du temple Ne sort pas des mains du hasard.

Je sais quelle est ton injuste puissance, Dit le mérite , et j'en connais l'excès. Mars te laisse son glaive, et Thémis sa balance ; Arbitre des revers, arbitre des succès.

Ici tout est soumis à ton pouvoir funeste ; De ce temple, à ton gré, tu peux donner l'accès; Mais le mérite seul y reste.

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