L'ILLUSION
Ain : Vous m'ordonnez de la brûler.
(J.v cherche , on craint la vérité :
Telle est notre faiblesse î Nous vantons beaucoup sa clarté ,
Mais son éclat nous blesse.
Nous avons trop besoin d'erreur
Pour aimer sa lumière ; C'est en consumant notre cœur
Que son flambeau l'éclairé.
Dans un puits l'amour l'exila,
La trouvant trop sévère ; Pour la remplacer , il créa
L'illusion légère.
De cette aimable déité
L'enfance est éternelle ; L'espérance et la volupté
Sont toujours auprès d'elle.
L'illusion , de ses faveurs
Enivre la jeunesse , Et couvre encor de quelques fleurs
Le front de la vieillesse :
Elle rajeunit les désirs ,
Elle embellit les belles, Et nous offre tous les plaisirs ,
En nous cachant leurs ailes.
4o8 ROMAx\CES
L'illusion peuple les cieux ;
C'est sa douce magie Qui fit placer au rang des dieux
Melpomène et Thalie :
Elle a fondé pour les neuf sœurs
Le temple de mémoire ; Elle nuance les couleurs
Du prisme de la gloire.
Pour moi tout prend sous ses pinceaux
Une grâce nouvelle; Mes amis n'ont point de défauts ,
Ma maîtresse est fidèle :
Aux auteurs chéris d'Apollon
M'égalant sans scrupule , Pour avoir fait cette chanson ,
Je me crois un Tibulle.