‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 148 sur 175 · L'ILLUSION · texte numérisé non relu

L'ILLUSION

Ain : Vous m'ordonnez de la brûler.

(J.v cherche , on craint la vérité :

Telle est notre faiblesse î Nous vantons beaucoup sa clarté ,

Mais son éclat nous blesse.

Nous avons trop besoin d'erreur

Pour aimer sa lumière ; C'est en consumant notre cœur

Que son flambeau l'éclairé.

Dans un puits l'amour l'exila,

La trouvant trop sévère ; Pour la remplacer , il créa

L'illusion légère.

De cette aimable déité

L'enfance est éternelle ; L'espérance et la volupté

Sont toujours auprès d'elle.

L'illusion , de ses faveurs

Enivre la jeunesse , Et couvre encor de quelques fleurs

Le front de la vieillesse :

Elle rajeunit les désirs ,

Elle embellit les belles, Et nous offre tous les plaisirs ,

En nous cachant leurs ailes.

4o8 ROMAx\CES

L'illusion peuple les cieux ;

C'est sa douce magie Qui fit placer au rang des dieux

Melpomène et Thalie :

Elle a fondé pour les neuf sœurs

Le temple de mémoire ; Elle nuance les couleurs

Du prisme de la gloire.

Pour moi tout prend sous ses pinceaux

Une grâce nouvelle; Mes amis n'ont point de défauts ,

Ma maîtresse est fidèle :

Aux auteurs chéris d'Apollon

M'égalant sans scrupule , Pour avoir fait cette chanson ,

Je me crois un Tibulle.

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