‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 153 sur 175 · ÉLOGE DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE LA FOLIE

AIR : De la croisée.

Jtlmis , croyez-moi , la raison Ne fait que hâter la vieillesse ; Son triste et dangereux poison Fane les fleurs de la jeunesse.

Sa glace, funeste aux désirs , Éteint le flambeau de la vie; Il n'est ni talens , ni plaisirs , Sans un peu de folie.

L'amant heui-eux rêve toujours Que sa maîtresse est la plus belle ; Couvert du bandeau des amours , Il la voit parfaite et fidèle :

C'est à ce songe séducteur Qu'il doit le charme de sa vie ; On ne croirait pas au bonheur, Sans un peu de folie.

Je ne dirai rien des cerveaux De nos faiseurs de tragédies ; Nous troublons assez leur repos Par nos piquantes parodies.

Tous les favoris des neuf sœurs Eu délire passent leur vie; On n'aurait que de froids rinicurs , Sans un peu do folie.

Le guerrier qui brave le sort En suivant le char de la gloire , Joyeusement cherche la mort , Afin de vivre dans l'histoire.

Dans les dangers , dans les travaux , Il perd les beaux jours de sa vie; On ne verrait point de héros , Sans un peu de folie.

Quand, malgré nous, le noir chagrin Flétrit notre cœur et l'oppresse , Bacchus, avec son jus divin.

Vient dissiper notre tristesse.

La raison , c'est là mon refrain, Cause tous les maux de la vie; Noyons-la vite dans le vin , Et chantons la folie.

ET GHAjSSOjys. 421

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