LE PLAISIR ET L'ESPÉRANCE
ATR : Femmes, voulez-vous éprouver?
V EUT-ON connaître de l'amour La faveur la plus enivrante?
C'est l'aveu d'un tendre retour Que prononce une jeune amante :
Il s'échappe avec un soupir De la bouche de l'innocence, Et donne plus que le plaisir, Car il en donne l'espérance.
Dans ce moment l'amour vainqueur Modestement verse des larmes ; Et , loin de bannir la pudeur, Il en augmente eucor les charmes.
A l'aveu qu'on vient d'obtenir Succède un tendre et doux silence ; On craint de parler du plaisir Dont on sent naître l'espérance.
Mais rarement après l'aveu On peut écouter la sagesse ; L'amour, dont il accroît le feu , Va l'exhaler dans son ivresse.
0 vous qu'amour sut attendrir, Belles, craignez son inconstance !
Il fuit sur l'aile du plaisir Qui suit de trop près l'espérance.
Il est fils du Dieu des combats ; Il vit tant qu'on lui fait la guerre; Mais la volupté , dans ses bras , Éteint le flambeau qui l'éclairé.
On voit le tombeau du désir Sous les fleurs de la jouissance ; Et souvent , au sein du plaisir, On en regrette l'espérance.