‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 156 sur 175 · ÉLOGE ET PORTRAIT D'UN AMI · texte numérisé non relu

ÉLOGE ET PORTRAIT D'UN AMI

AIR : Chantez, dansez.

J ETEZ les yeux sur le portrait Du tendre ami que je regrette, Et vous verrez, dans chaque trait, L'affreuse perte que j'ai faite.

De tels amis qu'on a perdus , Hélas ! ne se retrouvent plus.

Beau sans orgueil , doux et vaillant , Sensible, complaisant, aimable, 11 était gai , bon , mais bouillant , Et pour les fripons implacable ; Son esprit, sans être méchant, Pour les médians était mordant.

Toujours vêtu du même habit.

Méprisant et fortune et gloire , Le pain calmait son appétit, Et l'eau lui suffisait pour boire.

Des philosophes d'à présent Je doute qu'on en dise autant.

Tendre et constant on amitié.

Quoique aimant la brune et la blonde ^ Sans intérêt, il m'eût à pié Suivi jusques au bout du monde :

Quand la fortune me quitta , A mon dîner, seul, il resta.

Mais des amis tel est le .sort :

Quelquefois ils sont en querelle.

Je le grondais souvent à tort; Il redoublait alors de zèle.

Sur mes désirs réglant son goût, C'est à moi qu'il rapportait tout.

Le voilà peint tel qu'il était,

Des amis ce parfait modèle ,

Toujours égal, toujours discret,

Au même ami toujours fidèle ;

Était-ce un homme... ? mon Dieu ! non;

C'était mon pauvre chien Pluton.

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