LE TEMPS VENGÉ
AIR : De la Soirée orageuse.
vIn est injuste pour le temps , Et les poètes nous abusent; Les cœurs légers , les inconstans De leurs propres fautes l'accusent.
Chacun le voit diversement ; Ses portraits sont très peu fidèles :
L'amour le peint toujours volant, L'amitié ne lui voit point d'ailes.
Il fuit au regard de l'erreur, S'arrête aux yeux de la sagesse ; L'ennui se plaint de sa lenteur, Et le plaisir de sa vitesse ; Egal et doux pour le bonheur, Pesant pour l'âme froide et dure, Qui l'accuse , accuse son cœur, C'est le cœur seul qui le mesure.
Depuis cinq lustres, de sa main
Il verse des fleurs sur ma vie ;
Et s'il vieillit le genre humain ,
Il semble rajeunir Marie.
Il coupe , en fuyant , les liens
D'une trame faible et légère ;
Mais pour les nœuds tels que les miens ,
En s'envolant il les resserre.