ACTE I, SCENE IV
VOLUMNIE.
Vole donc où ton aveugle rage Va se rassasie!" de sang et de carnage ; N'écoute que l'orgueil et que la cruauté. Mais, vainqueur ou vaincu , tu seras détesté.
VÉTURIE.
J'avais cru que ton cœur , plus sensible à la gloire ,
Sur lui-même saurait remporter la victoire ;
Qu'il fallait seulement arracher de tes yeux
D'un sentiment jaloux le voile dangereux.
J'avais cru que, malgré ton offense et ma haine.
Je devais t'estimer , te parler en Romaine ,
Et je ne pensais pas, malgré tes torts connus.
Qu'un rival de mon fils pût être sans vertus.
Je me trompais , consul ; ta noire jalousie '
JN'est point un noble orgueil, c'est une basse envie.
La vertu t'importune et tu veux l'écarter ;
Tu perds Coriolan, ne pouvant l'imiter;
Et, pour ce grand dessein, ton dme saci-ifie
Ses pénates , ses dieux , son honneur , sa patrie.
Le courroux de mon fils , plus juste , aussi cruel,
Va plonger son pays dans un deuil éternel.
Fiome va voir la mort voler sur ses murailles,
Et ses propres enfans déchirer ses entrailles.
Eh bien ! cruels , eh bien ! courez donc aux combats ;
Mais, loin de vous quitter, nous marchons sur vos pas.
Peut-être vos soldats seront-ils moins barbares,
Du sang romain peut-être ils seront plus avares.
Je leur déclarerai que ce n'est que pour vous
Qu'aux plus affreux dangers vous les exposez tous.
Je leur rappellerai Marcius, sa vaillance;
Je peindrai les affronts qni sont sa récompense ;
Je les ferai rougir d'obéir au sénat,
De poursuivre un héros pour servir un ingrat ;
Et , si mon fils paraît , nos larmes , nos prières ,
Arracheront le glaive à ses mains meurtrières;
Ou, si nous ne pouvons apaiser vos fureurs,
Entre Rome et vos coups nous placerons nos cœurs.
LICIMUS.
Je pourrais , irrité d'un discours téméraire — ;
Mais je dois respecter la douleur d'une mère.
Eu vain vous prétendez , par des pleurs et îles cris ,
Désarmer le sénat ou votre injuste fils :
Non, non, le fer peut seul terminer nos querelles.
Paulin , suivez leurs pas ; vous me répondrez d'elles.