‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 24 sur 175 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

Quant aux malheurs alFicux que vous venez de peindre, J'ignore quels sont ceux que Rome pourrait craindre. Je ne vois point nos murs assaillis, abattus ; Je vois quelques brigands par nous cent fois vaincus , Dont un ingrat, en vain, veut réveiller la haine. Qui , voulant la briser, vont resserrer leur cliaîue. Et qui , loin de venir attaquer nos remparts , N'oseront des Romains soutenir les regards.

SEXTUS

Non , non, n'espérez pas une victoire aisée; Marcius est leur chef, et leur âme , embrasée Par le génie actif d'un guerrier si vaillant, Consul, nous vendra cher un triomphe sanglant.

VOLUMME.

Vous flattez de son cœur l'endroit le plus sensible ; Le barbare veut-il d'une gloire paisible? Rien n'est assez cruel au gré de sa fureur, Et c'est la soif du sang ([ui dévore son cœur. La volupté pour lui, Scxlus, c'est la vengeance. Eh! sait-il que l'on peut oublier une offense?

LICINIUS

Ah I si je l'ignorais , vous me l'auriez appris ! Peut-être trop long-temps j'ai souffert vos mépris, Et mon cœur , trop long-temps dans un vil esclavage , D'un rival insolent a dévoré l'outrage.

Mais , trop fier pour céder à des transports jaloux , Ce n'est pas votre amant ([ui punit votre époux. C'est un consul armé pour frapper un rebelle; Soumis à la loi seule, il ne vengera qu'elle.

VÉTURIE.

Mais, quand elle est barbare , ou doit la réformer.

LICINIUS

Sans la juger , madame , il fitut s'y conformer. On doit tout immoler pour le salut de Rome.

VÉTURIE.

Eh ! croit-on la servir en perdant un grand homme?

LICINIUS

Que deviendi-a l'Etat, si la célébrité Permet de tout oser avec impunité?

SEXTUS

Pour ramener les cœurs, croyez que l'indulgence Fait plus que la rigueur et que la violence.

LICINIUS

Ou invite à l'audace alors que l'on fléchit.

SEXTUS

Mais on perd sans retour un héros qu'on punit. C'est en voulant venger de légères injures, Qu'on fait à son pays de profondes blessures.

LICINIUS

Sextus , c'en est assez , quittons ces vains débats ; Dans le champ de l'hoiineur venez , suivez mes pas ; Quand l'ennemi vaincu sera sans résistance. Sans honte nous pourrons penser à la clémence. Madame , cpargnez-vous un spectacle odieux ; Des apprêts du combat n'affligez point vos yeux , Et croyez...

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