‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 27 sur 175 · SEXTUS, LICINIUS · texte numérisé non relu

SEXTUS, LICINIUS

LICINIUS

Elle n'a que trop lu dans le fond de mon âme ! Elle n'a que trop vu le courroux qui l'enflamme ! Mais elle espère en vain qu'à de pareils affronts On soumette jamais nos braves légions.

Piome, à dicter la paix toujours accoutumée, Ne verra point par moi ternir sa renommée. Elle ne verra point son consul avili Recevoir les traités que prescrit un banni. Non , je soutiendrai mieux la majesté romaine; Je saurai réprimer....

SEXTUS

Réprimez votre haine, Seigneur ; songez qu'on met le destin de l'État Dans les mains d'un consul et non pas d'un soldat. Si la paix qu'on nous offre est juste et glorieuse , La guerre seule alors pour vous sera honteuse ; On vous accusera d'avoir sacrifié Le bonheur de l'État à votre inimitié;

Et d'écouter bien moins raniour de la patrie,

Que la voix de l'orgueil ou celle de l'envie.

Vos yeux à ce discours s'enflamment de courroux ;

Mais depuis trop long-temps je suis connu de vous :

Je ne sais point flatter; la vérité m'inspire,

Et j'eus dans tous les temps le droit de vous la dire.

Tous deux pleins de vertus et de gloire enivrés.

Tous deux par votre orgueil vous êtes égarés.

Marcius combat Rome, il est le plus coupable.

Mais si la paix qu'il offre est égale, honorable,

Refusant ce traité, vous êtes aujourd'hui

Plus criminel, seigneur, et bien moins grand que lui.

LICINIUS

Votre franchise austère et m'indigne et m'offense,

Et votre âpre vertu lasse mon indulgence.

Je ne veux plus ici ni guide ni censeur,

Et je ne prends enfin conseil que de mon cœur.

Je puis sans vous peut-être (au moins j'ose le croire)

Accorder l'intérêt de l'État et ma gloire.

Je sais ce que je dois admettre ou rejeter ;

Calmez donc votre esprit prompt à s'inquiéter.

Rassemblez nos guerriers , il faut en leur présence

A cet ambassadeur que je donne audience.

Je prévois la hauteur du ton de Marcius;

Elle justifîra ma haine et mes refus.

(Scxlus sort.)

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