VINDEX, TULLUS
VINDEX
1 ouu suivre Marcius chacun maiclic en silence , Et Tullus reste seuU que devient sa prudence? Aux pieds de ce Romain quand nous fléchissons tous, Tullus ose-t-il seul affronter son courroux ?
TULLUS
Que veut dire, Vindex , cette ironie ainère?
Que vous devez, seigneur, vous garder de déplaire
A celui qui s'est fait le maître de l'Etat ,
Et près de qui Tullus n'est plus rien qu'un soldat.
TULLUS
Ami, plains mon tourment si tu sens mon injure, Et d'un cœur ulcéré n'aigris pas la blessure.
VINDEX
Comment puis-je , Tullus , vous plaindre d'un malheur
Dont le remède existe au fond de votre cœur?
Non , non , je ne plains point un guerrier qu'on offense,
Tant qu'il a dans ses mains l'arme de la vengeance.
C'est l'État qu'il faut plaindre, et qu'on ose outrager.
Vous qui l'avez soumis aux lois d'un étranger,
D'un odieux Romain ; répondez , à quel titre,
De votre sort, du nôtre, est-il ici l'arbitre?
De quel droit pliez-vous , sous un joug détesté,
Nos fronts nés pour la gloire et pour la liberté?
TULLUS
Eh bieni connais, ami, le tourment qui me tue;
Apprends tous les secrets de mon âme éperdue;
Vois comme, par degrés, l'infortuné Tullus
A perdu son repos, sa gloire et ses vertus.
Mes premiers sentimens furent ceux de la haine
Que tout Volsque ressent pour la fierté romaine ;
Et tu sais que ce fer, autrefois plus fameux,
Dans Rome fit marquer plus d'un jour malheureux.
Jours brillans ! trop présens , hélas ! à ma pensée ,
Pourquoi me rappeler ma fortune passée?
Coriolan parut, m'attaqua mon bonheur
S'évanouit alors comme un songe trompeur.
Si je me défendis avec quelque courage,
Son triomphe odieux en brilla davantage.
Tu vis mon désespoir , tu soulageas mon cœur
Par l'espoir consolant de venger mon honneur.
Après deux ans de paix , le flambeau de la guerre,
Au gré de mes souhaits , vint embraser la terre.