ACTE IV, SCÈNE III
Me font lire sans peine au fond de vos projets.
De votre haine en vdin vous déguisez les tiaits;
Je la vois tout entière, et votre âme implacable,
En parlant de pardon , demeure inexorable.
Votre cœur ulcéré, de remords combattu,
Brille de se venger, mais tient à la vertu.
Vous nous offrez la paix pour vous tromper vous-même.
Ali ! croyez les conseils d'un Romain qui vous aime ;
Sortez de ce funeste et triste aveuglement ,
Et si vous vous vengez, que ce soit noblement.
De la gloire à l'orgueil telle est la différence ;
L'un porte à la fureur et l'autre à la clémence.
L'un , en vous égarant , va vous faire abhorrer,
Et l'autre, en vous vengeant, va vous faire adorer.
Abjurez donc l'orgueil, ne suivez que la gloire.
Pour punir nos erreurs, perdez-en la mémoire.
Relevez les Romains sous vos coups abattus ;
Prouvez notre injustice en montrant vos vertus,
Et rendez-nous enfin le fils de Véturie ,
Et l'époux et l'amant que pleure Volumnie.
Ahl ces noms prononcés rallument mon courroux I Ces noms chers et sacrés , pour moi jadis si doux , De mon sein déchiré font saigner la blessure. Tout est perdu pour moi I l'amour et la nature , I.e sentiment inné qu'on a pour son pays , Mes foyers , mes enfans , le nom de mes amis , Tous ces présens du ciel, ces voluptés de l'âme, Sont devenus, par vous, poisons, brûlante flamme. Oui , l'amour , l'amitié , la nature et l'honneur, Tous ces biens des mortels sont des maux pour mon cœui
Chacun d'eux me rappelle une mortelle offense, Et vous êtes surpris si j'aime la vengeance? Oui , je veux me venger; oui , citoyens ingrats , Je veux vous abaisser, je ne m'en défends pas. Ce cortège pompeux n'a rien qui m'éblouisse. Ces respects apparens ne sont cpi'un artifice. Et ce vain repentir n'est cju'un trompeur dehors. Non , ma victoire seule excite vos remords. Si l'on m'avait vaincu , j'aurais été coupable, Je le sens ; et , vainqueur, je suis inexorable. Il fallait moins de crime ou plus de fermeté , Et me vaincre, ou subir l'arrêt que j'ai porté.
SEXTUS
A notre amour, hélas I vous préférez la haine?
CORIOLA.V.
Que me fait voire rage , alors que je l'enchaîne?
FABIUS
Pour nos erreurs les dieux se montrent plus démens.
Ils savent nous punir par d'éternels tourmens.
FABIUS
On fléchit leur courroux souvent par des prières.
ïl leur faut un tribut et des larmes amères.
Payez donc le tribut qui vous est imposé.
Lie IN lus, se levant avec fureur.
Non, nous n'accordons rien, et tout est refusé.