‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 57 sur 175 · ACTE IV, SCÈINE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈINE

Et votre âme par lui sans cesse souffrira

Des coups bien plus cruels qu'elle n'en portera.

Craignez , seigneur , craignez la colère céleste ,

Et cessez d'écouter un courroux si funeste.

Ce n'est que votre cœur qu'il vous faut consulter ;

Donnez -nous une paix qu'il voulut accepter.

Forcez- nous aux regrets par votre bienfaisance:

Rien ne sied à la gloire autant que la clémence.

Si les dieux punissaient ce qu'ils doivent punir,

Rome bien plus que moi, seigneur, devrait frémir,

Et peut-être ce cœur, qu'on trouve trop sévère,

Est l'instrument choisi pour servir leur colère.

Je pourrais, comme vous , faire parler ces dieux,

Expliquer leur silence et lire dans leurs yeux.

Je pourrais en leur nom menacer de supplice

Le crime , la bassesse , et surtout l'injustice.

Mais, des projets du ciel respectant la hauteur,

Je les croirai toujours d'accord avec l'honneur.

Il me dicte lui seul la paix que je propose ;

Il veut d'un peuple ami que j'embrasse la cause ,

Et ce peuple autrefois a de vous accepté

Et les mêmes liens et le même traité.

Il est de même on tout, et, pour vous en convaincre.

Quand il fit cette paix je venais de le vaincre.

Suivez les mêmes lois, ayant même destin.

Aujourd'hui je suis Volsque, alors j'étais Romain.

SEXTUS

Eh bien ! si Rome en pleurs n'a pkis rien cpii vous louche Si vous y renoncez , si votre àme farouche

264 COKIOL.A^:,

N'y connaît plus d'amis , d'épouse , do païens,

Si la haine chez vous éteint tous sentimens ,

Ne dites pas au moins que l'honneur seul vous guide,

Ou faites une paix à laquelle il préside.

Au lieu de nous détruire on veut nous enchaîner;

C'est changer le supplice , et non point pardonner.

Sans liberté , la vie est un présent funeste ,

Qu'à ce prix tout Romain et méprise et déteste ,

Et nous préférons tous que Rome ne soit plus,

A la voir asservie à de honteux tributs.

Des Volsques vous croyez récompenser le zèle,

Et vous leur préparez une guerre éternelle.

Une honteuse paix n'est qu'un affront sanglant

Que le peuple vaincu supporte en frémissant;

Elle aigrit son courroux; jamais il ne l'endure

Que le temps qu'il lui faut pour guérir sa blessure.

11 l'accepte par crainte , il la rompt sans remords ,

Et les dieux qu'il parjure approuvent ses efforts.

Alors des deux côtés une fureur cruelle

Rend la guerre sanglante et la haine immortelle,

Porte l'épuisement, l'effroi , l'oppression ,

L'esclavage, l'opprobre et la destruction.

Voilà les tristes fruits de toute paix honteuse ,

Loi toujours sans effet, trêve toujours trompeuse.

Volsques, vous attendiez sans doute un autre prix

Marcius à ce point ne peut s'être mépris ,

Et , s'il veut qu'avec lui franchement je m'explique ,

J'accuse son orgueil et non sa politique.

Qu'il couvre ses refus par des raisons d'État,

Il ne peut m'éblouir par leur frivole éclat.

Mon amitié pour vous , dès votre tendre enfance ,

Et du cœur des humains ma longue expérience ,

Page 1