‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 63 sur 175 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CORIOLAN, endormi. LE SOLDAT.

CORIOLAN, se réveillant avec agitation.

Quelle effrayante image , et quel songe terrible I Ah! le sommeil n'est fait cjuc pour un cœur paisible!

Mais je crois voir oncor tout ce sang répandu

Ce glaive sur ma tète est toujours suspendu.

( 11 se taitiin niomrnl.)

On VOUS venge, Romains, des maux où je vous plonge! Votre vainqueur superbe est troublé par un songe.

( Nouveau silence. )

Vengeance I tu ne plais que dans l'éloignement! Lorsqu'on te voit de près, tu n'es plus qu'un tourment; Le voile tombe alors et t'enlève tes charmes , Et tu blesses notre âme avec ses propres armes.

(Encore un silence.)

Le discours de Sextus revient à tous momens Réveiller dans mon cœur mes premiers sentimens; Et, dans mon sein , j'entends une voix qui me crie : Arrête, malheureux, respecte ta patrie!

Respecte tes foyers ; Rome fut ton berceau , Et tes barbares mains vont en faire un tombeau. Arrête!.... Et je pourrais oublier tant d'injures! Non , non , vains préjugés , je brave vos murmures.

(Un momeni de silence. )

Mais cette voix , par qui mon cœur est combattu

Est-ce erreur? est-ce enfin, ou faiblesse ou vertu?

Punissant des ingrats, suis-je si condamnable?

On n'a point de remords, quand on n'est pas coupable.

Tu t'aveugles, hélas! ouvre à la fin tes yeux.

Goûtes-tu le repos d'un mortel vertueux ?

Ce trouble, ces regrets, la fureur qui t'anime,

Tu ne peux t'y tromper, voilà les traits du crime.

L'innocence n'a point ce désordre effrayant:

Tranquille en son sommeil, calme en se réveillant.

Son cœur est sans combats, son âme est sans orages.

Comme un jour doux et pur sous un ciel sans nuages.

( Grand silence. )

Mais , hélas ! c'en est fait, et le coup est porté ; Rome, tu dois périr, le sort en est jeté.

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