SCÈNE II
CORIOLAN, endormi. LE SOLDAT.
CORIOLAN, se réveillant avec agitation.
Quelle effrayante image , et quel songe terrible I Ah! le sommeil n'est fait cjuc pour un cœur paisible!
Mais je crois voir oncor tout ce sang répandu
Ce glaive sur ma tète est toujours suspendu.
( 11 se taitiin niomrnl.)
On VOUS venge, Romains, des maux où je vous plonge! Votre vainqueur superbe est troublé par un songe.
( Nouveau silence. )
Vengeance I tu ne plais que dans l'éloignement! Lorsqu'on te voit de près, tu n'es plus qu'un tourment; Le voile tombe alors et t'enlève tes charmes , Et tu blesses notre âme avec ses propres armes.
(Encore un silence.)
Le discours de Sextus revient à tous momens Réveiller dans mon cœur mes premiers sentimens; Et, dans mon sein , j'entends une voix qui me crie : Arrête, malheureux, respecte ta patrie!
Respecte tes foyers ; Rome fut ton berceau , Et tes barbares mains vont en faire un tombeau. Arrête!.... Et je pourrais oublier tant d'injures! Non , non , vains préjugés , je brave vos murmures.
(Un momeni de silence. )
Mais cette voix , par qui mon cœur est combattu
Est-ce erreur? est-ce enfin, ou faiblesse ou vertu?
Punissant des ingrats, suis-je si condamnable?
On n'a point de remords, quand on n'est pas coupable.
Tu t'aveugles, hélas! ouvre à la fin tes yeux.
Goûtes-tu le repos d'un mortel vertueux ?
Ce trouble, ces regrets, la fureur qui t'anime,
Tu ne peux t'y tromper, voilà les traits du crime.
L'innocence n'a point ce désordre effrayant:
Tranquille en son sommeil, calme en se réveillant.
Son cœur est sans combats, son âme est sans orages.
Comme un jour doux et pur sous un ciel sans nuages.
( Grand silence. )
Mais , hélas ! c'en est fait, et le coup est porté ; Rome, tu dois périr, le sort en est jeté.