‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 66 sur 175 · ACTE V, SCENE III. 0^'J'ù · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III. 0^'J'ù

De vos indignes fers vous êtes affranchie ! Qui vous met dans mes bras?

VÉTURIE.

L'honneur et la patrie.

VOLUMNIE.

Rome me rend à toi , mais rends-hii tes vertus.

Qu'osez-vous demander?

VÉTURIE.

Ecoutez , Marcius.

Je sais combien votre âme est noble, ardente et fîère. Eh ! qui peut vous connaître , hélas I mieux qu'une mère ? J'ai formé votre esprit, votre sang, votre cœur; Surmontant de mon sexe et faiblesse et terreur, Je fus homme pour vous, et, dès votre jeune âge, Aux travaux, aux périls dressant votre courage. Je créai vos vertus. Vaillance, fermeté. Vous tenez tout de moi , jusqu'à votre fierté. Le prix le plus flatteur couronna mon ouvrage; Je vis Home à genoux vous offrant son honmiaj'e; Je vous vis triompher de nos fiers ennemis ; Avec vous, plus que vous, je triomphais, mon fijsl Je jouissais en paix, et j'étais loin de croire Que vous pussiez vous-même obscurcir tant de gloire Et que le jour heureux où Marcius est ne' , Fût pour Rome le jour le plus infortuné. Mais toujours le mérite est noirci par l'envie. Le vôtre des Romains arma la jalousie.

Le peuple vous bannit, et l'aveugle séuitl, En croyant vous punir, redoubla votre éclat.

Le vertu qu'on offense en paraît bien plus belle,

Et votre exil était une pahne immortelle

Qu'on joignait aux lauriers que vous aviez cueillis.

Mais vous seul, malheureux , vous les avez flétris,

Et votre cœur troublé, n'écoutant que sa rage ,

En vous déshonorant croit venger son outrage.

En me déshonorant I

VÉTURIE.

Pour punir des ingrats 11 fallait que l'honneur guidât toujouis vos pas, Et pour que leur courroux parût illégitime, Ce qu'il fallait surtout, c'était d'être sans crime. Mais on ne peut, hélas! réparer le passé; Votre bras fut trop prompt, se croyant trop blessé. Le ciel à vos projets s'est montré favorable , Et lorsqu'on est vainqueur on paraît moins coupable. Mais, quand ou s'est vengé, prolonger ses fureurs. Menacer sans pitié des ennemis eu pleurs , Conserver dans le crime un orgueil insensible. Et, quand on a vaincu, se montrer inflexible, C'est être trop cruel , trop digne de mépris ; C'est n'être plus Romain , c'est n'être plus mon (il<

Faut-il, pour mériter ces noms chers à mon àme, Dévorer des afl"ronts , subir un joug infâme? Ou, trompé par les pleurs d'un remords apparent. Me laisser désarmer comme un frivole enfant Qu'on séduit par l'éclat d'un grossier artifice ? Non , non, que Rome, cède , ou bien qu'elle périsse.

Page 1