ACTE V, SCENE III
Je veux
VOLUMNIE.
Que ta rigueur a droit de m*étonner !
Je croyais qu'un Cœur tendre aimait à pardonner Jusqu'au dernier moment Rome a quelque espérance. Ali I ton cœur, Marcius, est fait pour la clénieucc I Il n'est point de vertus que ton âme n'ait pas. Au moment de frapper, laisse arrêter ton bras. Le peuple et le sénat ont compté sur nos larmes; Ont-elles le pouvoir de détourner tes armes? Ou ta mère , ta femme et ton malheureux fils , Sont-ils aussi comptés parmi tes ennemis? Jamais refus de toi n'aflligea Volumnie , Lui refuseras-tu de sauver sa patrie?
Nos prêtres , nos consuls et tous nos sénateurs N'ont éprouvé de vous que dédains et rijjueurs. (Comment traiterez -vous l'ainour et la nature? Rome reccvra-t-elle une nouvelle injure?
I^ira-t-elle en nos cœurs, mon fils, et sur nos fronts, Et de nouveaux refus et de nouveaux affronts?
r.OKIOLAN.
Ah ! c'est pousser trop loin sa criminelle audace I Rome compte sur vous pour obtenir sa grâce ; Sur vous que de me suivre elle osait empêcher ; Sur vous que de mes bras elle osait arracher. Ah ! loin que votre aspect me porte à la clémence , 11 verse dans mon cœur la soif de la vengeance. Je sens que nion courroux est par lui rallumé. Eh ! ce n'est que pour vous que mon bras s'est armé !
J'aurais soufTert les fers , l'exil et l'infamie;
Mais vous perdre ! Ali ! plutôt perdre cent fois la vie !
Cependant, si le sort eût trompé ma valeur,
Si ce peuple d'ingrats avait été vainqueur,
Aurais-je pu fléchir son injuste colère?
Non ; accablé d'ennuis, de chagrins, de misère,
De mes foyers banni , proscrit , humilié ,
Isolé dans le monde, et peut-être oublié,
Séparé pour toujours de vous et de ma mère,
A pleurer, à mourir passant ma vie entière ;
Voilà le sort affreux qu'on m'osait destiner,
Et voilà ce qu'on croit que je puis pardonner.
Vous l'espérez en vain, peuple injuste et barbare;
L'instant fatal approche, et la mort se prépare.
Rome de ses forfaits va recevoir le prix ;
Elle ne sera plus que cendre et que débris.