VETU RIE
Eh bien! suis donc, cruel , ton aveugle furie!
Mais avant de frapper, réponds à Véturie.
Dans quels lieux comptes-tu porter les premiers coups:
Au Capitole? Hélas! les Romains à genoux.
Dans ce lieu révéré célébrant ta conquête.
De lauriers autrefois vinrent orner ta tète !
Porteras-tu la mort dans le temple de Mars?
^'on bras victorieux l'a rempli d'étendards ;
JÎ reçut ton serinent de servir ta patrie.
Sera-ce à la tribune, où ta voix applaudie,
En soutenant les lois , en protégeant les mœurs ,
Eiitraînaiî les avis et subjuguait les cœurs?
Délruiras-tu ces arcs où la foule enivrée,
Honorait, par sCS pleurs, ta triomphale entrée?
,VCTE V, SCÈNE III. 277
Ah ! dans ces murs sacrés , que tu remplis d'effroi , Tout est plein de ta gloire, et tout parle de toi.
CORIOL AN.
Ah! madame, pourquoi m'accabler par l'image De ces beaux jours changés en éternel orage? Pourquoi me rappeler ces biens que j'ai perdus?
VOLUMNIE.
Pourquoi les refuser lorsqu'ils te sont rendus?
Pourquoi vouloir porter tés criminelles armes
Dans ces lieux autrefois pour nous si pleins de charmes?
Ah! que d'objets touchans j'y vois se réunir
Pour calmer tes fureurs par un doux souvenir !
Respecte au moins, cruel, le temple d'Hyménée;
C'est celui du bonheur, ta main m'y fut donnée.
Mais tout, dans Rome , tout te parlera de moi ;
Mes parens , leurs foyers seront sacrés pour toi.
Ton glaive épargnera leur respectable asile ,
Et ces lieux où jadis ton épouse tranquille
Passait, entre tes bras, des jours si fortunés;
Sans regrets, sans remords, les as-tu condamnés,
Ces jardins où cent fois ton âme confiante
Déposa ses secrets au seiu de ton amante ,
Ces remparts sur lesquels mon inquiet amour
Poursuivait ton départ, devançait ton retour?
Tu n'y trouveras rien que l'amour ne protège ;
Tu n'y peux rien frapper sans être sacrilège.
CORIOLAN, un peu troublé.
Ah! je crains plus vos pleurs que le fer des Romains ! Mais je veux résister, et vos efforts sont vains.
VOLUMNIE.
Non, je ne le crois pas, ton âme est attendrie. Veux-tu voir à tes pieds expirer Voluninic?
CORIOLAN. «mu
Qu'exiges-tu de moi?
VOLUMME.
De céder à ton cœur.
VÉTURIE.
De sauver mon pays ne m'ôte pas l'honneur. Tu peux, si tu le veux, d'une gloire immortelle Couronner ton épouse et ta mère avec elle.
VOLUMNIE.
Tu peux rendre leurs noms dans Rome plus sacrés Que les noms les plus saints et les plus révérés.
VÉTURIE, à ses genou%.
Tu sais comme mon cœur idolâtrait ta gloire! Ne me refuse pas d'illustrer ma mémoire. Pardonne à ta patrie, à tes concitoyens; Ta mère est à tes pieds, et tu mets Rome aux siens.
COR 1 CL AN, U relevant.
Hélas! que faites-vous? relevez-vous, madame.
VOLUMNIE, àscs gcnouT
Ne puis-jc retrouver le chemin de ton âme?
Mais la postérité dira que je devais
VOLUMNIE.
Hélas 1 clic verra combien tu nous aim.iis.