ARMAND, RICHARD
ARMAND
I^ON , je ne fus jamais si gai de ma vie.
Je ne sais pas trop pourquoi. Je gage que c'est quelque nouvelle...
ARMAND
Folie : achève donc ; ne te gène pas, mon pauvre Richard.
AIR ; Des deux Jumeaux.
Ami , ton âge t'autorise
A parler sans de'guisement.
Je reconnais, à ta franchise,
L'excès de ton attachement.
On ne dit vrai qu'aux gens qu'on aime;
La vérité' fuit les médians.
C'est pour cette raison-là même
Qu'on la dit à si peu de gens.
286 ADÈLE
RICHARD
Ma foi, puisque le mot est lâché, oui, je parie que c'est quelque tour déjeune Lomine que vous avez fait.
Il me semble qu'à mon âge, c'est ce que je puis faire de mieux. D'ailleurs, crois -moi, la prudence calcule toujours , et se trompe souvent. La téméiité ne calcule jamais, et réussit toujours. Aussi je te l'ai prédit, j'en étais sûr; avant deux jours , la main de la jeune Adèle m'appartiendra.
RICHARD
Voilà bien la présomption de la jeunesse. Récapitulons : vous vous laissez emportera votre fougue au siège de Kelil ; vous y recevez deux coups de baïonnette ; vous obtenez qu'on vous loge à Strasbourg chez une aimable veuve , qui vous prodigue les soins les plus généreux ; vous poussez la reconnaissance jusqu'à l'amour ; elle veut vous rendre la raison, et votre délire augmente ; vous l'attaquez , elle résiste ; vous proposez le mariage , on vous refuse : qu'espérez-vous ? Croyez-vous que cette belle veuve épousera un jeune homme de vingt ans , sans l'aveu de ses parens?
ARMAND
Pourquoi pas?
RICHARD
Elle a une trop bonne tête pour cela.
ARMAND
II n'y a plus de bonne tête quand l'amour la tourne. D'ailleurs , Adèle , malgré ses principes , est presque aussi vive , presque aussi gaie que moi. Nous avons les