‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 92 sur 175 · SCÈNE XIII. 5l · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII. 5l

ADÈLE

Il faut, pour s'attirer leur hommage, être jeune, fraîche, jolie , élégante : ils n'ont pas le sens commun.

Mme DUPRÉ,

AIR : Des portraits à la mode

Jadis l'amour se traitait gravement j On se mariait bien plus sagement, Et d'une fdle le discret amant

Ne faisait sa cour qu'à la mère.

De l'hymen lorsque je subis les lois, De mes parens Dupré fut l'heureux choix , Et je le vis pour la première fois

Quand nous fûmes chez le notaire.

ADÈLE

Oui , on se mariait par convenance : c'était charmant.

Mt'me air.

Helas ! en vain dès long-temps je le dis ,

Rien ne se fait ici comme jadis.

IV os jeunes gens sont tous des étourdis

Qui du plaisir suivent l'amorce.

On ne parle que de lieaux senlimensj Avant d'être époux on veut être amans ^ Mais trop souvent de ces tendres romans

Le de'noucment est un divorce.

Aujourd'hui tous nos jeunes e'ventes, Bien parfume's, bien tondus, bien botte's, Courent partout de bcaute's en beaule's.

Mais sans qu'aucune les attaclie.

A leurs jeux de nos modernes Ve'nus La mode ollre les charmes presque nus, Et la raison , les mœurs et les vertus ,

C'est ici tout ce (fu'on nous cache.

3l4 ADÈLE,

ADÈLE

Jeunes beautés, abjurez cette erreur, Consultez mieux l'instinct de votre cœur : II vous dira qu'en chassant la pudeur,

Le dcsir s'enfuit sur ses traces j Ne vous montrez que derrière un rideau ^ D'un dieu malin redoutez le flambeau :

Vous devez voir, puisqu'il porte un bandeau,

Qu'il aime à deviner les grâces.

Mme DUPRÉ.

Votre manière de penser est si conforme à la mienne, qu'elle excite ma confiance. (Elles s'asseyent toutes deux.) Vous saurez , madame , que je suis mère d'un de ces étourdis qui suivent toutes les folies du jour. Vous connaissez le jeune Armand.'

ADÈLE

Hélas I oui, madame; il est intéressant, bien fait, spirituel. Je ne lui connais d'autre défaut que d'être trop jeune, et d'avoir la tète un peu trop légère.

Mme DUPKÉ

C'est cela même : vous le jugez comn\e moi ; j'aurais voulu pour son bien qu'il cherchât à épouser quelque femme riche, économe et mûre , qui le garantît par sa raison des écueils que rencontre la jeunesse ; mais , par malheur, il s'est monté la tète pour cette jeune Adèle dont je vous parlais ; il ne veut vivre que pour elle , et prétend l'épouser en dépit de nous.

ADÈLE

A qui le dites-vous, madame? J'ai fait inutilement tout ce que j'ai pu pour l'en détourner; il m'inspirait le plus tendre intérêt; je suis riche, veuve et libre; j'espérais le guider, l'éclairer, l'attacher. S'il avait voulu

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