‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 97 sur 175 · SCENE XVII · texte numérisé non relu

SCENE XVII

ADÈLE, enélégnnle, DU PRÉ.

ADÈLE

Comment, à celte heure- ci, personne encore dans le salon I Ah ! pardon , je ne vous voyais pas.

DUPRÉ

Elle est vraiment mise à merveille.

ADÈLE

Me trompé-je ? Un homme d'une tournure agréable, à la Titus , ici ! C'est un phénomène.

scè>;e xvii. 321

DUPRÉ

Je lui crois du goût. Je vous attendais avec une vive impatience , madame.

ADÈLE

Vous m'attendiez? J'ensuis vraiment surprise, n'ayant pas l'honneur d'être connue de vous.

DUPRÉ

Vous trouverez très simple que je cherche avec empressement à vous parler d'une affaire qui nous intéresse tous deux.

ADÈLE

D'une affaire qui nous intéresse! Est-ce une affaire importante, quelques fêtes nouvelles, quelques sclialls d'un nouveau genre, quelques modes arrivées de Paris? En ce cas-là, parlez vite, il n'y a que cela qui m'intéresse : toute autre affaire m'ennuie à périr.

DUPRÉ

Que son aimable légèreté me pTaît! Non, c'est plus sérieux, ma parole; ce n'est pas une affaire de mode, car c'est une affaire de cœur.

ADÈLE

Une affaire de cœur ! c'est assez joli , quand ce n'est ni trop approfondi ni trop hingoureux ; mais ce qui me paraît d'abord assez piquant, c'est que nous ayons à parler d'une affaire semblable, sans nous connaître.

DUPRÉ

Vous ne me connaîtrez que trop tôt.

ADÈLE

Tout me dit que c'est une connaissance 1res aimable à

522 ADÈLE

faire, et qui dissipera l'ennui que me donnent nos tristes provinciaux.

DUPUÉ.

Elle est ravissante 1 quel tact elle a I

Mais , comment saviez-vous que j'étais venue chez

DUPRÉ

Chez Adèle I quoi 1 ce n'est pas à madame Adèle que j'ai l'honneui- de parler ?

ADÈLE

Je suis une de ses amies , et je me nomme Fleur ville.

DUPRÉ

Pardonnez ma méprise ; mais , parbleu ! je suis charmé que vous ne soyez pas la personne que j'attends.

ADÈLE

Le compliment n'est pas du tout galant.

DUPRÉ

Plus que vous ne le pensez : je viens faire auprès de votre amie une démarche qui lui déplaira sans doute ; et, en vous voyant, je sentais déjà, ma foi, qu'elle m'aurait infiniment coûté.

ADÈLE

Vous savez que les femmes sont curieuses, et vous piquez ma curiosité; pourrais-je savoir quelle est cette démarche qui doit être si désagréable pour Adèle?

DUPRÉ

Puisque vous êtes son amie, vous pouvez m'aider à la lui faire supporter. Je viens lui enlever un amant.

SCKNE XVIl. 525

Fi doue, enlever un amant I Mais, en effet, c'est uni noirceur qui ne se pardonne pas.

AIR : Et rajeunir par la gaîié.

Sur votre agréable tournure.

Je vous jugeais tout autrement j Car vous n'avez ni la figure, IVi la tristesse d'un jic'dant.

Peut-on croire qu'un homme aimable [Nous vienne enlever nos amans ?

Faire ce tour abominable , C'est jouer le rôle du Temps.

Écoutez- moi, vous êtes trop jolie pour n'être pas douce et raisonnable.

AIR • Du ballot des Pierrots.

La beauté, par tout encense'e.

Montre toujours de la douceur j La laideur, par trop délaissée, Est souvent sujette à l'humeur.

Le froid ennui qui suit ses traces , Aigrit son esprit et son ton, Et c'est toujours auprès des grâces Que j'aime à chercher la raison.

ADÈLE

Je ne sais pas si vous m'en trouverez beaucoup, elle est bien passée de mode; mais revenons à ce que vous vouliez me dire.

DVPRt.

Etant lit-e avec Adèle, vous devez connaître Armand.

5^4 ADÈLE

ADÈLE

Beaucoup.

DUPRÉ

Je suis son père, et je viens lui déclarer que je ne puis approuver un lien q;'.'j mon fils contracte avec elle, sans mon consentement.

ADÈLE

Votre consentement ! mais c'est un style de père de comédie. Est-ce qu'on consulte ses parens aujourd'hui ? ce n'est plus la mode; au fond, quel motif avez-vous pour empêcher ce mariage ?

DUPRÉ

Mille.

ADÈLE

Millel c'est beaucoup. Vous ne connaissez pas Adèle?

DUPRÉ

^'on , mais je suis sur d'avance qu'elle n'est pas comme je voudrais qu'elle fût.

ADÈLE

Et comment faut- il donc être pour vous plaire?

DUPRÉ

Comme il est très rare qu'on soit; comme vous , par exemple.

ADÈLE

Vous êtes obligeant; mais que savez-vous? peut-être elle est mieux que moi.

DUPRÉ

Cela ne se peut pas. Je vois à votre air , à votre ton , au goût qui règne dans votre ajustement, que vous venez de Paris. Une provinciale ne peut pas vous ressembler.

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