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ET KELIGION.
elle n’est point comme le nuage absorbé par l’air dévorant, elle se retrouve toujours dans un autre monde, mais elle est traitée suivant ses mérites. A-t-elle connu le mystère de Brahma ? a-t-elle soulevé, par la méditation et la victoire sur les passions, le voile qui le dérobe à nos regards mortels ? elle s’évanouit , aérienne ' , pareille au souffle d’un vent pur, réunie pour jamais à Brahma. La mort a-t-elle surpris l’homme au milieu de ses exercices pieux a , et a-t-elle mis un obstacle à sa perfection ? Pendant des siècles il habite les régions célestes et bienheureuses; mais ensuite il renaît dans le corps de quelque saint personnage , avec la somme de mérites qu’il avait acquise, pour y achever son temps d’épreuve. Ceux qui n’ont adoré que des génies inférieurs sans s’élever jusqu’à la connaissance de Brahma 3 , mais sans commettre le mal , sont accueillis dans les régions qu’habitent les dieux qu’ils ont adorés, et reviennent ensuite sur la terre dans le corps d’un être d’une classe supérieure. Tel est le sort réservé à ceux qui se sont attachés à la lettre et non à l’esprit des V Mas : ils sont reçus dans le paradis d’ Indra , d’où , rassasiés d’ambroisie , après avoir goûté une félicité divine pendant un
* Man . , I. ii. « — * Bh . , I. vl.— 3 Ibid . , I. ix.
PHILOSOPHIE
temps proportionné à leurs mérites, ils tombent de nouveau sur la terre L’âme passe tour à tour dans plusieurs corps, de la même manière que nous la voyons exister successivement, mais toujours la même, dans le corps de l’enfant, du jeune homme, du vieillard \ Pour ceux qui ont fait le mal pendant leur vie , ils renaissent dans le corps d’un être inférieur, d’autant plus dégradés qu’ils ont été plus vicieux, jusqu’au moment oùils sontenfîn précipités dans 1 eNdraiïa.»
Ici , j’ai un peu altéré le texte de mon auteur. Parmi les peuples anciens nous ne connaissons guère que nos ancêtres, les Gaulois, qui aient eu pour les femmes ce respect, dont le christianisme le premier nous a fait une loi, en consacrant par une sanction divine le rang qu’elles doivent occuper dans la société. Ce que Platon nous dit dans son Timée , les Indiens le disaient aussi , et je lis avec peine dans leurs ouvrages que le premier échelon de dégradation pour l’âme de l’homme était de passer dans le corps d’une femme 3 . C’était cependant le pays où elles donnaient aux hommes les plus grands exemples de dévouement : mais ce n’étaient pas elles qui avaient fait les lois ni les livres.
Pour en revenir à notre voyageur, il dit au
1 Dh., 1. 11 . — * Ibid. , 1. xvi. — 5 Ibid. , I. ix.
F.T RELIGION
brahmane : « J’approuve beaucoup cette espèce de justice distributive. Une seule chose me fait de la peine, c’est de voir Brahma , dont notre âme, selon vous, n’est qu’une émanation, nécessairement souillé par les vices des pécheurs, humilié , avili , et enfin précipité dans le Ndraka. »
— « Je n’ai point promis, reprit le vieillard, de lever toutes les difficultés qui se présentent à nous dans ce monde souvent inexplicable. Celui qui a la foi, obtient la sagesse ' : avec le glaive de la sagesse, il faut trancher les doutes de notre âme. Brahma ne vous demandera pas si vous avez tout compris, il vous demandera si vous vous êtes purifié par la prière , l’aumône et la mortification *. Comme le serpent se délivre de son ancienne peau , l’homme par la prière se délivre du péché 3 . Jouir des biens que Dieu nous accorde, sans l’en remercier par la prière , c’est un véritable vol 4 ; et ces biens , ne nous sont-ils donnés que pour nous ? ce que la pluie est pour la terre aride, la nourriture pour l’homme affamé, l’aumône l’est aussi pour le pauvre 5 . Mais reconnaissant envers le ciel , béni par ses semblables , que l’homme ne pense
■ Bit . , 1. iv. — * Ibid. , I. xviii. — ’ Man . , I. il. — 4 Bit , 1. III. — * Hit. , ch. i.
PHILOSOPHIE
pas qu’il n’a plus rien à faire : qu’il dompte ses sens par la pénitence. La véritable beauté du rossignol , c’est sa voix : celle de la femme , c’est la fidélité à son époux j la beauté de l’homme laid , c’est la sagesse ; celle de l’homme religieux, c’est la mortification Ainsi pense, ainsi agit le véritable Mouni : retiré à l’écart , détaché de tous les objets extérieurs, il contemple Brahma dans toutes les créatures ’ ; quoique toujours habitant de ce corps, que nous appelons la ville aux neuf portes , son esprit est déjà uni au grand Être. Étranger à toutes les affections humaines 3 , il est comme la lampe solitaire dont la lumière n’est point agitée par le souffle du vent ; et les désirs passent par son âme 4 , comme les eaux des fleuves entrent dans la mer , sans en augmenter la masse , sans en troubler la tranquillité. Quelquefois ravi en extase , il jouit d’une vue anticipée de Brahma : il l’aperçoit sous toutes ses formes merveilleuses et infinies s . Tantôt, assis sur son trône de lotus, Brahma lui apparaît environné de puissance et de majesté : une couronne brille sur sa tête , ses mains soutiennent la massue et le tcliakra , le disque resplendis-
1 Hit. , ch. i — * Rh., I. y et pass. — 3 Ibid., 1. n. — 4 Ibid. p I. ir. — * Ibid., 1. xi.
ET HELJGION. 207
sant : le feu est moins ardent , le soleil moins radieux ; c’est le dieu de gloire , c’est le dieu créateur. Tantôt, c’est sous une forme moins imposante qu’il se présente à ses yeux : lien et appui du monde , âme de tous les êtres , soleil vivifiant, lune bienfaisante , admirable composé de force et de douceur : c’est le dieu de bonté, le dieu conservateur. Mais bientôt le spectacle change, c’est un géant qui s’élève jusqu’aux deux, géant terrible formé de plusieurs corps réunis : ses yeux sont étincelans., ses bras levés pour frapper , ses bouches armées de dents menaçantes. Dans ces bouches ouvertes et enflammées , se précipitent les générations entières avec l’impétuosité des fleuves qui courent se jeter dans l’Océan , avec l’aveugle rapidité des insectes qui volent vers le flambeau fatal : c’est le dieu de la mort , c’est le temps qui détruit tout pour tout reproduire. A cette vue le Mouni, humblement prosterné , s’écrie d’une voix agitée par l’amour et la crainte : Dieu puissant, l’univers est rempli de ta gloire ; il t’adore , il te bénir. Les mauvais génies fuient devant toi frappés de terreur, et la troupe des saints te révère et chante tes louanges. Auteur et soutien du monde, être pur et impérissable, père des temps , âme de l’univers et maître de la nature,
a68 PHILOSOPHIE ET JtELIGlON.
tu es en tous lieux, tu es la source de toute existence. Honneur, honneur à toi, mille fois honneur ! Infini dans ton pouvoir et tes perfections, tu es tout, tu remplis tout. Essence inconcevable, source de toute sagesse, de toute science, de toute majesté, le monde, ton ouvrage, passe et périt; toi seul es immuable»
Rien n’est semblable , rien n’est égal , rien n’est comparable à toi au ciel , sur la terre et dans les enfers. Je me prosterne devant toi , humble et suppliant, ô Seigneur, j’implore ta miséricorde.» A ces mots , le Mouni se tut , il semblait abîmé dans ses méditations. Et moi, debout devant lui, ému par son discours, j’admirais comment, chez des peuples que nous traitons de barbares, au milûu de quelques erreurs, on pouvait trouver tant de ?agesse.