DE LA CONNAISSANCE MÉTAPHYSIOÜE
fectué réellement. On se fait une notion d’un certain être en qui est la plénitude de la réalité ; or, il faut reconnaître qu’on est obligé de lui accorder par cette notion jusqu’à l’existence. Tel est donc l’argument : si toutes les réalités se trouvent réunies sans distinction de degré dans quelque être, cet être existe. Si elles sont simplement conçues réunies de la sorte, l’existence de cet être n’est elle-même qu’en idée. Mieux valait donc raisonner comme il soit : en formant la notion d’un certain être que nous appelons Dieu , nous l’avons déterminé de telle sorte que l’existence s’y trouve comprise. Si donc la notion ainsi préconçue est vraie, il est vrai aussi que Dieu existe. Ceci soit dit à l’adresse de ceux qui admettent l’argument de Descartes.
Propo»l(lon VII.
Il existe un être dont l'existence précède en quelque sorte la possibilité de cet être, celle de toutes choses, un être qui est par cette raison absolument nécessaire. Cet être cest Dieu.
Comme la possibilité n’a lieu que par la non-répugnance de certaines notions réunies, et qu’en conséquence la notion de possibilité résulte d’une comparaison; comme il est nécessaire aussi que dans toute comparaison il y ait des choses à comparer, et
SES FREMIERS FRINCim
qu’il n’y ait pas de comparaison possible où il*n’y a rien du tout, et que la comparaison corresponde à cette notion de la possibilité ; il s’ensuit que rien ne peut être conçu possible que ce qui existe réellement dans toute notion possible, et que même (puisqu’autrement il n’y aurait rien du tout de possible, c’est-àdire qu’il n’y aurait rien que d’impossible) il existe d’une existence absolument nécessaire. Or, il est nécessaire que toute cette réalité de toute nature existe réunie dans un seul être.
Supposé en effet que ces réalités qui sont comme la matière de toutes les notions possibles, se trouvent réparties entre plusieurs choses existantes, chacune d’elles aurait une existence limitée par une certaine raison , c’est-à-dire qu’elle serait inséparable de quelques privations. Et comme l’absolue nécessité ne convient pas moins à ces privations qu’aux réalités, et qu’elles sont cependant nécessaires à la complète détermination de la chose, détermination sans laquelle rien ne saurait exister, les réalités limitées par cette raison n’existeraient donc que d’une manière contingente. Il faut donc, pour qu’il y ait nécessité absolue, qu’elles existent sans limitation, c'est-à-dire (ju’elles constituent un être infini. La pluralité d’uu pareil être, si l’on en peut imaginer une, n’étant (ju’une répétition faite un certain nombre de fois, il faut dire, puisque la contingence est opposée
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à la nécessité absolue, qu'il n'existe qu’un seul être absolument nécessaire.
ScoLiE. Voilà une démonstration de l’existence de Dieu aussi essentielle que possible ; et bien qu’il n’y ait pas lieu à une démonstration génétique proprement dite, elle est cependantfondéo sur une raison parfaitement première, à savoir, la possibilité même des choses. D’où il résulte que si l’on fait disparaître Dieu par la pensée, ce n’est pas seulement l’existence des choses qui succombe avec lui, c’est encore leur possibilité intrinsèque. Car bien qu’on ait coutume d’appeler absolument nécessaires des essences (qui consistent dans la possibilité interne), il serait plus juste de dire qu’elles conviennent aux choses d'une manière absolument nécessaire. En effet, l’essence du triangle , qui consiste dans l’assemblage de trois côtés, n’est pas nécessaire en soi ; quel est, en effet, celui qui, sain d'esprit, soutiendrait qu’il est nécessaire en soi que trois côtés soient toujours conçus réunis? J’accorde bien que cette réunion est nécessaire au triangle, c’est-à-dire que, posé l’hypothèse que le triangle soit conçu ou pensé, on conçoit nécessairement trois côtés. Ce qui revient à dire que si quelque chose existe il existe. Mais de savoir comment il serait possible d’avoir la pensée des notions de côtés, d’espace à renfermer, etc., c’est-à-dire comment il y a en général quelque chose susceptible d’être conçu,
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d’où plus tard, par voie de combinaison , de limitation , de détermination, résulte une notion quelconque d’une chose à penser, c’est ce qui ne peut être parfaitement conçu qu’à 1a condition que tout ce qu’il V a de réel dans une notion existe en Dieu, source de toute réalité. Nous n’ignorons pas que Descartes a donné de l’existence de Dieu un argument tiré de la notion interne même de Dieu; mais j’ai fait voir aussi dans la scolie du précédent paragraphe comment il s’était abusé : Dieu est l’être unique de tous tes êtres, en qui l’existence est antérieure à tout le reste, ou, si l’on aime mieux , dans lequel l’existence et la possibilité sont une môme chose. Faire abstraction de son existence, c’est en faire disparaître la notion.
PropoaKlon ¥111.
Tout ce qui est contingent doit avoir une raison d'être antécédemment déterminante.
Supposez qu’il en manque, rien ne fera qu’il existe. Par le fait donc que l’existence est déterminée, c’està-dire posée de telle sorte que tout ce qui est l’opposé de la détermination est complètement exclu, il n’y aura d’autre exclusion de cet opposé que celle qui part de la position de l’existence. Or, cette exclusion élaiît identique (puisque rien n’empêche la non-
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existence d’une chose que le fait de sa non-existence), l’opposé de l’existence sera exclu par lui-même, c’est-à-dire sera absolument impossible. En d’autres termes : la chose existera nécessairement, absolument, ce qui répugne à l’hypothèse.
Corollaire. De ce qui a été démontré suit une chose, à savoir, que la seule existence des êtres contingents réclame le secours d’une raison déterminante ; que cela seul qui est nécessaire est exempt de cette loi. Il ne faut donc pas admettre dans un sens absolu que le principe de la raison antécédemment déterminante comprenne l’universalité de toutes les choses possibles.
ScoLiE. Je suis donc parvenu, j’aime à le croire, à éclairer de la lumière d’une certitude complète la démonstration du principe de la raison suffisante. On sait, du reste, que des philosophes contemporains, doués d’une très-grande pénétration, parmi lesquels il faut placer l’honorable Crusius, n’ont cessé de se plaindre du peu de solidité de la démonstration de ce principe, telle qu’on la trouve exposée dans tous les écrits sur cette matière. Ce grand homme désespérait si fort de pouvoir remédier à l’essence de ce mal, qu’il soutenait sérieusement que cette proposition n’était pas susceptible de démonstration, supposé môme qu’elle fût vraie. Si je n’ai pas tenu à donner de ce principe une démonstration si courte, si succincte qu’elle se ré-
DES PREMIERS PRINCIPES
(laisit à un seul argument, comme on a généralement essayé de le faire; si j’ai cru nécessaire de prendre quelque détour pour arriver à une entière certitude, je vais en dire la raison.
Il fallait d’abord distinguer soigneusement entre la raison de la vérité et la raison de l’existence, quoiqu’il eût pu sembler que l’universalité du principe de la raison suffisante dans le domaine du vrai, s'étende également à l’existence. Car si rien n’est vrai, c’està-dire si un prédicat ne convient à un sujet qu’autant qu’il y a raison déterminante, il s’ensuit que le prédicat de l’existence ne sera pas non plus une existence, sans cette raison même. Mais il est certain que, pour affirmer la vérité, il n’est pas besoin de la raison antécédemmeut déterminante, et qu’il suffit de l’identité entre le prédicat et le sujet. Mais dans les choses qui existent, il faut chercher la raison autécédemmenl déterminante; s’il n’y en a pas, l’être existe alors d’une manière absolument nécessaire; si l’existence est contingente, cette raison ne peut pas ne pas la précéder; je l’ai prouvé. Ainsi, puisant la vérité à sa source même, nous l’avons, ce me semble, recueillie plus pure.
Le célèbre Crusius pense que certaines choses existantes sont suffisamment déterminées par le fait même de leur être, et qu’il est superflu de rien demander de plus. Tilius agit en vertu de sa libre volition ; si je lui