‹ Mélanges de logique d'Emm. Kant;Chapitre 12 sur 68 · DE LA CONNAISSANCE MÉTAPIITSIQDE · texte numérisé non relu

DE LA CONNAISSANCE MÉTAPIITSIQDE

Car si les globales de l’élher étaient parfaitement durs , il n’y aurait aucun intervalle perceptible de temps, malgré les immenses distances parcourues, entre l’émission et l’arrivée de la lumière.

La définition de l’illustre Wolf, péchant en un point essentiel, m’a semblé devoir être corrigée. Il définit en effet la raison, ce qui permet de concevoir pourquoi quelque chose est plutôt que de n’être pas. Le défini se trouve certainement mêlé ici à la définition ; car, bien que la conjonction pourquoi paraisse si facile à saisir au sens commun qu’elle semble pouvoir être mise dans la définition, elle suppose encore la notion de raison. Car, en examinant bien, on trouve qu’elle signifie la même chose que par quelle raison. La substitution ainsi faite, la définition de Wolf revient donc à celle-ci : La raison est ce qui permet de concevoir pour quelle raison quelque chose est plutôt que de n’être pas.

J’ai cru également convenable de substituer à l’expression de raison suffisante celle de raison déterminante ; en quoi j’ai l’approbation de Crusius; car le mot suffisant est ambigu, comme il le fait bien voir, parce qu’on n’aperçoit pas de suite le degré de suffisance. Au contraire, déterminer étant affirmer de telle sorte que tout opposé soit exclu, ce mot indique ce qui suffit certainement pour que la chose doive être conçue ainsi et pas autrement.

DES PREMIERS PRI^'CIPES

Propoaltlon V.

Rien ii’est vrai sans une raison déterminante.

Toute proposition vraie indique qu’un sujet est déterminé par rapport à un prédicat , c’est-à-dire que ce prédicat est affirmé à l’exclusion du prédicat opposé. Dans toute proposition vraie l’opposé du prédicat affirmé est donc nécessairement exclu. Or, un prédicat auquel répugne une autre notion affirmée est exclu en vertu du principe de contradiction. Iln’y a donc pas d’exclusion où il n’y a pas de notion qui répugne à l’opposé qu’il s’agit d’exclure. Toute vérité comprend donc quelque chose qui, en excluant le prédicat opposé, détermine la vérité de la proposition. Ce qui revient à dire, qu’on doit mettre en principe qu’il n’y a pas de vérité sans raison déterminante.

Autre preuve du même théorème.

On peut comprendre , en partant de la notion de raison, lequel de deux prédicats opposés doit être attribué au sujet, lequel doit en être nié. Supposé que quelque chose fût vrai sans raison déterminante, il n’y aurait rien qui fît voir lequel de deux opposés doit être attribué au sujet, lequel doit être nié ; ni l’un ni l’autre donc n’est exclu , et le sujet reste in-

SE LA CONUAISSAKCE UÉrAFHTSIQCE. 31

déterminé par rapport à chacun des deux prédicats ; en sorte qu’il n’y a pas lieu à la vérité, qui cependant, par hypothèse, a été considérée cemme existante. Ce qui répugne manifestement.

ScoLiE. Le sens commun a toujours mis en principe que la connaissance du vrai a pour fondement la vue d’une raison. Mais nous nous contentons souvent d’une raison conséquemment déterminante, lorsqu’il ne s’agit que de certitude ; mais on voit facilement, par le théorème qui précède et par la définition, considérés ensemble, qu’il y a toujours une raison antécédemment déterminante, ou, si l’on veut, une raison génétique, ou du moins identique , puisque la raison conséquemment déterminante ne fait pas la vérité mais l’explique. Voyons maintenant quelles raisons déterminent \' existence.

Proposition YI.

Il serait absurde d’admettre que quelque chose a en soi la raison de son existence.

En effet, tout ce qui renferme en soi la raison de l’existence de quelque chose, est la cause de celte chose. Quelque ehose qui aurait en soi-même la raison de son existence serait cause de soi-même. Or, comme la notion de cause est naturellement antérieure à la notion d’effet, la notion d’effet est donc

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postérieure : la même chose serait donc en même temps antérieure et postérieure à elle-même. Ce qui est absurde.

Corollaire. Tout ce qui s’offre à l’esprit comme existant d’une existence absolument nécessaire , n’existe pas par quelque raison, mais parce que l’opposé est absolument inconcevable. Cette impossibilité d’un opposé est la raison de connaître l’existence, mais elle manque absolument de raison antécédemment déterminante. Il existe; c’est tout ce qu’il convient d’en penser et d’en dire.

ScoLiE. On trouve, à la vérité, cette proposition dans la bouche de tous les philosophes modernes : que Dieu contient en lui-même sa raison d’être. Je ne puis être de cet avis. Il peut paraître dur à ces braves gens de refuser à Dieu, au principe dernier et parfait des raisons et des causes, sa raison d’être; et comme il n’est pas possible de lui reconnaître une cause extérieure, ils pensent que cette cause est en lui; supposition aussi peu raisonnable que possible. Car, dès qu’on est arrivé à un principe en remontant la chaîne des raisons, il est évident qu’il faut s’arrêter et mettre un terme à la question par une réponse définitive. Je sais bien qu’ils recourent à la notion même de Dieu pour en déterminer l’existence même ; mais il est facile de voir que ce n’est là qu’une opération toute idéale, qu’il n’y a rien d’ef-

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