‹ Mélanges de logique d'Emm. Kant;Chapitre 17 sur 68 · DE LA CONNAISSANCE MÉTAPHTSIQUE · texte numérisé non relu

DE LA CONNAISSANCE MÉTAPHTSIQUE

posé, une certaine force, qui, ajoutée à celle qu’il a communiquée au corps plus gros, donne une somme de force supérieure à la force initiale du corps choquant. On le démontre en mécanique, et cette loi, qu’on appelle vulgairement absolue, serait avec plus de vérité nommée relative, car ces forces agissent en sens divers. Aussi, la somme des forces déployées par des machines qui agissent conjointement et qui sont considérées dans leur ensemble, et en général, s’estime-telle parles effets qu’elles peuvent produire, en retranchant les mouvements en sens contraire, qui doivent finir par se détruire, et ne laisser subsister que le mouvement du centre de gravité, qui, comme l’indique la statique, est le même après comme avant le choc. Cette destruction complète du mouvement, par la résistance delà matière, loin de ruiner la règle que nous avons énoncée, ne fait que la confirmer. Car la force qui résulte du concours do plusieurs causes, rentre dans le repos d’où elle est sortie, en dépensant, pour résister aux obstacles, tout ce qu’elle avait reçu, et l’ancien état de choses se rétablit. Le mouvement perpétuel estdonc impossible ; car le mouvement dépensant toujours une partie de sa force à vaincre les résistances, sans avoir toujours le même pouvoir de réparer cette perte, la perpétuité en est également opposée et à la règle précédente et à la saine raison.

Souvent nous voyons des forces considérables pro-

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céder d’un principe de cause infiniment petit. Quelle immense force d’expansion acquiert une étincelle jetée sur de la pondre ! Et si cette étincelle tombe sur une matière inflammable, elle produit des incendies terribles, détruit des villes entières et ravage longtemps de vastes forêts. Combien de corps détruits et dissous par l’action à peine sensible d’une légère étincelle? Mais ici, la cause capable d’aussi grands elTets par le déploiement de forces immenses, la cause qui a son foyer dans la structure intime du corps, c’est-à-dire la matière élastique soit de l’air, comme dans la poudre à canon (d'après les expériences d’Halez), soit de la matière ignée, comme dans un corps combustible quelconque, est plutôt manifestée que produite par une faible excitation. Des espèces de ressorts (elastra) comprimés sont renfermés dans les corps, et, pour peu qu’ils soient excités, déploient des forces proportionnelles à l’efifort réciproque de l’attraction et de la répulsion.

Les forces des esprits et la progression continue de ces forces vers des perfections ultérieures semblent, il est vrai, n’étre pas soumises à cette loi ; mais je suis persuadé qu’elles n’en sont pas exemptes. Sans doute, quoique très-obscure, la perception infinie de l’ensemble de l’univers, perception interne toujours présente à l’âme, contient déjà toute la réalité qu’auront plus tard les pensées quand une lumière plus vive les aura

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éclairées ; et l’esprit, en donnant ensuite son attention à certaines de ces pensées, quand il la retire au même degré de certaines autres, jette ainsi sur celles-là une lumière plus vive, et acquiert une connaissance de plus en plus étendue. Il n’agrandit point par là le domaine de la réalité absolue (car le matériel de toutes les idées résultant des rapports avec l’univers, reste constamment le même); mais le formel de cette réalité, qui consiste dans la combinaison des notions et dans l’attention appliquée à leur diversité ou à leur convenance, s’en trouve certainement diversifié. C’est précisément ce qui se passe dans la force inhérente aux corps. Les mouvements, si nous voulonsnousen faire une idée exacte, étant, non pasdes réalités, mais des phénomènes, et la force d’un corps, modifiée par le choc d’un autre corps qui résiste à cette impulsion en vertu de son principe interne d’action {efficacice), dans la mesure môme des forces acquises dans le sens du corps choquant, tout le réel des forces dans les phénomènes du mouvement équivaut au réel qui était déjà dans le corps à l’état de repos; seulement, dans l’état de repos, la puissance interne était indéterminée relativement à la direction, tandis qu’elle prend une direction par l’impulsion extérieure.

Tout ce que j’ai dit jusqu’ici de la quantité immuable de réalité absolue dans l’univers doit s’entendre de ce qui arrive suivant l’ordre naturel des choses.

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Personne ne saurait douter, en effet, que Dieu peut rétablir la perfection déchue du inonde matériel, illuminer d’en haut d’une manière surnaturelle les intelligences, et porter toutes choses à un degré de perfection supérieur.

Proposition XI.

Citer et réfuter quelques faux corollaires^ tirés peu logiquement du principe de la raison déterminante.

1 . Il n'y a rien sans raisonné (sine rationalo); ou bien : tout ce qui est porte avec soi sa conséquence. C’est le principe de la conséquence. Parmi les métaphysiciens qui l’ont préconisé, il faut citer en première ligne, si je ne me trompe, le philosophe Baumgarten.Mais, comme Baumgarten l’a démontré de la même manière que le principe de la raison, ce nouveau principe se trouve ruiné en même temps que l’autre. S’il s’agit seulement des raisons de connaître, la vérité, de ce principe est incontestable; car la notion d’un être quelconque est ou générale ou individuelle ; si elle est générale, il faut reconnaître que ce qui est affirmé de la notion générique convient à toutes les notions inférieures qu’elle comprend.Si la notion est individuelle, on peut conclure que les prédicats qui conviennent à ce sujet, dans un certain rapport, doi-

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vent toujours lui convenir dans les mêmes conditions. En partant d'un cas donné, on détermine ainsi la vérité dans tous les cas semblables. De là aussi le moyen de connaître les conséquences [raiionatd) de la connaissance [cognoscendi). Mais s’il s’agit des conséquences de fait ou d’existence [rationata existendi), les êtres n’en renferment pas à [l’infini ; c’est ce qu’on vient de voir, et ce qu’on verra encore dans la dernière section de ce travail, où nous montrerons par des raisons décisives, que l’état d’une substance qui n’a pas de rapport avec d’autres n’éprouve aucun changement.

2. L’ univers aUté des choses nen présente aucune qui soit semblable^ en tous points, à une autre. C’est le principe des indiscernables. Pris dans le sens le plus large, comme on le fait ordinairement, il devient très-faux. On le démontre par deux raisons principalement ; la première, tout à fait expéditive, franchit d’un bond léger la question et mérite à peine les honneurs de l’examen.

Voici les arguties dont on use : des choses dont tous les caractères sont parfaitement pareils, et qui ne se distinguent par aucune différence, semblent ne devoir être regardées que comme un seul et même être. Donc, tontes les choses parfaitement semblables ne sont qu’un seul et même être, qui occupe plusieurs lieux. Ce qui, étant contraire à la saine raison, fait dire

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que la proposition implique. Mais qui ne voit le côté faux de ces arguties ? Pour qu’il y ait identité parfaite entre deux choses, il faut qu’il y ait aussi identité entre tous leurs caractères ou déterminations, tant internes qu’externes. Qui donc alors ne fera pas entrer dans cette universelle détermination la circonstance du lieu? Donc les choses qui, tout en présentant les mêmes caractères internes, ne d^iffèrent que par la place qu’elles occupent, ne sont pas un seul et même être. Mais nous devons nous attacher principalement à l’examen de la démonstration donnée et acceptée également à tort, du principe de la raison suffisante.

On ne cesse de répéter qu’il n’y aurait pas de raison pour que Dieu eût assigné des lieux divers à deux choses qui auraient été parfaitement identiques entre elles, à tous autres égards. Quelles sottises! Et ce qui m’étonne, c’est que des hommes très-sérieux se complaisent dans ces puérilités logiques. Appelez A une substance, et B une autre substance ; faites que A occupe la place de B ; alors A, occupant la place de B, et présentant les mêmes caractères internes que B, sera identique à B, et ce qui s’appelait A s’appellera B. D’un autre côté, la substance B, transportée à la place de A, devra s’appeler A ; car la dilTérence de ces caractères indique seulement la différence des lieux. Montrez-moi maintenant, je vous prie, comment Dieu aurait fait autre chose, si, comme vous le préten-

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dez, il avait déterminé les positions. Les deux choses n’en sont véritablement qu’une seule ; le changement imaginé par vous n’existe pas ; or, à mon avis, le néant n’est susceptible d’aucune raison.

La fausseté de cette loi se trouve très-bien établie par l’universalité entière des choses et par la gloire de la sagesse divine. En effet, les corps que nous appelons homogènes : l’eau, le vif-argent, l’or, les sels les plus simples, se ressemblent parfaitement par les caractères internes et homogènes de leurs éléments ; il y a la même ressemblance dans l’identité de l’usage et delà fonction qu’ils doivent remplir. On voit aussi cette ressemblance par l’identité presque absolue des effets qu’ils produisent. Il ne convient pas de présumer qu’il y ait une certaine différence cachée, qui échappe à nos sens, comme si Dieu en avait besoin pour reconnaître les parties de son propre ouvrage ; ce serait là chercher des difficultés où il n’y en a pas.

Il est vrai que Leibniz, l’auteur de ce principe, a toujours remarqué dans la constitution des corps organisés, et même dans la composition d’autres corps, de ceux qui sont le plus composés, une notable diversité, et l’on peut présumer qu’il en est ainsi dans tous les cas semblables; car, dès que plusieurs choses doivent nécessairement faire partie d’une autre, il n’est pas évident que des déterminations dissemblables puissent toujours en résulter. Aussi trouverait-on difficilement

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sur un même arbre deux feuilles parfaitement semblables. Mais on ne conteste ici que Tuniversalité métaphysique de ce principe. Âu reste, il parait difficile de nier que, dans les figures des corps naturels, il n’y ait souvent une identité d’exemplaire. Qui oserait soutenir que dans les cristaux, par exemple, entre une infinie diversité, on ne rencontre une forme ou une autre qui en exprime parfaitement une seconde ou une troisième?

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