LA KOTION D’UNE RAGE HUMAINE
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Les connaissances répandues par les voyageurs modernes sur la diversité de l'espèce humaine, ont plus excité l’entendement à la recherche sur ce point qu’elles ne l’ont satisfait. Il importe beaucoup ici d’avoir bien déterminé la notion qu’on veut élucider par des observations, avant d’interroger à ce sujet l’expérience; car on n’y trouve (dans l’expérience) ce dont on a besoin qu’autant qu’on sait d’abord ce qu’on doit chercher. On a débité beaucoup de choses sur les différentes races d'hommes. Quelquesuns entendent par là des espèces d’hommes presque entièrement différentes. D’autres, au contraire, se bornent sans doute à une signification plus étroite, mais ne semblent pas trouver celte distinction beaucoup plus importante que celle par laquelle les hommes se distinguent les uns des autres par le tatouage ou les vêtements. Je n’ai pas d’autre dessein pour le moment que de déterminer avec précision cette notion d’une race. Il y a des races dans l’espèce humaine.
L’explication de l’origine des races réellement existantes, et qu'on estime pouvoir ainsi nommer, n’est qu’un accessoire dont on peut faire ce qu’on voudra. Et cependant je vois que des hommes, d’ailleurs pénétrants lorsqu’il s’agit d’apprécier ce qui a été dit dans ce but depuis quelques années seulement (1), n’ont fait attention qu’à cet accessoire, je veux dire l’application hypothétique du principe, mais que pour le principe même, qui est ce|>endant l’alTaire capitale, ils l’ont à peine efQenré. C’est le sort de plusieurs recherches qui ont les principes pour objet, et ce qui peut par conséquent dissuader de toute contestation et de toute jusliflcalion en matière spéculative^ mais recommander au contraire une détermination plus précise et une explication du malentetuiu^ comme le seul parti prudent à prendre.
Cela seul qui est héréditaire dans une {espèce animale peut autoriser à y reconnaître une différence de classe.
Le Maure (Mauritanien), qui, brûlé par l’air et le soleil de son pays, dilTère si fort de l’Allemand ou
(1) Voir les Phüotophet pour 1er gens du, monde d'Engel, part. II, p. I25et s. (c'est-à-dire le traité précédent, n. Tiii,édil. Roïcnkr. t. VI, p. 355) ; {'Observation de Kant dans la Revue mensuelle dn Berlin, t. VI, p. 391.
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du Suédois par la couleur de la peau, le créole français ou anglais des Indes occidentales, qui semble pâle et épuisé comme s’il sortait à peine de maladie , ne peuvent pas plus être comptés , par cette raison, comme différentes classes de l’espèce humaine, que le paysan espagnol de la Manche, qui est habillé de noir comme un maître d’école, parce que les moutons de sa province ne donnent que de la laine noire. Le Maure qui ne sort pas de la chambre et le créole qui est élevé en Europe, ne diffèrent pas des habitants de notre partie du monde.
Le missionnaire Demanet, parce qu’il est resté quelque temps dans la Sénégambie, croit pouvoir bien juger à lui seul de la couleur noire des nègres, et n’entend pas que ses compatriotes, les Français, aient une opinion là-dessus. l’afOrme, au contraire, qu’on peut aussi bien juger à distance, en France, par exemple, de la couleur des nègres qui ont habité longtemps ce pays-là, et mieux encore de ceux qui y sont nés, t'i l’on se propose de décider en conséquence de la différence de cette classe d'hommes avec les autres, que dans le pays même des noirs. En effet, l’influence du soleil d’Afrique sur la peau du nègre, ce qu’il y a , par conséquent d’accidentel dans le fait, doit disparaître en France, et la seule couleur noire de naissance, le noir héréditaire, le seul caractéristique, reste seul. On ne peut se faire une idée
sûre de la couleur propre des insulaires du Sud, d’après les descriptions qu’on en connaît jusqu’ici. Car, bien que certains leur attribuent la couleur aca» jou, je ne sais cependant pas ce que je dois rapporter de ce brun à l’action du soleil et de l’air, et la part qui doit en être faite à la naissance. Un enfant d’un couple de cette variété, qui serait né en Europe, permettrait de distinguer sûrement leur couleur propre, celle qui leur revient naturellement. Je conclus d’un passage que je lis dans le voyage de Carteret (qui dans son voyage maritime était assurément peu descendu de son bâtiment, mais qui avait cependant visité plusieurs insulaires) que les habitants de la plupart des îles doivent être blancs. Car, dans Vile deFréville ( à proximité des îles qui font partie de la mer des Indes), il a vu, dit-il, pour la première fois, le véritable jaune de la couleur de peau de l’Indien. On ne peut pas non plus se prononcer d’une manière bien décisive sur la question de savoir si la forme de la tête des habitants de Malicolo doit être attribuée à la nature Ou à l’art, ou jusqu’à quel point la couleur naturelle de la peau des Cafres diffère de celle des nègres, et si d’autres propriétés caractéristiques sont héréditaires et de nature, ou si elles sont seulement accidentelles.
d’une race humatne.
On peut admettre, par rapport à la couleur de la peau, quatre classes d’hommes bien distinctes.
Nous ne connaissons avec certitude, en fait dedifférences héréditaires de la couleur de la peau, que celles des blancs, des jaunes indiens, des nègres, des rouges cuivrés d’Amérique. Il est remarquable que ces caractères semblent se prêter d’une manière particulière à la division par classes du genre humain, par la raison d’abord que chacune de ces classes est aussi passablement éloignée de l’habitant des autres (c’est-à-dire séparée de touteslesautres, mais groupée dans les parties qui la foroaent). La classe des blancs , s’étend du cap Finistère, par le Nord, l'Oby,la petite Bucharie, la Perse, l’Arabie Heureuse, l’Abyssinie, les extrémités septentrionales des déserts du Sahara, jusqu’au cap Blanc en Afrique, ou à l’embouchure du Sénégal ; la classe des noirs s’étend de là jusqu’au cap Noir, et, en exceptant les Cafres, en rétrogradant jusqu’à l’Abyssinie ; la classe jaune se trouve proprement dans l’Hindoustan, jusqu’au cap Comorin (une variété métis des hommes de cette classe se rencontre dans l’autre péninsule de l’Inde et dans quelques Iles du voisinage ) ; la classe des rouges cuivrés est pro-
pre à une partie du monde toute distincte, l’Amérique. La seconde raison pour laquelle le caractère se prête particulièrement à la classification de l’espèce humaine, quoiqu’une différence de couleur puisse sembler à plusieurs très-insignifiante , c’est que la séparation, d’après la sécrétion, doit être très-importante aux yeux de la prévoyante nature, en ce que la créature, — transportée dans toutes sortes de zones et de climats, où elle est affectée très-diversement par l’air et le soleil, — doit pouvoir subsister dans des conditions aussi peu artificielles (jue possible, et que la peau, considérée comme organe de la sécrétion, porte en soi la trace de celte différence de caractère naturel qui justifie la division du genre humain en classes sensiblement différentes. Au surplus, je prie qu’on veuille bien m’accorder la différence héréditaire de la couleur de la peau quelquefois contestée, jusqu’à ce que l’occasion s’offre par la suite d’en établir la vérité; de me permettre de penser qu’il n’y a pas d’autres caractères héréditaires par rapport à cette livrée naturelle, par la simple raison que ce nombre de quatre se prouve avec une certitude dont aucune autre n'est susceptible.
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Dans la classe des blancs, il n'y a pas d’autre propriété caractéristique, nécessairement héréditaire, en dehors de ce qui appartient au genre humain en général : et ainsi pour les autres classes.
Il y a chez nous autres blancs beaucoup de qualités héréditaires qui ne font pas partie du genre, qui servent à distinguer les familles, et mêmcles peuples ; maisau^ cune de ces qualités n'esl inévitablement innée; ceux qui en sont porteurs produisent , dans leur union avec d’autresdelaclassedes blancs, desenfants qui nr’ont plus cette qualité caractéristique. C’est ainsi que la couleur blonde domine d’une manière distinctive en Danemark, celle d’une peau brune (avec ses conséquences, la couleur des yeux et des cheveux) en Espagne (et plus encore en Asie, chez les peuples qui passent pour blancs). Celle dernière couleur peut même être héréditaire sans exception chez un peuple séparé, comme sont les Chinois, qui trouvent les yeux noirs risibles, parce qu'il n'y a pas de blond qui puisse s’y reproduire. Mais si l’un de ces bruns a une femme blonde, il aura des enfants bruns ou blonds, suivant qu’ils se rapprocheront davantage d’un côté ou de l’autre; et ainsi à l’inverse. Dans certaines familles, la phthisie,
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le strabisme, les vésanies, etc., sont héréditaires; mais aucune de ces innombrables affections, susceptibles d’être transmises avec la vie, n’est inévitable^ ment héréditaire. Car, bien qu’il fût mieux d’éviter soigneusement dans les mariages de telles unions, en choisissant bien les familles, j’ai souvent remarqué néanmoins qu’un mari d’une bonne santé produisait avec une femme phthisique un enfant qui ressemblait trait pour trait à son père, et qui en avait la santé, puis un autre qui était le portrait de sa mère, et qui était phthisique comme elle. Je trouve égale-' ment dans le mariage d’un homme sain d’esprit avec une femme qui jouit elle-même d’une bonne intelligence, mais qui est d’une famille où la folie est généralement héréditaire, un seul enfant aliéné et tous les autres sains d’esprit. Il y a ici innéite, transmission héréditaire [Nachartung); mais elle n’est pas nécessaire quand il y a différence entre les parents. On peut étendre en toute sûreté la même règle aux autres classes. Des Nègres, des Indiens ou des Américains, ont aussi leurs différences personnelles de familles ou de provinces ; mais aucune d’elles, en se mêlant à celles qui sont de la même classe, ne reproduira et ne propagera inévitablement sa propriété respective.
d’une race humaine.
Dans le mélange de ces quatre classes entre elles le caractère de chacune est inévitablement héréditaire.
Le blanc avec la négresse, et réciproquement, donnent le mulâtre ; le blanc avec l’Indienne, le jaune; et avec l’Américaine le rouge métis. L’Américain uni à la négresse donnent le Caraïbe noir, et réciproquement. Le mélange de l’Indien avec le nègre n’a pas encore été expérimenté. Le caractère des classes se transmet inévitablement dans des unions d’espèces hétérogènes, sans exception; quand on croit en trouver, il y a malentendu au fond ; on a pris un Albinos ou un kakerlake (deux monstruosités) pour des blancs. Cette hérédité est donc toujours bilatérale, jamais purement unilatérale, dans un seul enfant. Le père blanc lui imprime le caractère de sa classe, la mère noire celui de la sienne. Il doit donc toujours survenir une variété moyenne ou bâtarde; espèce intermédiaire qui disparaîtra insensiblement dans les unions plus ou moins nombreuses des membres d’une seule et môme classe, mais qui sc transmettra et s’éternisera sans exception si l’union se restreint entre sujets de çette variété.
Béflexion sur la loi de la production, nécessairement hybride.
C’est un phénomène toujours bien remarquable, qu’avec tant de caractères dans le genre humain, en partie importants et même domestiquement héréditaires, il n’y en ait cependant pas un seul qui soit nécessairement héréditaire dans une classe d’hommes caractérisés par la seule couleur de la peau ; que ce dernier caractère, si léger qu’il puisse paraître, tient néanmoins si profondément à cette classe que, dans le mélange avec une des trois autres, elle se transmet universellement et mévitahlement. Peut-être pourrait-on présumer, de ce phénomène singulier, quelque chose des causes de l’hérédité des qualités qui n’appartiennent pas essentiellement à l’espèce, en partant de la circonstance que ces qualités sont immanquables.
D’abord, d’où vient qu’en général quelque chose, qui n’est pas de l’essence de l’espèce, peut être héréditaire ? Tenter de répondre à priori à cette question serait une entreprise périlleuse, et dans cette obscurité des sources de la connaissance , la liberté des hypothèses est tellement illimitée^ qu’on perdra sa peine et son temps à les réfuter, puisqu’on pareil cas
d’une iuce humaine. 355
chacun n’en fait qu’à sa tête. Je ne fais alors attention qu’à la maxime rationnelle dont chacun part, et suivant laquelle on sait aussi généralement recueillir les faits propres à la confirmer ; après quoi je cherche la mienne, qui m’empêche de croire à toutes ces explications avant de m’être bien rendu compte des raisons contraires. Quand donc je trouve ma maxime certaine, parfaitement d'accord avec l’usage de la raison dans la science de la nature, et seule appropriée à une fa<ion de penser conséquente, alors je la suis, sans me soucier de ces prétendus faits qui n’empruntent guère leur crédibilité et leur propriété d’expliquer l’hypothèse admise, que de la maxime d’abord choisie, faits auxquels on peut d’ailleurs opposer facilement cent autres faits. La propagation par l’elTet de l’imagination des femmes enceintes, ou bien encore des juments dans des écuries princières , l’épilation de la barbe chez des peuples entiers, comme la résection de la queue chez les chevaux anglais, ce qui a forcé la nature d’omettre également dans ses générations une partie dont elle était munie dans le principe ; les nez aplatis, qui sont d’abord ainsi formés artificiellement chez les nouveau-nés par les parents, etqui seraient, avec le temps, acceptés parla nature dans sa force créatrice : ces moyens d’explication et d’autres seraientdifficilement accrédités par les faits cités à l’appui, auxquels on peut en opposer
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de beaucoup mieux prouvés, si d’ailleurs ils n’étaient pas recommandés par la très-juste maxime rationnelle : d’éprouver tout ce qui est présumé par des phénomènes donnés ^ avant d’ admettre à l’appui des forces naturelles particulières ou des dispositions innées (suivant le principe : Principia prceter necessitatem non sunt multiplicanda) . Mais j’ai contre moi une autre maxime ^i limite celle de l’économie des principes inutiles, à savoir : que dans toute nature organique, malgré tous les changements des individus, les espèces s’en conservent invariablement (suivant la formule de l’École ; Qucelibet natura est conservatrice sut). Or, il est clair que si la magie de l’imagination ou l’artifice humain avait le pouvoir de changer chez les animaux la force génératrice même, de transformer le modèle initial de la nature, ou de le défigurer par des additions qui seraient néanmoins conservées à perpétuité dans les générations suivantes, on ne saurait plus du tout de quel original la nature est partie, ni jusqu’où peut aller le changement dont elle serait susceptible, ni, comme l’imagination humaine n’a pas de bornes, jusqu’à quel point pourraient être défigurés les genres et les espèces. En conséquence, j’admets le principe : de n'accorder à l’imagination aucun pouvoir de troubler la force génératrice de la nature, ni aucune faculté aux hommes de produire par des moyens arti-
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ficiels extérieurs des changements dans l’original primitif des genres et des espèces, de les faire passer dans la force créatrice et de les rendre héréditaires. Car, accorder un seul cas de cette espèce, c’est comme si l’on reconnaissait une seule histoire de revenants ou de naagie. Une fois les barrières de la raison brisées,’ Terreur de l’opinion y passe en raille endroits. Il n’y a pas de danger qu’en prenant cette résolution, je me rende, de propos délibéré, incapable de reconnaître des expériences réelles, ou, ce qui est la môme chose, que je me rende incrédule obstiné. Car tous ces faits merveilleux portent sans distinction de cachet, qu’ils ne sont susceptibles à' aucune expérimentation j qu’au contraire, ils ne peuvent être établis que par des perceptions exceptionnelles. Or, ce qui est de telle espèce que., tout en étant à la rigueur susceptible d’être expérimenté absolument, ne comporte cependant rien de semblable , ou s'j soustrait constamment sous toutes sortes de prétextes, n’est que fiction, vaine opinion. Telles sont les raisons pour lesquelles je ne puis admettre une mode d’explication qui favorise essentiellement le penchant superstitieux à la magie, toujours empressé de saisir tous les prétextes, môme les plus légers ; c’est que le caractère qui tient de l’espèce [dos Anarteii), fût- il contingent, ce qui ne réussit pas toujours, ne peut jamais être l’effet d’une autre cause que des germes et des dispositions déposés dans l’espèce môme.
Mais tout en accordant que des impressions fortuites peuvent faire naître des caractères transmissibles, il serait néanmoins impossible d’expliquer par là comment ces quatre différences de couleur sont, de tous les caractères héréditaires, les seuls qui se transmettent inévitablement. Pourquoi cela, sinon parce que dans les germes de la souche originelle du genre humain doivent avoir été déposées des dispositions naturelles destinées à conserver l’espèce, du moins pendant la première période de sa propagation, et qui devaient en conséquence se représenter dans les générations suivantes ?
Nous sommes donc forcés d’admettre qu’il y a eu differentes souches d’hommes, à peu près dans les contrées où nous les trouvons maintenant, qui, dans l’intérêt de la conservation de l’espèce, avaient été soigneusement appropriées par la nature aux différentes régions du monde, par conséquent organisées diversement, organisation dont les quatre espèces de couleur sont le signe extérieur. Cette diversité de couleur, non-seulement se transmettra nécessairement suivant chaque souche dans son habitat, mais elle se conservera sans amoindrissement dans toute autre partie de la terre, de génération en génération dans la même classe, lorsque le genre humain se sera suffisamment accru (soit que l’entier développement se soit fait insensiblement, ou que par l’usage de la raison l’art ait
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pu’ aider, la nature). Car ce caractère tient nécessairement à la faculté génératrice, parce qu’il était nécessaire à la conservation de l’espèce. — Mais si ces souches étaient originelles, on ne pourrait dire ni concevoir pourquoi dans leur mélange entre elles leur caractère distinctif se transmet invariablement , comme il arrive en effet. Car la nature a donné originellement à chaque souche son caractère, par rapport à son climat et en conséquence de ce climat. L’organisation de l’une a donc une tout autre fin que l’organisation de l’autre ; et l’on ne comprend pas, avec la différence des souches primitives, que malgré cette différence de fins, les forces génératrices de deux souches aient dû tellement concorder en ce point de leur différence caractéristique, non-seulement qu’une variété en puisse résulter, mais encore qu’elle doive inévitablement s’ensuivre. Ce n’est qu’à la condition d’admettre qu’il doit nécessairement y avoir dans les germes d’«ne seule et même souche des dispositions pour toute cette différence de classes, afin de le rendre capable de peupler insensiblement les diflérentes parties du monde, que l’on comprend pourquoi, si ces dispositions se sont développées suivant l’occurrence, et diversement encore d’après la situation, différentes classes d’hommes en sont résultées, et comment elles ont dû nécessairement porter aussi, avec le temps, leur caractère déterminé dans les produits qu’elles ont for-
més avec toute autre classe; c’est que ce caractère faisait partie de la'possibilité dèleur propre existence, par conséquent aussi de la possibilité de la propagation de l’espèce, et qu’il était sorti de la disposition primitive et nécessaire de la souche originelle. De ces propriétés inévitablement transmissibles, jusque dans le mélange avec d’autres classes, et cependant hybrides, il faut nécessairement conclure qu’elles dérivent d’une souche unique, sans quoi la nécessité de la transmission ne serait pas concevable.
Il iijr a que ce qui est inévitablement transmissible dans les différentes classes du genre humain, qui soit de nature à justifier la dénomination d’une race humaine particulière.
Des propriétés qui appartiennent essentiellement au genre même, qui par conséquent sont communes à tous les hommes comme telles, sont sans doute inévitablement héréditaires; mais parce qu’il n’y a là aucune différence d’hommes, on n’y fait pas attention dans la division des races. Les caractères physiques, par lesquels les hommes se distinguent les uns des autres (sans différence de sexe), et celles-là seules, à la vérité, qui sont héréditaires, doivent être prises en considé-
b’pne race humaine.
ration lorsqu’il s’agit d’en faire la base d’une division de l’espèce en classes. Mais ces classes ne doivent prendre le nom de races qu’autant que ces caractères sont inévitablement (aussi bien dans le mélange des classes que dans une seule) héréditaires. La notion d’une race contient donc d’abord la notion d’une souche commune, ensuite celle de caractères nécessairement héréditaires de la différence par classe des descendants de cette souche entre eux. Par ce dernier moyen, sont établis de plus sûrs principes de distinction, pour diviser le genre en classes ; et ces classes, à cause du premier point ci-dessus indiqué, celui de l’unité de la souche, ne peuvent pas prendre le nom d’espèces, ce ne sont que des races. La classe des blancs ne diffère pas, comme espèce particulière dans le genre humain, de celle des noirs ; et il ny a pas plusieurs espèces d’hommes. En admettre plusieurs, ce serait nier l’unité de la souche dont elles pourraient provenir. Loin qu’on ait une raison de le faire, comme c’est évident déjà par l’hérédité constante de leurs caractères de classes, on a plutôt une raison trèsimportante d’affirmer le contraire (1 ).
(1) Dans le principe, quand on n’a sous les yeux que les caraclèrcs de la comparaison (d’après la ressemblance ou la dissemblance), on soumet des classes d’êtres à un seul genre. Mais si l’on regarde à leur origine, on voit alors si ces classes sont autant d’espèces différentes, ou si elles ne sont que des races. Le loup, le renard, le chacal, l'hyène et le chien de garde sont autant de classes de quadrupèdes. Mais si l’on admet que chacune d’elles doit avoir une origine particulière, ce sont
La notion d’une race est donc la distinction d une classe d'animaux d'une seule et même souche, considérée comme inévitablement héréditaire.
Telle est la détermination que j’ai proprement en vue dans ce traité j le reste peut être regardé comme des idées secondaires, ou simplement accessoires, et par conséquent être admis ou rejeté. Je tiens seulement le premier point comme prouvé, et comme un principe utile dansl’étnde de l’hisloire naturelle, parce qu’il est susceptible d’une expérimentationqui peut conduire sûrement l’application de cette notion ; sans ce guide la notion serait chancelante et incertaine. Si des hommes différemment formés sont placés dans des circonstances à se mêler, il y a déjà, si la produc- ' tion est hybride, une forte présomption qu’ils pourraient bien appartenir à différentes races ; mais si ce produit de leur mélange est toujours croisé , la présomption devient une certitude. Au contraire, quoique une seule génération ne donne pas de métis, on peut être assuré que les deux parents de même genre, si différents qu’ils puissent paraître d’ailleurs, appartiennent cependant à une seule et même race.
alors autant d’Mpècr». Reconnait-on, au contraire, qu’elles peuvent toutes provenir d'une seule souche, ce ne sont plus alors que des rac^s de cette souche. Etpèee et genre ne se distin;;uent point en histoire naturelle (où il ne s’af;it que de la génération et de la descendance). Dans la phytiographie, ;où il n’est question que de la comparaison des caractères, cette différence est seule admise. Ce qui s’y appelle etpèee, doit ailleurs prendre souvent le nom de race.
d’une race humaine. 363
Je n’ai admis que quatre races de l’espèce humaine , non pas que je sois parfaitement sûr qu’il n’y ait pas quelques traces d’un pins grand nombre, mais seulement parce qu’elles contiennent ce que je demande pour constituer le caractère d’une race, à savoir la génération croisée ou hybride, et qu’aucune autre classe d’hommes ne le présente à un degré suffisant. Ainsi M. P allas , dans sa description des populations mongoles ^à\\, que la première génération d’un Russe avec une femme mongole (une Buriate) donne déjà avec le temps de beaux enfants, mais il ne dit pas si l’on n’y retrouverait aucune trace de l’origine calmouque. Circonstance remarquable, si le mélange d’un Mongol avec un Européen devait faire complètement disparaître les traits caractéristiques du premier, quand an contraire ces traits sont toujours plus ou moins reconnaissables dans le mélange de populations méridionales (sans doute avec des Indiens), les Chinois^ les Avanais^ les Malais, etc. Mais le caractère mongol ne regarde pas proprement la forme, ni la couleur, au sujet de laquelle l’expérience ne nous a révélé jusqu’ici qu’une transmission constante, comme caractère d’une race. On ne peut pas dire non plus avec certitude si la figure des Cafres que portent les Papouas et les différents habitants des lies de l’océan Pacifique qui les avoisinent, témoigne d’une race particulière, parce qu’on ne connaît pas encore
le produit de leur mélange avec des blancs. Car ils se distinguent suffisamment des nègres par leur barlie épaisse quoique crépue.