‹ Mélanges de logique d'Emm. Kant;Chapitre 58 sur 68 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Cette théorie, qui admet certains germes originels dans la première et commune souche humaine, ayant proprement pour but la différence caractéristique des races actuelles, repose exclusivement sur la certitude de la transmission héréditaire, confirmée par l’expérience dans les quatre races indiquées. Celui qui tient ce moyen d’explication pour un principe superflu dans la physiographie, et qui croit qu’on peut absolument se passer de ces dispositions spéciales dans la nature, qu’en admettant une première souche de parents comme blanche, les autres races s’expliquent par les impressions survenues dans la suite par l’air et le soleil sur les descendants ultérieurs, celui-là n’a rien prouvé encore lorsqu’il dit que beaucoup d’autres qualités provenant du long séjour d’un peuple dans la même contrée finissent aussi par devenir héréditaires, et constituent un caractère physique de ce peuple. Il doit prouver par un exemple la certitude de la transmission héréditaire de ces propriétés, nonseulement dans le même peuple, mais encore dans le ^ mélange de ce peuple avec tout autre (qui s’en distingue

b’üne race humaine.

en ce point), de telle sorteque le produit soit constamment hybride. Mais c’est ce qu’on ne peut faire ; car on ne trouve pas d’exemple propre à établir qu’un autre caractère que celui qui a été mentionné par nous, et dont le commencement dépasse toute l’histoire, soit dans le cas voulu. S’il préférait admettre différentes souches humaines premières â\ec des caractères héréditaires, d'abord il mettrait la philosophie dans la nécessité de recourir à différentes créatures et même de perdre l’unité de l’espèce. Car des animaux dont la différence est si grande qu’il faudrait pour leur existeuce autant de créations diverses, peuvent bien appartenir à un genre nominal (servant à les classer d’après certaines ressemblances), mais jamais à un genre réel, qui exigerait au moins la possibilité de descendre d’un couple unique. Or c’est proprement l’affaire de l’histoire naturelle de trouver le genre réel; le physiographe peut se contenter du genre nominal. Mais alors aussi il faudrait, deuxièmement, admettre tout à fait gratuitement, et sans autre raison que le bon plaisir de la nature, l’accord particulier des forces génératrices de deux genres différents, qui tout étrangers qu’ils soient entre eux, en ce qui regarde leur origine, peuvent cependant s’unir ensemble d’une manière utile. Si pour établir le dernier point on allègue desanimaux où il a lieu, malgré la différence de leur souche primitive, çhacun niera dans

des cas semblables la dernière sapposition, et conclura bien plutôt de la fécondité d'nne pareille union à Tunité de lasouche, comme on le fait pour la fécondité de l’union entre le chien et le renard, etc. La transmission constante des propriétés des deux parents est donc la seule véritable et sufhsante pierre de touche de la différence des races auxquelles ces parents appartiennent, et une preuve de l’unité de la souche dont ils sont descendus, c’est-à-dire de la différence des germes originels déposés dans la souche, se développant dans la suite des générations, et sans lesquels ces diversités héréditaires n’auraient pu devenir nécessairement héréditaires.

La forme finale dans une organisation est cependant le principe universel d’où nous concluons à un appareil originellement déposé dans une créature en vue de ce résultat, et, si cette fin ne devait être atteinte que plus tard, à des germes créés. Or, l’existence de cette forme finale, dans la propriété d’une race, ne peut être prouvée plus clairement nulle part que dans la race nègre; mais l’exemple qui se tire de cette seule race nous autorise du moins à conjecturer la même chose des autres. On sait, en effet, maintenant que le sang humain, par le seul fait qu’il est phlogistiqué, devient noir (comme on peut le voir à la partie inférieure d’un caillot). Or, la forte odeur des nègres, qu’aucun soin de propreté ne peut faire •

d’une rage humaine.

disparaître, est déjà une présomption que leur peau enlève' beaucoup de phlogistiques au sang, et que la nature doit avoir organisé cette peau de telle façon que le sang puisse se déphlogistiquer chez eux par ce moyen dans une bien plus grande proportion que chez les blancs, où cette fonction s’accomplit surtout par les poumons. Mais les véritables nègres habitent aussi des contrées où l’air est tellement phlogistiqué par d’épaisses forêts, par des étendues considérables de plantes marécageuses, que, d’après Lind, il y a danger de mort pour les matelots anglais à passer un seul jour sur la Gambie pour y acheter de la viande. C’est donc une très-sage institution de la nature, d’avoir tellement organisé la peau des na- • turels de ce pays-là, que le sang, qui rend peu de phlogisli({ue par les poumons, puisse se déphlogistiquer par là beaucoup plus abondamment que chez nous. 11 devait donc porter beaucoup de phlogistiqué aux extrémités des artères , afin qu’il fût en excès sous la peau même, et par conséquent s’y noircir, quoique à l’intérieur du corps il soit assez rouge. Quant à la forme finale de l’organisation des autres races, telle qu’elle peut s’induire de la couleur, on ne peut sans doute pas l’établir avec une égale vraisemblance ; mais il y a cependaut des manières d’expliquer la couleur de la peau qui confirment cette présomption de la finalité. Si l’abbé Fonuma^ contre-

disant le chevalier Landriam, et disant que l’air fixe qui est chassé des poumons à chaque expiration ne provient pas de l’atmosphère, mais du sang même, avait raison , une race d’hommes pourrait bien avoir un sang surchargé de cet acide, que les poumons seuls ne pourraient pas chasser, et auquel les vaisseaux cutanés devraient encore ajouter ce qui provient de l’intérieur (non pas sous forme d’air, mais uni à une autre matière exhalée). Ainsi cet acide gazeux donnerait aux particules de fer, dans le sang, cette couleur d’un rouge rubigineux qui distingue la peau des Américains; et la transmission de cette qualité de la peau peut tirer sa nécessité de ce que les habitants actuels de cette partie du monde n’ont pu gagner les régions qu’ils habitent aujourd’hui, en partant dunord-est de l’Asie, qu’en suivant les côtes et peut-être en passant par les glaces de la mer Glaciale. Mais l’eau de ces mers, dans son état de congélation constante, doit faire expirer une quantité extraordinaire d’air fixe, dont par conséquent l’atmosphère doit sans doute être plus surchargée en cette région que partout ailleurs. Pour le faire disparaître (puisque la respiration de cette atmosphère n’absorbe pas assez l’air fixe par les poumons), la nature peut y avoir pourvu par l’organisation du tissu cutané. On prétend aussi avoir remarqué beaucoup moins de sensibilité dans la peau des Américains originaires ; ce qui pourrait être

d’i ne uaee humaine. nno

line conséquence de celte orgnnisalion, qui s’est cnsnile conservée dans les climats chauds, après s'étrc line fois développée comme diflérence caractéristique de la race. Mais l’exercice de celte fonction peut avoir aussi son occasion dans ces climats ; car tontes les substances alimentaires contiennent une quantité d’air fixe, qui peut être reçn par le sang, et évacué par celle voie. V alcali volatil est encore une matière que la nature doit tirer du sang. Pour la sécréter, elle peut avoir en quelque sorte déposé certains germes destinés à l’organisation particulière de la peau chez les descendants de la première souche, qui devaient trouver à l’époque du premier développement de l’humanité leur demeure dans une zone sèche et chaude, propre à rendre leur sang particulièrement capable de produire suraliondamment cette matière. Les mains froides des Indiens, quoique couvertes de sueur, semblent prouver une organisation différente de la nôtre. — Cependant la philosophie est peu rassurée par des hypothèses artificielles. Elles peuvent servir en tout cas à retourner contre un adversaire — qui, n’ayant rien de bon à dire pour renverser une proposition capitale, se félicite de ce que le principe admis ne peut pas même faire comprendre la possibilité des phénomènes, — son exemple hypothétique, par un exemple équivalent, of pour le moins aussi spécieux.

Mais quelque système qu’on adopte, il est cependant certain que les races actuellement existantes, quand même il n’y aurait des unes aux autres aucun mélange, ne pourraient plus s’éteindre. Les Zingari qui se rencontrent parmi nous, qu’on sait de source certaine être d’origine indienne, en sont la preuve la plus évidente. On ne peut en retrouver la trace en Europe au delà de trois cents ans, et cependant ils n’ont absolument rien perdu de la forme de leurs ancêtres. Les Portugais de la Gambie, qu’on dit être devenus des nègres, sont des descendants de blancs qui se ^niabdtardis par leur mélange avec des noirs. Où trouve-t-on, en effet, qu’il soit écrit, et comment serait-il même vraisemblable que les premiers Portngais arrivés sur ces rivages y aient amené un égal nombre de femmes blanches, et que ces femmes aient vécu assez longtemps, ou qu’elles aient été remplacées par d^’autres femmes, pour fonder une descendance pure de blancs dans une partie étrangère du monde? Les documents les plus dignes de foi disent au contraire que le roi Jean II, qui régna de 1481 à 1495, après que tous les colons qu’il avait envoyés à Saint' Thomas furent morts, ne peupla cette île que d’enfants juifs baptisés (avec une conscience de chrétien portugais), d’où sont descendus, à ce qu’on croit, les blancs qui s’y trouvent aujourd’hui. Les créoles noirs de l’.^mérique du Nord, les Hollandais

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