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De la différence du sensible et de l’intelligible en général.
La sensibilité est cette réceptivité du sujet qui fait que l’état représentatif de ce sujet est affecté d’une manière certaine par la présence de quelque objet. \ ' intelligence ( rationalitas ) est la faculté du sujet par laquelle il peut se représenter les choses qui ne sont pas de nature à passer par les sens. L’objet de la sensibilité est sensible; mais ce qui ne contient rien
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qui ne puisse être connu que par l’intelligence est intelligible. L’Ecole appellait Te sensible phénomène, et l’intelligible noumène. La connaissance, comme soumise aux lois de la sensibilité, est sensitive; comme soumise aux lois de l’intelligence, elle est intellectuelle ou rationnelle.
Mais comme tout ce qui, dans la connaissance, est sensitif, dépend du caractère particulier du sujet, suivant que ce sujet est capable de telle ou telle modification en présence des objets, et comme cette modification peut varier suivant les cas et la diversité même des sujets, et qu’il n’y a de connaissance
exempte d’une telle condition que celle qui concerne
un objet, il est évident que tout ce qui est pensé sensitivement est une représentation des choses telles qu'elles apparaissent , mais que ce qui est pensé intellectuellement est une représentation des choses telles quelles sont . Mais il y a dans toute représentation sensible quelque chose qu’on appelle matière , à savoir, la sensation , et quelque autre chose qu’on peut appeler la forme , à savoir, Vespèce (. species ) des choses sensibles, espèce qui varie suivant que la variété même des choses qui affectent les sens sont coordonnées en vertu d’une certaine loi de l’esprit. Or, de
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même que la sensation qui constitue la matière de la représentation sensible témoigne de la présence de quelque chose de sensible, mais dépend, quant à la qualité, de la nature du sujet, suivant que ce sujet peut être modifié par cet objet, de même aussi la forme de cette représentation atteste bien un certain rapport, une certaine relation des choses senties, mais elle n’est pas proprement une esquisse ou un schème de l’objet; ce n’est qu’une certaine loi innée à l’esprit en vertu de laquelle il coordonne ce qu’il sent par suite du sentiment de la présence de l’objet. Car les objets ne frappent pas les sens par la forme ou l’espèce ( speciem ); en sorte qu’il faut, pour que la diversité qui affecte le sens de l’objet soit réduite à une certaine totalité de la représentation, il faut un principe interne de l’esprit, qui serve à donner une cer- . taine espèce à cette diversité, suivant des lois fixes et
innées.
La connaissance sensible comprend donc et une matière, qui est la sensation , laquelle mérite a cette espèce de connaissance l’épithète de sensibles ( sen suales) et un e forme en vertu de laquelle seule, et quoiqu’il n’y ait pas de sensation, les représentations sont appelées sensitives (sensitivce). Quant aux choses intellectuelles , il faut soigneusement noter, avant
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tout, que l'usage de l’intellect ou faculté supérieure de l’àme est de deux sortes : par le premier sont données les notions mêmes ou des choses ou des rapports , c’est I’üsage réel. Par le second, les notions, quelle qu’en soit l’origine, sont seulement subordonnées entre elles, c’est-à-dire que les inférieures sont soumises aux supérieures (aux caractères communs) et comparées les unes aux autres d'après le principe de contradiction; c’est I’usage logique. L’usage logique de l’intellect ou entendement est commun à toutes les sciences ; il n’en est pas de même de l’usage réel. Une connaissance étant donnée, d’une .manière ou d’une autre, est considérée ou comme contenue sous un caractère commun à plusieurs, ou comme opposée à ce caractère, et cela soit immédiatement, comme il arrive dans les jugements où il s’agit de connaissance distincte, soit médiatement comme dans les raisonne j nents où il s’agit de connaissance adéquate. Dans les connaissances sensitives donc, des connaissances de celte espèce sont subordonnées par l’usage logique de l'entendement à d’autres de même nature , qui sont par là même des notions communes, et les phénomènes aux lois plus générales des phénomènes. Il importe extrêmement de remarquer à ce sujet que des connaissances doivent toujours être regardées comme sensitives, quelque étendu que soit l’usage logique qu’en fait l’entendement; car on les appelle
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sensitives à cause de leur origine , et nullement à cause de la comparaison , au point de vue de l’idcntité ou de l’opposition. Les lois empiriques les plus générales n’en sont donc pas moins sensibles, et les principes de la forme sensitive que présente la géométrie (ceux d’un rapport déterminé dans l’espace), si intellectuels qu’ils puissent être, en argumentant des données sensitives (par intuition pure) suivant les règles logiques, ne dépassent cependant pas la classe des principes sensitifs. Mais, dans les faits sensibles
et les phénomènes, ce qui précède l’usage logique de
l’entendement s’appelle apparence (apparentia) \ et la connaissance réfléchie qui résulte de plusieurs apparences, au moyen de l’entendement, s’appelle expérience . On ne peut donc passer de l’apparence à l’expérience que par la réflexion, en suivant l’usage logique de l’entendement. Les notions communes de l’expérience sont appelées empiriques , et leurs objets des phénomènes. Les lois, soit de l’expérience en général, soit de toute connaissance sensitive, s’appellent lois des phénomènes. Des notions expérimentales ne deviennent pas intellectuelles dans le sens • réel du mot, par voie de réduction à une plus grande généralité, et ne sortent pas de l’espèce de la connaissance sensitive; si haut qu’elles s’élèvent par l’abstraction, elles restent indéfiniment sensitives.
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En ce qui regarde les choses intellectuelles proprement dites , à l’égard desquelles V usage de l'entendement est reeZ, les notions de cette sorte, tant celles des objets que celles des rapports, sont données par la nature même de l’entendement; elles ne résultent d’aucune abstraction de l’usage des sens, et ne contiennent aucune forme de la connaissance sensitive comme telle. Il est nécessaire, au surplus, de remarquer ici l’ambiguïté du mot abstrait , et, pour qu’elle ne vicie pas notre examen de choses intellectuelles, il importe de la dissiper dès maintenant. Il faudrait dire, si l’on voulait s’exprimer proprement, abstraire de quelque chose , et non abstraire quelque chose . La première locution signifie que, dans une certaine notion, il ne faut pas faire attention à tout ce qui peut s’attacher à cette notion ; la seconde, que cette notion n’est donnée qu’à l’état concret, et de manière à être par là séparée de ce qui s’y trouve uni. Ainsi une notion intellectuelle abstrait (sépare) de tout élément sensitif, mais ri est pas abstraite d’éléments sensitifs; et l’on s’exprimerait déjà mieux en disant une notion qui abstrait ( abstrahens ), qu’une notion abstraite [abstractus). Mieux vaut donc appeler idées pures les notions intellectuelles, et abstraites celles qui ne sont données qu’ empiriquement.
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