ST
On voit, par ce qui précède, que le sensitif est mal caractérisé en disant que c’est ce qui est connu conju* sèment , et l’intellectuel en disant que c’est une connaissance distincte . Ce sont là des différences purement logiques, et qui ne touchent en aucune façon les données soumises à toute comparaison logique. Des choses sensibles peuvent être très-distinctes, et des intellectuelles être très-confuses. Nous remarquons d’abord que la géométrie est le prototype de la
connaissance sensitive; ensuite que la métaphysique est l’organe de tout ce qui est intellectuel. Or, il est évident que la métaphysique, quelque soin qu’elle prenne pour dissiper les nuages de la confusion qui obscurcissent l’entendement commun, ne réussit pas au même degré que la géométrie. Ce qui n’empêche pas chacune de ces connaissances de garder le signe de sa noble origine, de manière que les connaissances de la première espèce, si distinctes qu’elles soient, sont sensitives par leur origine, et que les secondes, malgré leur confusion, restent des connaissances intellectuelles : telles sont, par exemple, les notions morales , qui ne sont pas une affaire d’expérience, mais qui sont données par l’entendement pur.
Je crains donc que fVolff \ en distinguant comme il l’a
MONDE SENSIBLE
fait, entre le sensitif et l'intellectuel, distinction qui n’a pour lui-même qu’un caractère logique, n’ait fait complètement disparaître, au grand détriment de la philosophie, ce qui avait été si judicieusement établi par l’antiquité sur le caractère des phénomènes et des noumènes , et qu’il n’ait souvent détourné les esprits de la recherche de ces deux choses pour les porter à des minuties logiques.
La ph ilosophi z première, qui contient les principes de l’usage de X entendement pur , est donc la métaphysique. Or, la science qui prépare la métaphysique est celle qui apprend à distinguer la connaissance sensi- . tive de l'intellectuelle, et dont nous donnons un spécimen dans celle dissertation. Et, comme il n’y a pas de principes empiriques en métaphysique, les notions qui s’y rencontrent ne doivent pas être cherchées dans les sens, mais dans la nature même de l’entendement pur, non pas comme notions innées, mais bien comme notions tirées de lois naturelles à l’esprit (en faisant attention à ses opérations à l’occasion de l’expérieuce), et par conséquent acquises . De cette espèce sont les notions de possibilité, d’existence, de nécessité, de substance, de cause, etc., avec leurs opposéés ou corrélatives; notions qui ne font jamais partie d’une re-
ET DE ^INTELLIGIBLE
présentation sensible, et qui dès lors n’en peuvent être abstraites en aucune façon.
La fin des notions intellectuelles est principalement de deux sortes : la première est démonstrative ( elenchticus ); leur usage est alors négatif; il a lieu quand les notions intellectuelles empêchent les choses conçues sensitivement d’être confondues avec les noumènes : et quoiqu’elles n’ajoutent rien à la science, elles la servent néanmoins en la préservant de l’erreur. La seconde fin est dogmatique. D’après cette fin, les principes généraux de l’entendement pur, tels que les donne l’ontologie ou la psychologie rationnelle, aboutissent à un exemplaire qui ne peut être conçu que par un entendement pur, la mesure commune de toutes les autres choses quant aux réalités, et qui est la perfection noumêne. Cette perfection est ensuite théorique (1) ou pratique : théorique, c’est l’Être suprême, Dieu; pratique, c’est la perfection morale. La philosophie morale , en tant quelle fournit des premiers principes de jugement , n’est connue que par l’entendement pur et fait partie de la philosophie
(1) Nous considérons une chose théoriquemont, quand nous ne faisons attention qu’à ce qui convient à un être; pratiquement, quand nous recherchons ce qui doit se trouver en lui par la liberté.