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MONDE SENSIBLE

pure ; Épicure et certains modernes qui s’en font jusqu’à un certain point les disciples, tels queShaftesbury et ses partisans, lorsqu’ils ont placé le critérium de la morale dans le sentiment du plaisir et de la peine, ont donc commis une grande erreur. Mais en toute

espèce de choses dont la quantité est variable, le

maximum est la mesure commune et le principe de la connaissance. Le maximum de la perfection s’appelle maintenant idéal. Pour Platon, c’était l’Idée

(comme l’idée de sa république). Le maximum de tout ce qui peut être compris sous la notion générale de quelque perfection est un principe, en ce sens que les degrés inférieurs ne peuvent être déterminés que par la limitation du maximum ; mais Dieu, comme idéal de la perfection, étant le principe de la connaissance, comme existant d’une existence réelle, est en même temps le principe de la contingence ( fiendi ) de toute perfection possible.

L’homme n’a pas d "intuition des choses intellectuelles ; il n’en a qu’une connaissance symbolique, et l’intelligence ne nous en est possible qu’abstractivement par des notions universelles, et non concrètement par une perception. En effet, toute intuition ou perception est soumise à une certaine forme, sous laquelle

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seule quelque chose peut être immédiatement perçu (cerni) par l’esprit, c’est-à-dire, comme chose individuelle ( singulare ) , et non-seulement conçu discursivement par des notions générales. Or, ce principe formel de notre intuition (l’espace et le temps) est la condition sous laquelle quelque chose peut être l’objet

de nos sens ; et, comme condition de notre connais-

sance sensitive, ce n’est pas un moyen pour l’intuition intellectuelle. De plus, toute matière de notre connaissance nous est donnée par les sens seulement; mais un noumène, comme tel, ne peut être conçu par des

représentations sensibles. Une notion de l’ordre intel-

ligible, comme telle, est dépourvue de toutes données

de l'intuition humaine; car X intuition de notre esprit

est toujours passive , et n’est par conséquent possible qu’autant que quelque chose peut affecter nos sens. Mais l'intuition divine, qui est le principe et non le résultat ( principiatum ) des objets, puisqu’elle est indépendante, est un archétype, et, par cette raison,

parfaitement intellectuelle.

Quoique les phénomènes soient proprement les espèces ( species ) des choses, et qu’ils n’expriment pas unequalité interne et absolue des objets, la connaissance n’en est cependant pas moins très-vraie. Car en

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tant que conceptions ou appréhensions sensibles ou effets, ils témoignent de la présence d’un objet contre l’idéalisme ; et en tant que l’on considère les jugements qui ont pour objet les choses sensiblement connues, la vérité du jugement consistant dans l’accord du prédicat et du sujet donné, et la notion du sujet, comme phénomène, n’étant donnée que par rapport à lâ faculté sensitive de connaître, de même que les prédicats sensitivement observables ne sont donnés que de la môme manière; il est évident que les représentations du sujet et du prédicat s’accomplissent d’après des lois communes, et sont l’occasion d’une connaissance très-vraie.

Tout ce qui est rapporté à nos sens, comme en état des objets, est phénomène ; mais ce qui n’impressionne pas les sens, et qui ne renferme que la seule forme de la sensibilité ( formant singularem sensualitatis) , appartient à l’entendement pur, c'est-à-dire à l’entendement vide de sensations, et par cela môme non intellectuel. Les phénomènes sont étudiés et décrits; d’abord ceux du sens externe, en physique ; ensuite ceux du sens interne, dans la psychologie expérimentale. Mais rintuition pure (humaine) n’est pas une notion universelle ou logique sous laquelle , mais

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bien une notion individuelle dans laquelle sont pensées toutes les choses sensibles; elle comprend donc les notions d’espace et de temps, notions qui, par le fait qu’elles ne décident rien des choses semblables par rapport à la qualité , ne sont des objets de science que par rapport à la quantité. Aussi la mathématique pure considère-t-elle Y espace en géométrie, et le temps en mécanique pure. Il faut ajouter à ces notions celle de nombre , notion sans doute intellectuelle en soi, mais dont cependant l’application au concret exige les notions auxiliaires de temps et d’espace (par l'addition successive et la juxta-position de plusieurs choses en même temps). La notion de nombre est l’objet de I’arithmétique. La mathématique pure, exposant la forme de toute notre connaissance sensitive, est donc l’organon de toute connaissance intuitive et distincte; et comme ses objets mêmes sont non-seulement les principes formels de toute intuition, mais encore les principes d’une intuition originelle , elle est tout à la fois la source d’une connaissance très-vraie, et l’exemplaire d’une parfaite évidence dans toutes les autres. Puis donc tquil y a une science des choses sensibles, quoique, par le fait que ces choses sont des phénomènes, il n’y ait pas d’intellection réelle, que cette intellection ne soit que logique, on voit en quel sens, emprunté des Eléates, doivent être entendus ceux , qui ont nié que les phénomènes fussent l’objet d’une

science.

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SECTION III

Des principes de la forme du monde sensible.

Le principe delà forme de l’univers est ce qui contient la raison du lien universel en vertu duquel toutes les substances et leurs états appartiennent à un meme tout qui s’appelle monde. Le principe de la forme du monde sensible est ce qui contient la raison du lien universel de toutes choses comme phénomènes . La forme du monde intelligible reconnaît un principe objectif, c’est-à-dire une certaine cause qui relie en soi les existences. Mais le monde, considéré comme phénomène, c’est-à-dire par rapport à la sensibilité de l’esprit humain, n’admet qu’un principe subjectif de la forme, c’est-à-dire une certaine loi de l’âme par laquelle il est nécessaire que tout ce qui peut être objet des sens (en vertu de sa qualité) semble nécessairement faire partie d’un même tout. Quel qùe soit donc enfin le principe de la forme sensible, il ne comprend rien toutefois que Y actuel, considéré comme- pouvant tomber sous les sens; il ne comprend donc ni les substances immatérielles qui, de leur nature et par la définition même, sont déjà complètement exclues du

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domaine des sens externes ; ni la cause du monde, qui étant la cause de l’esprit même et Payant doué d’une certaine sensibilité propre, ne peut être un objet des sens. Je prouverai queces principes formels de Y univers phénoménal , principes absolument premiers, universels, en ce qu’ils s’étendent comme des schèmes à tout le sensitÿ de la connaissance humaine, sont au nombre de deux, le temps et l’espace.

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