‹ Mélanges de logiqueChapitre 53 sur 60 · D*UN TON ÉLEVÉ · texte numérisé non relu

D*UN TON ÉLEVÉ

Nous ne devons pas non plus oublier Pythagore ,

dont nous savons sans doute trop peu de chose pour

pouvoir décider quoi que ce soit de certain sur le principe métaphysique de sa philosophie. Comme les prodiges des figures (de géométrie) l’avaient fait chez Platon, les prodiges des nombres (de l'arithmétique), c’est-à-dire une espèce de finalité, et une utilité déposée comme par intention dans la propriété de l’arithmétique, pour la solution de plusieurs problèmes rationnels de mathématiques, ou l’intuition à priori (espace et temps), et pas seulement une pensée discursive doit être supposée, éveillèrent l’attention de Pythagore; il vit une espèce de magie dans la seule possibilité non-seulement d’étendre les notions de quantité en général, mais aussi d’en faire comprendre les propriétés particulières et pour ainsi dire

sibles {sous les noms d'espace et de temps); qu’ainsi tous les objets des sens ne sont que de simples phénomènes subjectifs, que leurs formes mêmes, que nous pouvons déterminer mathématiquement à priori t ne sont pas les formes des choses en soi, mais celles (subjectives) de notre sensibilité, lesquelles par conséquent valent pour tous les objets de l’expérience possible, mais rien de plus; il n’aurait pas cherché l'intuition pure (dont il avait besoin pour se rendre raison de la connaissance synthétique d priori) dans l'entendement divin, et ses prototypes de tous les êtres, comme objets existant par eux-mêmes, et n’aurait pas ainsi allumé le flambeau du mysticisme.— Car il voyait bien que, s’il voulait affirmer qu’il pouvait percevoir empiriquement dans l’intuition qui est le fondement de la géométrie, l’objet même en soi, le jugement géométrique et toute la mathématique ne serait qu’une science expérimentale; ce qui répugne à la nécessité , qui (avec l’intuivité) est précisément ce qui lui assui<* un rang si élevé parmi les sciences.

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mystérieuses. — L’histoire dit que la découverte du rapport numérique entre les sons, et de la loi suivant laquelle seule ils forment une musique, le conduisit à penser que les mathématiques (comme science des nombres) renfermant aussi le principe de la musique (et même, comme il le paraît, à priori , à cause de sa nécessité), il y a en nous une intuition obscure d’une nature ordonnée numériquement par une intelligence qui la domine. Cette idée, ensuite appliquée aux corps célestes, produisit encore la doctrine de l’harmonie des sphères. Or, rien n’anime plus les sens que la musique. Et comme le principe qui vivifie l’homme est l 'âme, comme aussi la musique, d’après Pythagore, ne repose que sur des rapports numériques perçus, et (ce qui est très-digne de remarque"), que le principe vivifiant dans l’homme, l’àme, est en même temps un être libre et se déterminant lui-même; la définition de l’âme : anima est numerus se ipsum movensy est jusqu’à un certain point intelligible et admissible dès qu’on suppose qu’il a voulu faire ressortir, par cette faculté de se mouvoir soi-même, la liberté, par conséquent, ce qui distingue l’âme de la matière, qui est par elle-même sans vie, et ne peut être mise en mouvement que par quelque chose d’extérieur. C’était donc sur la mathématique que philosophaient Pythagore et Platon , lorsqu’ils regardaient toute connaissance à priori (qu’elle eût

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pour objet une intuition ou une notion) comme intellectuelle, et qu’ils croyaient trouver par cette philosophie un mystère où il n’y a pas de mystère; et il n’y en a pas, non parce que la raison peut répondre à toutes les questions qui lui sont proposées, mais parce que son oracle devient muet quand la question s’élève si haut qu’elle n’a plus de sens. Quand, par exemple, la géométrie propose quelques-unes des belles propriétés du cercle (comme on peut en voir dans Montucla), et qu’on se demande ensuite d’où lui viennent ces propriétés qui semblent renfermer une espèce de finalité et de vaste utilité, on ne peut répondre qu’une chose : Quœrit delirus quod non respondet Homerus. Celui qui veut résoudre philosophiquement une question mathématique donne dans une contradiction ; par exemple : d’où vient que le rapport rationnel des trois côtés d’un triangle rectangle ne peut être que celui des nombres 3, 4 et 5 ? Mais celui qui philosophe sur une question mathématique, croit rencontrer ici un mystère, et par cette raison voir quelque grandeur immense où il ne voit rien. C’est précisément à couver une idée qu’il ne peut élucider pour lui-même, ni communiquer aux autres, qu’il fait consister la véritable philosophie (philosophia arcani ), où le talent poétique trouve matière à délirer dans le sentiment et la jouissance; ce qui est assurément beaucoup plus agréable et plus

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brillant, que la loi de la raison qui veut qu’on s’acquière une fortune par le travail, mais où la misère et le luxe offrent le spectacle ridicule d’une philosophie qui parle d’un ton sublime .

La philosophie d’ Aristote est au contraire un labeur.

Je ne le considère ici (ainsi que les deux précédents) que comme métaphysicien , c’est-à-dire comme un penseur qui résout toute connaissance à priori e n ses éléments, et comme ouvrier de la raison ( Vernunjt kuenstler) qui les recompose en les déduisant des catégories. A ce titre, son travail, dans l’étendue qu’il lui donne, a conservé son utilité, quoiqu’il ait en vain . essayé par la suite d’étendre les principes applicables au sensible (sans qu’il ait aperçu le saut dangereux - qu’il avait à faire ici), jusqu’au sursensible, que ses catégories n’atteignaient pas. Il eût été nécessaire de régler et d’apprécier auparavant l’organe de la pensée en lui-même, la raison, d’après ses deux champs, le théorique et le pratique; mais ce travail était réservé aux temps suivants.

Ecoutons et apprécions maintenant le nouveau ton sur lequel on philosophe (avec lequel on peut se passer de philosophie).

Que des personnes haut placées philosophent, si elles s’élevaient même aux sommets de la métaphysique, il y a là pour elles un très-grand honneur, et

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