DE LA CONNAISSANCE MÉTAPHYSIQUE
vent toujours lui convcnii ilans les mêmes conditions. En parlant tlun cas donné, on détermine ainsi la vérité dans (ou s les cas semblables. De là aussi le moyen do connaîlrc les conséquences [ratiojiata] de la connaissance [cognoscendi). Mais s'il s'agit des conséquences de Fait ou d'existence [rationafa existendi), les êtres n'en renferment pas à [l'infini ; c'est ce qu'on vient de voir, et ce qu'on verra encore dans la dernière section de ce travail, où nous montrerons par des raisons décisives, que l'état d'une substance qui n'a pas de rapport avec d'autres n'éprouve aucun changement.
2. L' universalité des choses n'en présente aucune qui soit semblable^ en tous points, à une autre. C'est le principe des indiscernables. Pris dans le sens le plus large, comme on le fait ordinairement, il devient très-faux. On le démontre p«r deux raisons principalement : la première, tout à fait expédilive, franchit d'un bond léger la question et mérite à peine les honneurs de l'examen.
Voici les arguties dont on use : des choses dont tous les caractères sont parfaitement pareils, et qui ne se distinguent par aucune différence, semblent ne devoir être regardées que comme un seul et même être. Donc, toutes les choses parfaitement semblables ne sont qu'un seul et même être, qui occupe plusieurs lieux. Ce qui, étant contraire à la saine raison, fait dire
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que la proposition implique. Mais (pii ne voit le coté faux de ces arguties? Pour qu'il y ait identité parfaite entre deux choses, il faut qu'il y ait aussi identité entre tous leurs caractères ou déterminations, tant internes qu'externes. Qui donc alors ne fera pas entrer dans cette universelle déterminal ion la circonstance du lieu? Donc les choses qui, tout en présentant les mêmes caractères internes, ne diffèrent que par la place qu'elles occupent, ne sont pas un seul et même être. Mais nous devons nous attacher principalement à l'examen de la démonstration donnée et acceptée également à tor!;, du principe de la raison suffisante. On ne cesse de répéter qu'il n'y aurait pas de raison pour que Dieu eût assigné des lieux divers à deux choses qui auraient été parfaitement identiques entre elles, à tous autres égards. Quelles sottises! Et ce qui m'étonne, c'est que des hommes très-sérieux se complaisent dans ces puérilités logiques. Appelez A une substance, et B une autre substance ; faites que A occupe la place de B; alors A, occupant la place de B, et présentant les mêmes caractères internes queB, sera identique à B, et ce qui s'appelait A s'appellera B. D'un autre côté, la substance B, transportée à la place de A, devra s'appeler A ; car la différence de ces caractères indique seulement la différence des lieux. Montrez-moi maintenant, je vous prie, comment Dieu aurait fait autre chose, si, connne vous le prélen-
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(lez, il avait il«''tcrminé les positions. Los deux choses n'en sont véritablement qu'une seule ; le changement imagmé par vous n'existe pas; or, à mon avis, le néant n'est susceptible d'aucune raison.
La fausseté de cette loi se trouve très-bien établie par l'universalité entière des choses et par la gloire de la sagesse divine. En eiïet, lescorps que nous appelons homogènes : l'eau, le vif-argent, l'or, les sels les plus simples, se ressemblent parfaitement par les caractères internes et homogènes de leurs éléments ; il v a la même ressemblance dans l'identité de l'usage et de la fonction qu'ils doivent remplir. On voit aussi cette ressemblance par ridentilé presque absolue dés effets qu'ils produisent. Il ne convient pas de présumer qu'il y ail une certaine différence cachée, qui échappe à nos sens, comme si Dieu en avait besoin pour reconnaître les parties de son propre ouvrage; ce serait là chercher des difficultés où il ny en a pas.
Il est vrai que Leibniz, l'auteur de ce principe, a toujours remarqué dans la constitution des corps organisés, et même dans la composition d'autres corps, de ceux qui sont le plus composés, une notable diversité, et l'on peut présumer qu'il en est ainsi dans tous les cas semblables; car, dès que plusieurs choses doivent nécessairement faire partie d'une autre, il n'est pas évident que des déterminations dissemblables puissent toujours en résulter. Aussi trouverait-on diflicileraent
sur un même arbre deux feuilles parfaitement semblables. Mais on ne contesie ici que l'universalité métaphysique de ce principe. Au reste, il paraît difficile de nier que, dans les figures des corps naturels, il n'y ait souvent une identité d'exemplaire. Qui oseraitsoutenir que dans les cristaux, par exemple, entre une infinie diversité, on ne rencontre une forme ou une autre qui en exprime parfaitement une seconde ou une troisième ?
SECTION III
Deux nouveaux principes de la connaissance métaphysiqiiey très-féconds en conséquences^ et découlant du j)Tincipe de la raison déterminante.