AVIS DE KANT
damenfalité, quoique on n'y puisse rien trouver de semblable, la raison que la différence du bien et du mal dans les actions peut être facilement et bien connue, et le jugement sur la régularité morale porté immédiatement, sans détour, sans passer par les preuves touchant le cœur humain^ à l'aide de ce qu'on appelle le sentiment. Il n'est donc pas étonnant, puisque laquestion est la plupart du temps décidée sans principes rationnels, ce qui n'a pas lieu en métaphysique, que l'on ne se montre pas très-difficile à laisser passer des principes qui n'ont qu'une certaine apparence de solidité. Il n'y a donc rien de plus commun que le titre de moraliste philosophe, et rien de plus rare que d'en mériter le nom.
J'exposerai, pour le moment, \à Philosophie pratique générale et la Théorie de la vertu d'après Baumgarten. Les essais de Shaftesbury , (S^Hutchesoii et de Hume^ qui, bien qu'incomplets et défectueux, ont néanmoins pénétré très-avant dans l'examen des premiers principes de toute moralité, acquerreront cette précision et ce complément qui leur manquent ; et comme je rapporte toujours historiquement et philosophiquement, dans la théorie de la vertu, ce qui sejait avant d'indiquer ce qui doit se Jaire, j'éclairerai ainsi la méthode suivant laquelle il faut étudier Vhomme, non pas seulement l'homme défiguré par la forme variable que lui imprime sa situa-
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lion conlingonte, cl (jui l'oiniue Ici est presqiio loujours méconnu tlos pliilosophcs, mais encore la //rtture de Tliomme, qui est permanente, et (jui a sa place propre dans la créalion, afin de savoir quel degré de perfection doit être le sien dans l'état d'une simplicité g/'o^.ç/ére, et quel autre dans l'état de simplicité sage; quelle est au contraire la règle de sa conduite lorsipie, franchissant ces deux sortes de limites, il tâche d'atteindre le degré le plus élevé de la distinction physique et morale, mais s'éloigne plus ou moins de toutes les deux. Cette manière d'étudier la morale est une belle découverte de noire temps, et, considérée dans toute l'étendue de son plan, tout à fait inconnue des anciens.
4. Géographie physique. — M'étant aussi aperçu au début de mon enseignement académique, que la jeunesse des écoles n'est si négligente , que parce qu'elle apprend à raisonner ou plutôt à ergoter avant de posséder une masse de connaissances historiques qui pourraient lui tenir lieu d'expérience^ je conçus le dessein de faire l'histoire de l'état actuel de la terre, ou la géographie dans le sens le plus large du mot, de manière à donner un ensemble agréable et facile de ce qu'elle pourrait préparer pour une raison pratique et faire servir à son usage, et à faire naître le besoin d'étendre davantage les connaissances de ce genre déjà possédées. J'appelais cette science,
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à laquelle je m'appliquais alors to\it particulièrement : Géographie physique. Depuis lors j'ai peu à peu étendu cette esquisse, et je pense maintenant qu'en condensant la partie qui a pour objet les particularités physiques de la terre, j'aurai le temps d'exposer plus au long les autres parties d'une utilité plus générale encore. Cette science sera donc une géographie physique^ morale et politique, où seiont exposées dans une première division les merveilles de la Jiature dans ses trois règnes, mais en nous attachant de préférence à celles qui présentent le plus d'intérêt général par l'attrait de leur rareté, ou par l'influence qu'elles exercent sur les sociétés au moyen du commerce et de l'industrie. Cette partie, qui contient en même temps le rapport naturel de tous les continents et de toutes les mers, ainsi que la base de leur liaison, est le fondement propre de toute l'histoire, sans lequel elle diffère assez peu des récits fabuleux. La deuxième division considère l'homme sur toute la terre suivant la diversité de ses caractères naturels, et la différence de ce qui est moral en lui; étude aussi importante que curieuse, sans laquelle il est difficile de porter des jugements généraux sur l'homme, et où la comparaison des différents siècles entre eux, au point de vue moral, met sous les yeux comme une grande carte du genre humain. Vient enfin ce qui peut être considéré comme une conséquence de l'ac-
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lion réciproque des deux forces d«''jà incnlioritK'os, à savoir Pélat des /m//o/?i- et dos populations sur la terre, non pas tant comme ayant sa raison dans les causes contingentes de la conduite et do la destinée des hommes individuels, que comme conséquence de la forme des gouvernements, des révolutions ou des intrigues politiques, mais par rapport à ce qui est plus constant et qui contient la raison éloignée de tout le reste, à savoir, la position des pays, les produits, les mœurs, l'industrie, le commerce et la population. La rénovation, si je puis dire ainsi, d'une science par des aperçus ainsi détaillés d'après une petite unité de mesure, a sa grande utilité, puisque par là seulement se trouve atteinte l'unité delà connaissance, sans laquelle tout savoir n'est qu'une œuvre imparfaite. Dans un siècle sociable comme le nôtre, ne puis-je pas aussi, sans rabaisser la science, compter comme une utilité d'avoir présenté à l'esprit les matériaux d'une conversation, tels que peut les fournir une grande variété de connaissances agréables, instructives et faciles à saisir? Il doit être fort peu agréable pour un savant de se trouver souvent dans le même embarras que l'orateur Isocrate, qui, prié dans une société, de dire aussi quelque chose, se trouva dans la nécessité de répondre : Ce que je sais ne convient pas, et ce qui con\fient je ne le sais pas.
Tel est le programme succinct des leçons que je