ENTRE KANT ET LAMBERT
fais loiit (l'abord des dislinclions et des classes : je sépare les notions simples de relations particulières, par exemple, avant ^ après ^ pendant^ à côté, etc., des notions simples de réalité^ par exemple, substantiel, espace, durée, etc., et je fais absiraclion des degrés que les choses peuvent avoir, et qui servent à les multipliera Finfini, snns que la qualité en soit changée. Alors je distingue encore ce qui est générique dans le simple, de ce qui ne l'est pas; par exemple, substance est un générique, parce qu'il convient à la substance matérielle et à l'immatérielle. Au contraire, espace et durée ne sont pas des génériques, parce fju'il n'y a quuji seul espace, une seule durée, si étendus qu'ils puissent être l'un et l'autre.
Quelques notions simples, mais qui peuvent avoir des différences en degrés, suffisent pour accroître à Tinfini le nombre des notions composées. De l'espace, du temps, de la matière et des forces suffisent pour former une infinité d'espèces de systèmes cosmiques. Si je n'ai pas mêlé la quantité et la qualité, c'est que je crois que- pas une seule de nos notions simples ne doit rester innommée, parce qu'elles sont trop facilement connues, trop distinctement faites; trop différentes les unes des autres. Cela étant, il suffit pour ainsi dire de parcourir un vocabulaire pour trouver toutes nos notions simples, et pour en dresser une table. Leur comparaison conduit sans peine ensuite aux axiomes oA aux
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postulats; caries uns et les autres devant précéder toutes les notions composées, ils ne doivent contenir que des notions simples, parce qu'elles seules sont concevables par elles-mêmes, et, par cela qu'elles sont simples, exemptes de toute contradiction interne.
Telle est à peu près la manière dont je pense attaquer la chose. Mais je dois vous demander, monsieur, si vous ne Tauriez déjà pas fait ; je crois fort que nous sommes sur la même voie. Écrivez-moi, en tout cas, ce que vous en pensez; car il est nécessaire avant foutes choses d'aller pas à pas, et si une science doit être méthodiquement conduite au début, c'est la métaphysique. H faut à chaque instant prouver qu'il n'y a ni sauf ni déviation. Un grand nombre de notions métaphysiques sont composées, par exemple celle A' une chose^ la plus composée que nous ayons, parce qu'elle comprend tous \qs, Jondements des dansions et des subdivisions . Il faut donc se bien garder de commencer par là, si l'on ne veut pas s'engager et se perdre dans une analyse sans fin ; il faut au contraire marcher synthétiqucment, à la manière iVEuclide.
EMUE KANT l.T LAMUEUT. 285
Deuxième Lettre.
KANT A LAMBEUT.
Kœnisherg, le 31 décembre 1705.
Aucune lettre ne pouvait m'ètre plus agréable et plus désirable (jue celle dont vous m'avez honoré, puisque, sans rien dire qui ne soit l'expression sincèrede mon opinion, je vous tiens pour le premier génie de l'Allemagne, capable de perfectionner grandement et pour longtemps les connaissances dont je m'occupe pardessus tout.
Ce n'est pas une médiocre satisfaction pour moi d'apprendre de vous le parfait accord de nos méthodes, accord que j'avais déjh remarqué plus d'une fois dans vos écrits, et qui a contribué à m'y attacher comme à une épreuve logique qui montre que ces pensées supportent l'essai de la pierre de touche de Tuniverselle raison humaine. L'invitation que vous voulez bien me faire de nous communiquer mutuellement nos esquisses m'est très-précieuse, et je ne manquerai pas d'en profiler, quoique je me connaisse assez pour savoir que je ne puis guère estimer le peu de science que je crois avoir acquise après de longs efforts, puisque, d'un autre côté, monsieur, le talent qu'on vous reconnaît d" unir à volonté les vues les plus hautes à une pé-
nétralion extraordinaire dans les détails, me fait espérer de l'union de vos forces à mes faibles moyens une instruction importante pour moi, et peut-être aussi pour tout le monde.
J'ai pendant plusieurs années tourné mes réflexions philosophiques de tous les côtés imaginables, et je suis enfin parvenu, après toutes sortes de mésaventures où je cherchais toujours les sources de Terreur ou de la vérité dans la manière de procéder, à m'assurer de la méthode qu il convient de suivre quand on veut échapper à celle illusion du savoir, qui fait qu'on croit à chaque instant tenir la solution, mais qui oblige toujours à recommencer le voyage, et d'où résulte aussi le désaccord fâcheux des prétendus philosophes, parce qu'il n'y a pas de règle comnmne pour apprécier uniformément leurs travaux. Depuis lors, je regarde toujours, d'après la nature de chaque recherche à laquelle je m'applique, ce qu'il faut que je sache pour arriver à la solution d'une question particulière, et quel degré de connaissance est déterminé par ce qui est donné; en sorte que le jugement devient sans doute souvent plus limité, mais aussi plus déterminé et plus sûr qu'il n'arrive d'habitude. Tùus ces efl'orts ont principalement poui- objet la méthode propre à la métaplt/sique, et par là même à toute la philosophie. Aprojjos de quoi
je puis vous faire savoir que JM , auquel j'ai appris
que je pourrais avoir un volume tout prêt, sous ce
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lilrt', pour la procliaiiii' foire de Pciqucs, s'esltrophàlé de le faire aniioncvr sous ce titre, un peu inexact, dans le calaloi;ue de la foire de Leipzig, J'ai cependant abandonné mon premier dessein, en ce que je veux encore un peu laisser reposer cet ouvrage, comme terme capital de tous ces aperçus, par la raison que j'aperçois en avançant, que si je ne manquais pas d'exemples de la fausseté des jugements pour expliquer mes propositions touchant la fausse méthode, je n'en avais pas assez pour faire voir iii coiicreto la méthode vraie. En conséquence, pour ne pas encourir de nouveau le reproche de faiseur de projets philosophiques, je dois publier d'abord de moindres travaux, dont la matière estloutc prêle, etdonlles premiers comprendront les Fondements métaphysiques de la philosophie de la nature y et les Fondements de la philosophie pratique, afin que l'ouvrage capital ne soit pas trop étendu par des exemples qui seraient tout à la fois trop nombreux et néanmoins insuffisants.
Je m'aperçois que je dois mettre un terme à ma lettre. Une autre fois, monsieur, je vous soumettrai quelque partie de mon dessein, en vous priant de m'en dire voire avis.
Vous vous plaignez avec raison, monsieur, de l'éternel badinage des beaux esprits, et du babil assommant des écrivains qui donnent aujourd'hui le ton, et qui n'ont d'autre goût que celui de parler du goût. Mais
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j'imagine que c'est l'euthanasie de la fausse philosophie, puisqu'elle expire dans de niaises bagatelles, et qu'il serait beaucoup plus regrettable de la voir descendre au tombeau dans de profondes et fausses rêveries avec la pompe d'une sévère méthode. Pour que la vraie philosophie renaisse, il faut que l'ancienne disparaisse ; et comme la putréfaction est la dissolution la plus entière qui précède toujours lorsqu'une nouvelle production doit commencer, la crise de l'érudition sembleen tenir lieu à notreépoque, où il ne manque pas non plus de bons esprits animés du plus vif espoir que la grande révolution des sciences, si longtemps désirée, n'est pas Irés-éloignée.
M. le professeur jReccrtr^:/, qui m'a été si agréable par sa visite et par votre lettre, est ici très- recherché et généralement très-estimé , c'est-à-dire comme il mérite de l'être, quoique, assurément, un très-petit nombre de gens soient capables de l'apprécier à toute sa valeur.
Troif ième Lettre.