d'un ton élevé
s'il leur arrive (ce qui esl à peine inévitable) de commettre quelque bévue scolaire elles ont droit à l'indulgence, parce qu'elles ont daigné se mettre avec elle sur le pied de l'égalité civile (1). — 3Iais si ceux qui veulent être philosophes agissent en personnages {vornehmeti thun) , ils ne méritent aucune indulgence, parce qu'ils s'élèvent au-dessus de leurs égaux^ et en violent l'inaliénable droit de liberté et d'égalité dans des choses de simple raison.
Le principe de vouloir philosopher par l'influence
(1) Il y a cependant une différence entre philosopher et faire le philosophe: faire le philosophe s'entend du ton prétentieux et hautain, quand le despotisme sur la raison du peuple (it même sur sa propre raison) par i'enchainement à une foi aveugle, est donné pour de la philosoi)hie. De celte espèce est, par exemple, «la Croyance à la léfîion fulminante du temps de Marc-Aurele» ainsi qu'«au feu miraculeusement sorti des ruines de Jérusalem pour jouer pièce à Julien l'Apostat ; » croyance qui est donnée pour de la vérit.-ible philosophie, dont le contraire est appelé la foi du charbonnier (comme si les charbonniers, au fond de leurs forêts, avaient en conséquence le droit d'être incrédules par rappoil aux fables qu'on leur débile). Il faut mettre au même rang l'assurance que c'en est fait de la philosopiiie depuis deux mille ans, parce que " le Stagirite a fait de telles conquêtesà la science qu'il n'a laissé que fort peu de chose à faire à ses successeurs.» Les niveleurs de la constitution politique ne sont pas seulement ceux qui, à la suite de Rows.seau, veulent que tous les citoyens soient égaux entre eux parce que chacun est tout; ceux-là le sont également qui veulent que Ions soient égaux entre eux parce qu'à l'exception d'un seul tous ne sont rien. Ils sont monarchistes par envie. 11 placent sur le trône tantôt Platon, tantôt Arislote, parce que conscients de leur propre impuissance, ils ne supportent pas la comparaison odieuse avec d'autres contemporains. De cette manière (surtout par ce dernier sentiment) l'homme élevé fait le |)hilosophe en ce qu'il met fin à toute philosophie ultérieure par l'obscurantisme. — On ne peut pas mieux placer ce phénomène sous son vrai jour que ne l'a fait Wolll, dans une fable qui vaut à elle seule une hécatombe (V. Revue mensuelle de Berlin, nov. 1T93, dernière feuille).
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(run sentiment plus élevé, tsl le mieux, luit pour le Ion sublime : qui j)eul eu ellet combaltrc mon sentiment? Si jo puis faire eroire encore que ce sentiment n'est pas en moi purement sul)jeclir, qu'il peut ôtrc exigé de chacun, (pTil a donc aussi une valeur objective et qu'il est comme une partie de la connaissance, qu'il n'est par conséquent pas raisonné à peu près comme une simple notion, mais qu'il a presque la valeur d'une intuition (de l'appréhension de l'objet même); j'ai alors le grand avantage sur tous ceux qui sont obligés de se justifier avant de pouvoir se glorifier de la vérité de leurs assei'tions. Je puis donc parler d'un ton d'autorité, comme un plaideur qui est dispensé de produire le titre de sa possession [beati posside?iies). — Vive donc la philosophie par sentiment! elle nous conduit tout droit au fait! Adieu les arguties par notions, qui ne nous conduisent que par les détours des caractères généraux, et qui, avant même d'avoir une matière qu'elles puissent immédiatement travailler^ demandent des formes déterminées auxquelles cette matière puisse être soumise! Et, tout en admettant que la raison ne peut pas expliquer grand'chose touchant la légitimité de l'acquisition de ces sortes d'aperçus, il y a toujours ce fait de certain : « La philosophie a des mystères qui peuvent être perçus par le sentiment » (1).
(1) Un célèbre professeur de ces mystères s'exprime ainsi : « Tant
-i3i d'un ton élevé
II s'agit nitùnlenniU crune comparaison avec cet appât sensible d'un objet qui peut cependant se ren-
'> que la raison, comme lé.uislatricc de la volonté, est obligée de direau )i phénomène (il s'agit ici des actions iilires des hommes) : tumc plais, ■» tu ne me plais ;joi", elle devra regarder les phénomènes comme des pro- »duils des réalités. » D'où il conclulque la législation de la raison n'a passeulementbeso:nd'une/'oj'mc,maisaussi d'une 7naM"cre (d'une étoffe, d'une fin) commeprincipe déterminant de lavolonté, c'est -à-dire qu'un sentiment de plaisir (ou dedéplaisir) doitprécéder dans l'objet, quand la raison doit être pratique. — Cette erreur, qui anéantirait toute morale si on la laissait faire son chemin, et qui ne laisserait debout que la maxime du bonheur, qui n'est proprement susceptible d'aucun principe objectif (parce qu'elle diiîère suivant la dillërence même des sujets), celte erreur, dis-je, ne peut être certainement mise en évidence par la pierre de touche des sentime7its. Ce plaisir (ou déplaisir), qui doit nécessairement précéder la loi, afin que l'action ail lieu, est pathologique; mais celui avant Iciuel doit nécessairement marcher la loi, pour qu'il existe, est moral. Le premier a pour raison des principes empiriques (la matière de la volonté), relui-ci un principe pur à priori (où il s'agit seulement de la forme de la détermination volontaire). — Le sophisme (fallacia causœ non causa) peut aussi être mis ici facilement à découvert,puisqucreudémonislc présente le plaisir (/econJcnfemeHOqu'un honnête homme doit avoir la perspective de ressentir un jour par la conscience qu'il aura de s'être bien conduit (par conséquent la perspective de sa félicité future) comme le mobile propre de sa bonne conduite (conforme à la loi). Car devant le regarder auparavant comme honnête et obéissant à la loi, c'esl-à-dire comme une personne en qui la loi précède ?e p^n/siV, pourqu'il éprouve un jour dans sa conscience d'avoir vécu honnêtement, la joie de l'àme, il y a dans le raisonnement un cercle où rien n'aboutit, puisqu'on prend la joie de l'àme, qui est une conséquence, pour cause de cette coiiduilc.
Quant au syncrétisme de quelques moralistes, de faire de l'cudémunic, si ce n'est entièrement, du moins en partie, le principe objectif de la moralité (tout en accordant que l'eudémonie a aussi quelque influence subjective et .secrète sur la détermination volontaire prise du devoir), c'est cependant le droit chemin qui conduit à la négation de tout principe. Car les mobiles secrets qui proviennent de la considération du bonheur, quoiqu'ils déterminent aux mêmes actions que les uiotifsqui <lécoulent des principes moraux purs, allèrent eténervenl ce|)endant le sentiment moral même, dont la valeiirel ladigiiiléconsi^ienlprcciscnienl àn'()l)éirqu'a la loi, sans faire attention au bonhcur,etniêmcens'élevant au-dessus de toutes ses rccommaudations.
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oonlror dans la raison |)iiie. — Jusqu'ici on n'avait entendu parler (jue de trois dei^rés de la croyance, jusqu à son évanouissement dans une [)arfaite incertitude : la science, la foi cl l'opinion (1).
(l) On se sorl du tirinc inoyt'ii dans le sens lliéoriquc, et qui si;;;iiinc anssi que^jucfois, tenir ([iiclque chose pour vraiseml)lablr. Mais alors il faut i)ieu r« inirquor qu'on ne peut dire de ce qui dépasse toutes les limites possibles de l'cxpéiicnce, qu'il soit iraisemhlablc , ni qu'il soit invraisemblable , et que le mol foi n'est pas non plus applicable dans le sens théorique par rapport à un tel objet. — Par l'expression: telle ou telle chose est vraisemblable , ou entend un étal moyen (de l'assentiment) entre opiner et savoir. Et alors arrive ce qui a lieu pour tous les autres états moyeiis, c'est qu'on en peut faire ce qu'on veut. — Mais si quelqu'un dit, par exemple, qu'il est au moins vraisemhlable que l'ànie survit à la mort, il ne sait pas ce qu'il veut ; car on a|ipeile vraisemblable ce qui a de son côlé, pour être répulé vrai, plus de la moitié de la certitude (de la raison suffisante^ Les raisons doivent donc renfermer dans leur ensemble un savoir partiel , une partie de la connaissance de l'objet d(mt on juge. Or, si l'objet n"e»l pas celui d'une connaissance à nous possible (telle est la nature de l'àmc, comme substance vivante, même en dehors de la liaison avec un corps, c'est-à-dire comme esprit), il n'y a pas de jugement à porter, ui vraisemblablement, ni invraisemblablement, sur la possibilité; car, les prétendues raisons de connaître appartiennent à une série qui n'approche pas de la raison suffisante, par conséquent pas de la connaissance même, pui.squ'ils se rapportent à quelque chose de sursensible, dont, comme tel, il n'y a pas de connaissance spéculative possible.
11 en est de même de la foi au témoignage de quelque autre chose qui doit regarder le sursensible. La croyance d'un témoignage est toujours quelque chose d'empirique ; et la personne au témoignage de laquelle je dois croire , doit être un objet d'une expérience. Mais si elle est un être sursensible, je ne puis alors être assuré de son existence, ni par conséquent qu'il existe un toi être qui m'atteste cela, par aucune expérience (parce qu'il y a là contradiction). Je ne puis pas non plus y arriver par voie de conclusion, en partant de l'impossibilité subjective de pouvoir m'expliquer le phénomène d'une parole intérieure qui m'est adre-sée , autrement que par une influence surnaturelle (en conséquence de ce qui a éié dit du jugement par vraisemblance). 11 n'y a donc pas de foi spéculative au sursensible.
Mais dans le sens pratique (moralement pratique) une foi au sur-