‹ Mélanges de logique. Traduits de l'allemandChapitre 76 sur 77 · SECTION DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SECTION DEUXIÈME

Espoir douteux d'une prochaine paix perpétuelle en philosophie.

M. Schlosser, écrivain de beaucoup de talent, et (comme on peut le croire) très-disposé à procurer le bien, pour se distraire de la manutention réglementaire et forcée des lois par des loisirs cependant occupés , a fait une descente inattendue dans l'arène de la métap/ijsique, où il a trouvé plus de querelles envenimées que dans la spécialité qu'il venait de quitter. — La philosophie critique, qu'il croit connaître , quoiqu'il n'en ait vu que les plas récents résultats , et qu'il doit nécessairement avoir mal compris , parce qu'il n'a pas suivi avec assez d'attention la voie qui doit y conduire, Fa excité et en a fait le maître « d'un jeune homme qui (à ce qu'il paraît) voulait étudier la philosophie critique, )) sans que lui-même l'eut d'abord apprise pour le dissuader de le faire.

Il se propose seulement de réfuter autant que possible la critique de la raison pure. Son conseil ressemble à l'assurance de ces bons amis, qui promettaient aux brebis que si elles voulaient seulement renvoyer les chiens, ils vivraient avec elles, comme des frères, dans une paix perpétuelle. — Si le disciple écoute ce conseil il devient un jouet entre les mains du maître, qui K fortifie son goût (comme dit celui-ci) par les

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écrivains tic lanliquilé (dans l'art de persuader par des raisons subjectives d'assenlinient, au lieu de la méthode do conviction par des raisons objectives. Alors il est sur (|ue l'élève se laissera donner la vraisvmldaiice (verisitnilitndo) pour la prohabilitc {proùiibiliias), et la i)robabilité dans les jugements qui ne peuvent absolument procéder de la raison qu à priori, pour la certitude. « Le langage inculte, barbare, de la philosophie critique» ne lui plaira pas, quand toutefois la manière de parler du bel esprit, transportée dans la philosophie, doit bien plutôt passer pour barbare. Il gémit en voyant que « c'en est fait des pressentiments, des échappées sur Tintelligible, de tout génie poétique, dont les ailes doivent être coupées » (si la philosophie prévaut).

La philosophie, dans la partie qui a pour objet la théorie du sai^oir (dans la théorique), et qui, tout en ayant pour but principal de mettre un frein aux prétentions de la connaissance théorique, ne peut cependant pas être passée sous silence, se voit également obligée, dans la partie pratique, de revenir à une me'taphysique (des mœurs), comme à un ensemble de principes purement formels de la notion de liberté, avant qu'il soit question de la fin des actions (de la matière du vouloir). Notre philosophe anticritique ne tient aucun compte de celte marche graduée, ou plutôt il la connaît si mal qu'il entend tout de travers le

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principe qui peut servir de critérium à tout droit : A gis suivant une maxime telle que tu puisses vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle-^ il lui donne une signification qui le restreint à des conditions empiriques, et le rend impropre à servir de canon à la raison moralement pratique pure (comme il faut bien cependant qu'il y en ait une). Il se jette ainsi dans un tout autre champ que celui qui lui est indiqué par ce canon ; de là les conséquences absurdes qu'il tire.

Mais il est évident qu'il ne s'agit pas ici d'un principe de l'usage des wo/ew^ propres à une certaine fin (car alors ce principe serait pragmatique , et non moral) ; qu'il ne s'agit pas de savoir si la maxime de ma volonté, devenue loi universelle, ne répugne pas à la maxime du vouloir d'un autre, mais bien de savoir si elle ne se contredit pas elle-même (ce qui peut se reconnaître par la simple notion à priori , d'après le principe de contradiction, sans aucun rapport expérimental, par exemple: « Si la communauté de biens ou la propriété est compatible avec ma maxime, » contradiction qui est un signe infaillible de l'impossibilité de l'action. — Une pure ignorance, peut-être aussi un peu de mauvais penchant à la chicane , pouvait donner lieu à celle attaque, laquelle cependant ne peut porter atteinte à V annonce d'une paix éternelle en philosophie. Car un traité de paix qui poite que ; t^i

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seulement les parties se comprennent réciproquement, le traité est immédiatement conclu (sans capitulation), peut aussi être annoncé comme conclu, du moins comme tout près de Tétre.

Tout en représentant la philosophie simplement comme science de la sagesse (ce qui est effectivement la signification propre du mot), elle doit cependant élrc aussi regardée comme science du savoir , en tant que cette connaissance (théorique) comprend les notions élémentaires employées par la raison pure, en supposant que la chose ait lieu pour faire connaître à la raison ses bornes. Il peut donc à peine être question de philosophie entendue dans le premier sens, à savoir : si l'on doit confesser librement et ouvertement ce qu'on sait réellement et d'où on le sait en fait de son objet (le sensible et le sursensible), ou si on le suppose seulement au point de vue pratique (parce que cette supposition est nécessaire à la fin dernière de la raison) ?

11 peut arriver que tout ce qu'un homme regarde comme vrai ne le soit pas (car il peut se tromper) ; mais il doit être véridique dans tout ce qu'il dit (il ne doit pas tromper), que sa parole soit purement intérieure (devant Dieu), ou qu'elle soit aussi extérieure. — La trangressionde ce devoir de véracité est le mensbnge. Il peut donc y avoir un mensonge intérieur aussi bien qu'un mensonge extérieur ; et tous les deux

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peuvent être réunis, ou bien encore se contredire.

Un mensonge , interne ou externe , est de deux sortes ; suivant 1 " que Ton donne comme vrai ce qu'on sait ne l'être pas , 2" que Ton donne pour certain ce qu'on sait être subjectivement incertain.

Le mensonge [ « du père des mensonges, par lequel tout mal est entré dans le monde ») est proprement le point corrompu dans la nature humaine ; le ton de la véracité[k l'exemple de certains marchands chinois, qui mettent en lettres d'or sur leurs enseignes : a Ici on ne trompe pas »), principalement en ce qui regarde le sursensible, est le ton ordinaire. — Le précepte : Tu ne dois pas mentir (dans l'intention même la plus pieuse), pris intérieurement pour principe dans la philosophie, comme science de la sagesse , n'aurait pas l'avantage seulement d'y établirune paix perpétuelle, mais aussi d'en assurer à jamais l'avenir.

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