Chapitre i4. — Des indices
Chapitre i5. — Du général d'armée. — m Je me forme, dit Maurice, une idée du général d’armée qui n’est point chimérique : j’ai vu de tels hommes. La première de toutes les qualités est la valeur , sans laquelle je fais peu de cas des autres, parce qu’elles deviennent inutiles. La seconde est l’esprit ; il doit être courageux et fertile en expédiens. La troisième est la santé... Un général doit être doux, et n’avoir aucune espèce d’humeur ; ne savoir ce que c’est que la haine; punir sans miséricorde, et surtout ceux qui lui sont les plus chers, mais jamais ne se fâcher; être toujours affligé de se voir dans la nécessité de suivre à la rigueur les règles militaires, et avoir toujours devant les yeux l’exemple de Manlius; s’ôter l’idée que c’est lui qui puait, et se persuadera soi-même et aux autres qu’il ne fait qu’administrer les lois militaires. Avec ces qualités, il se fait aimer; il se fera craindre et sans doute obéir... M. le prince Eugène possédait la partie sublime du métier, et je me suis fait une application d’étudier ce grand homme. »
Les rêveries du maréchal de Saxe sont terminées par un écrit assez singulier, toujours publié à leur suite, et qui a pour titre : Réflexions sur ta propagation de l'espèce humaine. Voici en abrégé les idées de Maurice : « Après avoir traité, nous dit-il, d’un art qui nous instruit avec méthode ’a détruire le genre humain, je vais tâcher de faire connaître les moyens auxquels on pourrait avoir recours, pour en faciliter la propagation.... La diminution extraordinaire dans le monde, depuis Jules-^César, a souvent attiré mon attention; il est certain que les peuplés innombrables qui habitaient ^ l’Asie, la Grèce, la Scythie, la Germanie, les Gaules, l’Ite* lie et l’Afrique, ont disparu à mesure que la religion chrétienne s’est étendue en Europe, et la raahométane dans les autres parties du monde. Cette diminution va en augmentant.... Je suis persuadé que l’on sera un jour obligé de faire
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quelque changement dans la religion à cet égard.Le ma¬
riage et l’éducation s’opposent à la propagation... II faut ajouter, que telle femme qui n a point d’enfant avec le mari qu’elle a en ferait avec un autre... Le premier commandement que Dieu fit à l’homme est : Croissez et multipliez ; c’est celui auquel on fait le moins d’attention... Si l’on refuse a la nature ce qu’elle demande, la faculté d’engendrer se perd... Un législateur qui formerait un système sur la propagation devrait frapper de honte la stérilité... Plus une femme aurait d’enfans, plus sa situation serait heureuse. On pourrait ordonner que le dixième jour, soit du revenu des enfans ou de l’ouvrage-de leurs mains, serait consacré à la mère ; alors celte mère employerait toute son industrie à les élever. Il faudrait aussi faire une ordonnance par laquelle chaque mère qui aurait une fois présenté au magistrat dix enfans vivans aurait cent écus de pension ; celle qui en aurait présenté quinze, cinq cent;' et celle qui en présenterait vingt, mille... Pour parvenir plus efficacement à bien peupler, il faudrait établir par les lois qu’aucun mariage à l’avenir ne se ferait que pour cinq ans, et ne pourrait se renouveler sans dispense s’il n’était né aucun enfant pendant ce temps : mais aussi les mêmes époux, qui auraient renouvelé leur mariage jusqu’à trois fois, et qui auraient eu des enfans, vivraient ensemble le reste de leur vie. Tous les théologiens du monde ne sauraient prouver l’impiété de ce système, parce que le mariage n’est établi que pour la population... Si la religion chrétienne est contraire à la propagation, en ne permettant qu’une seule femme, la mahométane ne l’est pas moins en accordant la pluralité; car dans ce grand nombre de femmes enfermées, une seule ordinairement s’empare du cœur de son maître, et les autres, qui deviennent ses servantes, restent inutiles. Les Turcs renferment les femmes, et nous les tyrannisons parles préjugés; voilà d’où vient qu’elles sont continuellement contraintes de déguiser ce qu’elles pensent, tout leur système n’étant point dans la nature. »
« Voyons par un calcul raisonné ce que les mariages limités produiraient de différences sur la propagation. Lorsque les femmes ne produisent qu’une fille chacune, que nous nommerons femmes, une femme n’aura produit, à la dixièine génération, qu’une femme à l’Etat ; nous voulons prendre six générations, chacune de trente années, ce qui fera cent quatre-vingts ans.
Si une femme en produit deux :
La première. •>.
Les 2 secondes. 4
Les 4 troisièmes. 8
Les 8 quatrièmes.... i6
Les i6 cinquièmes. Sa
Les Sa sixièmes. .... 64 femmes en 180 ans.
Si elles €n produisent trois en trente ans . nombre ordinaire pour celles qui se mettent à en faire, et que parmi celles-la il s’en trouve qui le passent de beaucoup; je sup. pose que toutes les femmes agissent de bonne foi, par principe de religion, pour leur intérêt et selon les lois de la nature. :
La première.. 3
L’a troisième.... 9
■ La neuvième..... .. 27
; La Vingt-septième. 81
La quatre-vingt-unième.... i63
La cent soixante-troisième.. 4^9 J^o ans.
Eu y ajoutant autant d’hommes, cela ferait 978;
Par conséquent,
Dix femmes..... ' 9'>78o
.Cent...,. 97,800 .
'Mille.. 978,000
Ce'nt mille.'. ... 97,800,000
Un million. 978,000,000
Ainsi un millibn de femmes, qui est 'a peu près la dixième partie de celles qu’il y a en France, auront produit, en cent quatre-vingts ans, neuf cent soixante-dix-huit millions d’individus, lorsqu’elles auront fait chacune six enfans. Cenoinbre est énorme; en retranchant les trois quarts, il serait prodigieux. »
Frédéric II et Catherine II ont en sur la propagation de l’espèce humaine a peu près les mêmes idées que le maréchal de Saxe.
Extrait,des 127e cahier (janvier 1829) et 128® cahier (féxTier), tome xxxn^ , du Journal complémentaire du Dictiouaire des Sciences médicales.-
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