‹ Mélanges de médecine. Opuscules de DesgenettesChapitre 24 sur 25 · LE CHEVALIER ROSA · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER ROSA

Lb chevalier doa Michel Rosa-nàquit, à ce quenous avons lieu de croire, dans la Romagne, vers 1730, et il a du mourir dans les dernières.années du siècle, sans que nous puissions fixer cette'époque avec précision. C’est une chose singulière que le silence des biogrâplms nationaux.sur un homme aussi distingué 3 car on ne peut reprocher à l’Italie moderne cette insouciance dont Tacite accusait ses contemporains.

Privé de documens essentiels, nous tracecons seulement quelques lignes sur le caractèfe de Rosa, et l’analyse que nous allons donner de ses principaux écrits servira , nous n’en doutons point, à faire naître un travail plus complet.

Rosa avait étudié fort jeune dans les Universités de Padoue, de Bologne et de Ferrare, et avait depuis parcouru, en observateur, une grande partie de l’Italie et quelques,portions, de l’Allemagne, entre autres l’Autriche, où il connut Van Svyieten, de Haen et Stoerck. A la fréquentation des savans et des hommes de lettres, Rpsa réunit celle de la meilleure compagnie, comme il était facile de le voir par l’atticisme de ses m.anières, que faisaient encore ressortir les avantages de sa personne, et le ton à la fois le plus noble et le plus décent, Kous connûmes le chevalier Rosa en 1789, a Modène, où il était fixé. ün<î ophtalmie chronique, en l’éloignant alors forcément de ses habitudes studieuses, le rendait davantage aux cercles de ses amis.

Voici l’indication des ouvrages de Rosa parvenus a notre connaissance :

De epidcmicis et contagiosis Acroasis accessit scheda

ad catarrhum seu tussim quam russam nommant perti- ''nens, 1782, in-8° (sans indication du lieu de l’impression.)

Là difficulté d’exprimer sans périphrases les substantifs contagium et contagio, et même l’adjectif qui en dérive, signifiant tous une entité^ me détermine à donner, d’après le propre texte de Rosa, le titré des douze paragraphes dont se compose son ouvrage.

P. De constitutionïbus genevatimi

II®. De cômmuuibusépidèmicomm et cûiïtagiorum proprielalibus. .

111®. De latente epidemiâ.

ÏV®. De ratione epidëmionim.

V®. De proprietatibus eorumdem.

VP. De contagiis in universurn.

Vil®. De iisdem specijîce. Num in aere gignantur et perstêJît? ,i

VllI®. De contagiis. Num eadem a terrenis iti eorpom ' = ' aspirent? . - v.

■ IX°; De ^rigme contdgiorum animalL '■ De contagiorum materie ct formatiojie'.

Xl°i De Côntctgiorum differentiis in généré- XII®. Gonpagium guid sit ipsum in se ipso? ■

Dans lé premier paragraphe, fort étendu et qui renfermé beaucoup de .défifitlioris tiréës des àUtéürs anciens èt'iüddèrnes, Rosa dit^ entre autres choses, que les principes liés maladies spn't des mêmes que ceux qui entretiennent là vie, c’est-à-dire les alimens solides et liquides et l’air. ir fàiî Cëtte remarque piquante , c’est qüè d’énormes massel d’hômmés, comme.ceux qui , àü nord, habitent la Laponiè, qUelgués, parties de la Russie boféalë autour de la mer Blàilché, le,- Spitzberg et le Groenland, au midi de l’Àfriquê, les Hôttentots, et ceux qui vivent dansles forêts de FAmérique sépT lentrionale, montrent souvent bien moiüs d’intèlligen'cë que. les animaux dans le choix de leurs alimens. L’inllueriée dè la nutrition et celle des climats et des saisons sur la santé est bien appréciée.

Le second paragraphe ëst consacré à l’examen dés propriétés communes aux épidémies et aux contagions. Les phénomènes des épidémies sont assez bien connus 5 mais leurs, causes ne le sont pas encore. Le principe inconnu que lés anciens qualifiaient de dwin (t'o ^eïov'jj les moderues Font appelé

latent, ce (\n'i esl plus raisonnablje, pourvu que cela ne détourne pas de la reçhe^ixhe des'causes. Hippocràte , dont le génie né se laissait point abuser'par des mois, a (lit précisément (pe morh. sacF.) : « Nullum morborum magis a, dits ess'e, quant siiit reliqui.... Onines 'ab iis, essê ; nequèj^pien non deberisiiis quosque propriis et naluralibus causXL^ « Cicéron partageait cette opinion, quand il attaquait les superstitions populaires dans son livre sur la Diyiuation« Quidr quid oritur qualecunque est y causant] a natura habeat necesse est: upetiam si prœtercqnsuetuMneni eoçst.iterit, prœter iiaturamianim non pos 0 e,xsistere. Causant "igitur investigato in re nova atque wipiirabilîy si potes. Si nuU lant reperieSy illud tamen exploratum liabetp, iiïlul.jfîeri potuisse sifie cqpsa; eurnque errorern queipirei novitas attiilerit, naiurœ ralione depellitp.... Omnino enini magna stul~ titia est earum rerunt quas natura offert y deos facere effectoreSy causas rerum iion quœrere..... y> Les miasmes, dans l’acception reçue., sont un être imaginaire, si ce n’est pas un principe vénéneux. ■ '

Le paragrap|ie troisième traite du principe épidémique latent {quid diyinum). üu grand nombre de médecins, d’ailleurs respectables, ont siiigulierement abusé du nom d’Hippocrale, en lui prêtant sur le principe latent des idées qu’il n’a point eues, comme on vient de le voir tout-'a-rheure. On lit avec plus de fruit ce que ces mêmes auieqrs n’ont pas craint d’avancer sur la périodicité des épidémies et dés pestes, attribuées a des causés variées , et dn né doit'pas ncHÎ plus refuser d’entendre ceux qui put nié la contagion de la peste. L^’opinion qui’établit que la contagion de la peste est due à Une contagion ou spécifique, repose sur une ob¬

servation faite et répétée en grand ; c est que l’inspuclance et le fatalisme rendent celte maladie très-fréquentedans TOrient, tandis que l’Europe s’en préserve par l’eloignemént et la séqueslràtion.

Dans le paragaphe quatre, qui traite de la cause productive dés épidémiès, Kôsa coUclùt, après une ion§ûe discussion, que les épidémies sont le produit d’un changement manifeste dans les qualités dé l’atmosphère , changénieiil souvent antérieur au temps dans lequel éclate l’épidémie,,

l.e parîigraplie cinq est destiné à exposer lès qudli|es propres aux épidémies, et à faire ressortir la difficulté dé bjen les distin^er, de pr-iine abord , d’avéc les pestes oii maladies

dues â un principe contagieux. Rosa parle aussi des eudémies dues aux vices de l’air. Les épidémies devenues contagieuses , ou mieux l’état épidémique favorise le développement des contagions; on peut en trouver des exemples dans plusieurs histoires de varioles très-meürtrières.

Les contagions, considérées en général, sont l’objet du sixième paragraphe. On voit, |)ar leurs descriptions, que les ' anciens avaient connu les fièvres accompagnées d’exanthèmes • tandis que nous croyons pouvoir affirmer, quoi qu’on en ait dit, qu’ils n’ont point observé de varioles. Mercuriali, Mead, Leclerc, Freind et Werlhoff nous semblent avoir réfuté victorieusement , sur ce point, les opinions de Fernel, de Primerose, de Fracastor, de Polini, deMeihom, de De Haenet de Trillcr. Rosé disserte ensuite sur les qualités, le mode et les degrés d’intensité des contagions, et sur l’espèce d’énergie avec laquelle elles résistent aux forces vitales et aux secours de l’art.

Les contagions sont-elles nées dans l’atmosphère, et y sontelles permanentes? tel est l’objet du septième paragraphe. L’humidité de l’air est, de toutes les conditions, celle qui conserve le plus les principes contagieux, sans pourtant leur dohher naissance. Des contagions sorties des cloaques et des tombeaux, ont souvent causé la mort des hommes et des ani- 'maui‘. L’antiquité, embarrassée pour indiquer la cause de plusieurs pestes, a cru les expliquer au moyen d’analogies inexactes. Ainsi on a voulu faire croire que les germes de cette peste qui désola Babyione au temps de Pompée, s’étaient échappés d’une antique cassette d’br déposée dans le temple d’Apollon. On croit aussi, d’après !e témoignage d’Ammien Marcellin , que la peste qui, sous l’empire de Marc-Aurèle, dévasta l’Italie ét une partie de l’Europe, sortit du temple d’Apollon, pour punir le sacrilège des soldats romains qui l’avalent pillé. Ce qui est mieux prouvé , c’est que les grandes contagions qui ont dévasté-la plus grande partie du inonde, y ont été apportées par le commerce ou des animaux ou des efféts contagiés, èt non par l’intermédiaire de vents portant des principes délétères 5 qui , eh supposant leur ré-aiité; s’émousseraient, ou s’anéàntiràièrit dans dé grandes masses d’àir en mouveraeht. La pratique si vantée dès anciens, d’allumer des feux dans les contagions, n’est plus admise, et elle a été abandonnée, parce que la chimie, d’accord avec des essais, populaires, en a démontre l’inutilité.

Dans le huitième paragraphe, Rosa examine si les contagions proviennent du sol et frappent directement nos corps. Il conclut pour la négative. Il serait pourtant difficile d’affirmer que leis qualités vicieuses de l’air et du sol, ainsi que celles des aliraens habituels, n’ont pas eu d’influence sur la production de quelques maladies, entretenues ensuite dans lés mêmes lieux et par les mêmes causes. On pourrait citer l’éléphantiasis, comme endémique,en Egypte, en Syrie, à Candie, en Chypre, et en plusieurs autres îles de la Méditerranée; l’yaws sur plusieurs points de l’Afrique; le pian et la syphilis en Amérique. Rosa se livre à un rapprochement ingénieux entre divers modes d’être et quelques maladies comparatives des végétaux et des animaux.

Le neuvième paragraphe traite de l’origine ou principe animal des contagions. Quand ces principes ne proviennent ni de l’air ni du sol, on peut croire qu’ils sont actifs et vivaris (animata et actu viventia), comme disaient les anciennes écoles. Plusieurs auteurs, dans des temps éloignés, ont soutenu cette doctrine, qui a eu, parmi les modernes, des partisans et des adversaires. L’ffistoire offre plusieurs exemples de ces contagions mémorables, frappant, a diverses époques, les hommes et les animaux. L’évènement arrivé aux assises d’Oxford en 15^7,^. est rapporté fort au long par Campden dans ses Annales dii règne d’Elisabeth. Des aperçus sur les foyers des contagions, les modes de transmission et la prédisposition à être imprégné, terminent ce paragraphe.

Le dixième est consacré à l’examen de la matière et de la formation des principes contagieux. Si le mouvément et la chaleur constituent la vie, il faut considérer ici quels sont les éléraens qui les attaquent, quel est leur mode d’action, et enfin sur qrtelles parties du système animal ils exercent spécialement, leur action. Le mode d’agir de ces principes délétères ressemble beaucoup a celui de quelques poisons stupéflaiis, frappant quelquefois directement les organes immédiats de la sensibilité, agissant, dans d’autres circonstances, plus lentement, par voie de résorption, et exerçant leurs funestes effets sur les intestins.

Dans l’onzième paragraphe, il. est question des différences génériques des contagions. Si les principes contagieux sont, de nature animale, ils doivent être diversifiés dans les différens genres d’animaux, et suivant les climats, les localités et leurs expositions. La peste exotique, en Europe, vient

de l’Ethiopie, s’U faat eo-croke. Rhazès. Dca lualafîies pestilen|ieMe$ ,peuv,eiiit cepeudant oaitjce ea Europe,,,çwis

de yi^iespestes,, comme la variole. \

Si l’on veut se livrer à des observations étiQlo,g),ques pour expliquer le développement des contagions, il faudra recourir, avec quelqjues auteurs, à des modes d’être des Hoimajjjç, qu’ils désignent sous les noms à'organitas et contagUas , commentés par des hypothèses et. quelques faits.

Qu’est-ce que ta contagion ou un principe contagieux (cqbtagium) par lui-même et en lui même? tel est,le sujet, du douzième et dernier paragraphe, Rosa considère en quoi, les principes contagieux se rapprochent et s’éloignent des poisons. Morveau a dit depuis, avec une exactitude et une énergie d’expression que l’on ne peut trop admirer ; « LJaeier s’émousse sur lés corps qu’il entame 5 le poison reste sans action dîaas l’organe qu’il a privé de seniimentj le feu s’éteirit hors de son aliment : la coatagipu s’accroît par le nombre de ses victimes. » Rosa, traité avec uue érudition étendue et choisie les questions de l’introduction et propagation en Europe de plusieurs maladies contagieuses, entre autres de la petite-vérole ; mais jl ne résout en aucune manière la question qu’il s’est proposée dans ce paragraphe. Il croit, au reste, que les efforts réunis des médecins parviendront a triomplier fies maladies d’une introduction récente et inconnue, et il donne de justes éloges au plan de Chirac, réalisé par la, création de la Société royale de médecine de Paris,

Mcheda àd catarrhiim, seu tussim, quam Russam nominant pertinens y 1782^ Cet écrit, placé à la suite du précé-: dent, et en continuant la pagination , a été publié par Rosa, dans l’intention de servir de développement à plusieurs points de doctrine exposés ci-dessus et controversés. L’opinion répandue dans une partie de l’Italie, à l’époque indiquée., était que cette maladie catarrhale était venue de l’Asie oHentale à Saint-Pétersbourg ; qu’elle avait passé en Danemark, eu Suède, eh Angleterre et en Amérique,, et que, devant son origine à des miasmes spéciaux , elle était contagieuse. Une maladie analogue avait régné en Europe en i5io, au rap' port de notre historien Mézeray, et en i 5 i 5 , iSSq, i 58 o et I SgS, d’après les descriptions dotmées par plusieurs ipédeciiis, entre autres Paradiui et Corneille Gemma, Lazare Rivière et Fr. Valleriola, Forestus et Marcel Donati, enhh Jean Gbifflet de Besançon. Jean Schenk a cru avec raison

devoir reproduire, dans son, recueil inlitulé Observalwnum medicarum rariorum, lïbri vi, la lettre descriptive de Valleriola, qui donna, dans le seizième siècle, l’exeurple de cultiver l’anatomie pathologique.

Belle porpore e delle màterie vestiarie pressa gli anticki; Modena, 1786, in- 4 '’., avec des planches.

,Ce qu’avait dit Pline le naturaliste sur la pourpre des anciens était plus fait pour piquer notre curiosité que pour nous éclairer. Rosa fut sans doute engagé par ce motif à faire de nouvelles recherches. La préface de son ouvrage, dans laquelle règne une érudition du meilleur goût, renferme un hommage justement dû aux travaux de Requens sur la peinture à l’encaustique, et à ceux d’Amali sur la pourpre des anciens. Rosa, dans un autre livre, cherche a consacrer le souvenir de son amitié pour le second de ces savans, pat l’application de ce passage des Lettres de Pline le jeune : Erit rarum et insigne duos Jwmines\cçtate prope modum CBqualeSynon nullius in litteris, nommis y plterurn aUerius studia fouisse.

L’ouvrage dont il est question est divisé en trois parties. La première se compose d’une introduction, ainsi, que de la division générale des matières, et contient en outre trois articles : x“ sur les matières tinctoriales; 2° sur celles qui sont susceptibles d’être teintes,, sur le ver a soie et la soie ellemême, sur lé lin et quelques espèces de byssus; 3 ° des pourpres et de leur valeur, ainsi que du prix des vêtemens qui sont teints par l’animai que renferment ces testacés univalves.

La seconde partie contient quatre articles : des métiers à fabriquer les étoffes vestiairés en grand ou dans les intérieurs pardcùiiérs; 2“ histoire du mûrier ; 5" de certaines parures des femmes; 4° des diverses formés et usages des lits et des litières des anciens ; du lit dit adverse ou nuptial ( lectu^ ad~ versus ), ainsi nommé de sa position dans l’appartement, en face de la porte d’entrée ; du canapé, cé qui peut s’entendre du siège à dossier où lit de repos usité de nos jours, êt encore mieux de l’espèce de rideau dont on entoure un lit pour se garantir de la piqûre des cousins , et que l’on nomme vulgairement pour cela cousihière. L’introduction du canapé, lit ou voile, séparément ou ensemble, fut regardée, dans les camps romains, comme un luxe efféminé, et excita les r-eprocbes

d’Horace, qui ne fut pourtant point insensible aux douceurs de la vie ;

Interque signa turpe! militaria Sol aspicit conopœurn.

Epod. , Ode vrir.

Nous lisons dans les livres saints qu’Holopherne, campé devant les niurs de Béthulie, avait dans ses tentes nu canapé sous lequel il s’endormit trop profondément devant Judith : Porro Holophernes jacehat in lecto nimia ebrietate sopitus. Stetitque Judith ante lectum orans cum lacrjmis et lahiorum motu in silentio dicens : Confirma me, Domine Deus Israël, et res~ pice in hac hora ad opéra manuum mearum. Et quum Jmc dixisset J accessit ad columnam quœ erat ad caput lectuli ejus, et pugionem ejus, qui in ea ligatus pendehat exsolvit. Quiimque eoaginasset ilium, apprehendit comamcapitis çjus, et ait : Coiifirma me, Domine Deus Israël, in hac hora. Et percussit bis in cervicem ejus, et ahscidit caput ejus , et abstulit conopœurn ejus a columnis, et evolvit corpus ejus tr'uncum. De retour dans Béthulie, Judith, accompagnée de l’une de ses femmes, qui portait la tète d’Holopherne dans un sac, annonce aux siens la victoire qu’elle vient de remporter. Et proférons de pera caput Holophernis , ostendit illis , dicens: Ecce caput Holophernis, principismilitiæ Asjsyriorum, et ecce conopœurn illius , in quo recumbebat , in ebrietate sua , ubi per manum feminœ percussit ilium Dominus Deus noster. Csïia'péf vélum cubiculare') peut aussi quelquefois être pris pour la couche elle-même, comme une partie pour le tout.

La troisième partie traite des étoffes vestiaires antiques, de leur fabrication et du commerce des Romains, à ce sujet, avec l’Egypte et l’Orient. Enfin on y trouve une histoire comparative de ce commerce dans les temps les plus reculés et les siècles intermédiaires jusqu’à l’époquè où nous vivons, et l’on peut en déduire que l’art de fabriquer des étoffes de coton et de soie est répandu sur la presque totalité du globe.

Lettere fisiologiche. Naples , 1788 ; 2 vol. in-S".

Les travaux et les opinions physiologiques de Rpsa se trouvent consignés dans une série de lettres étendues, qui ont , paru dans l’ordre suivant :

Première lettre. Les artères, dans l’état de vie, ne sont point remplies de sang, et n’en renferment que la partie la plus

( lO

fluide. La quantité du sang ne correspond point à l’ampleur du système vasculaire. Dans le cadavre, les artères vides, et les veines qui ne se dilatent point, s’affaissent sur elles-mêmes, et contiennent tout le sang qui circulait pendant la vie ; celte masse de sang ne pouvait donc suffire pour remplir a la fois les veines et les artères. La plénitude des artères dans le vivant est produite par un fluide vaporeux; une artère pleine, liée et mise sous le vide de la machine pneumatique, se gonfle, ce qui suppose la présence d’un fluide produit par l’air respiré ; c’est la cause de la chaleur animale : Rosa l’appelle vapore expansile animale. Ce n’est autre chose, suivant lui, que la partie d’air vital reçue par le poumon et combinée avec la substance animale la mieux élaborée : materia vera animaiisata. Notre auteur, après avoir rappelé la doctrine d’Erasistrate, passe aux propriétés de la vapeur expansile animale, et la suit tour-à-tour dans les fonctions naturelles, animales et vitales, il la voit servant à la digestion et à la nutrition ; c’est ,lè fluide nerveux et la liqueur séminale. Le système veineux est, suivant lui, le seul système vasculaire sanguin ; les artères sont destinées à conduire le sang, et non pas à le contenir. Il indique les grands usages du système artériel dans la vie végétative, où il le voit servir à l’acte qu’il appelle déphlogistication ou brûlement. Le système pulmonaire devientalors le sujet de réflexions spéciales. Le mouvement n’est point la cause de la chaleur animale; mais, au contraire, le mouvement est le produit de la chaleur. Rosa fait ensuite une application de son principe, considéré jusqu’ici dans l’état sain, à la théorie des maladies jil croit que c’est la qu’il faut chercher la cause et la solution du problème de la fièvre, l’étiologie du rhumatisme et de la goutte, des vertiges et de l’apoplexie, des convülsious, de plusieurs exanthèmes, ainsi qué de l’action de quelques poisons. Rosa voit partout ce principe élémentaire, déjà reconnu par Praxagoras, Hérophile et Erasistrate; il soutient qu’Hippocrate proclama encore plus hautement ce principe, et qu’il entendait par vis vitæ une partie de l’air inspiré, qui, par une suite d’élaborations spéciales d’organes, formait l’ensemble de la vie.

Deusdèmelettre.^sx'oà. un grand nombre de choses, neuves alors, et/qui se trouvent dans cet écrit, Rosa établit la présence de l’air dans le saôg, fait l’énumération des parties animales qui se gonflent sous le récipient defla machine pneu-

matiqae , et traite de la caisse de la pulsation. Il rapporte et conlirine les résultats de la célèbre expérience de Galien avance que la pulsation est dans le sang, et croit le déiuontrer ainsi qu’il suit ; Il aboucha à une artère carotide un intestin de poulet d’un diamètre quadruple de celui de l’artère; l’intestin se distendit, et le sang y battit d’un mouvement isochrone a celui de l’artère, mais plus développé et plus fort. La carotide d’un gros bœuf, liée en deux endroits et coupée au dessus des ligatures ^ continua quelque ternes de battre. Rosa demande ensuite si le sang est élastique, et répond affirmativement , en disant qu’il le doit à l’intervention de la vapeur expansive. Les veines,suivant lui, n’ont pas de pulsation , parce qu’elles ne sont pas soumises à l’action de la vapeur expansive. iSi je sang des veines devenait artériel, les veines pulmonaires seraient eomme les artères. La veine cave près du cœur et les txoncs des veines pulmonaires oui une pulsation évidente, comme celle des artères.

La troisième lettre est un développement de la présédenie, et Rpsa y indique quatre-vingt-treize expériences, qui méritent toutes d’être répétées.

La quatrième lettre contient, entre autres choses remarquables , les assertions suivantes : La chaleur ne maintient point fluide le sang des aniinaux, et le froid ne I©* condense pointj le volume du sang diminue en Tefroidissant ; je sang doit sa couleur et son spécial a la vapeur expansible:

la respiration qui l’entreuent maintient la vie. Les doctrines de Rosa conçprdenî avec celles des chirnistes de la fin du dixhuitième siècle, et il s’appuie sans cesse sur les expériences de Lavoisier, de Priestley et de Grawford.

La cinquième et dernière lettre, précédée d’une am^e introduction, présente l’éther,, lé calorique et la lumière comme jirincipau^ agens universels de la nature. Rosa examine leur action , i° sur les végétaux ; 2° dans les animaux, et il entre, à cette occasion, dans d’immenses détails, qui emhjrassent l’ensemble de la physiologie. Il'résulte de ces cinq lettres qu’elles offraient, à l’époque de leur publication, le recueil le plus étendu de faits qui eût paru depuis les Elémens de Haller.

On voit que Rosa ne doit pas être oublié dans l’histoire littéraire et scientifique du dix-huitième siècle.

ÉTUDES

SUR LE GENRE DE MORT

DES HOMMES ILLUSTRES

DE PLUTARQUE

ÉTUDES

SUR LE GENRE DE MORT

DES HOMMES ILLUSTRES

DE PLUTARQUE

PAR M. LE BARON DESGENETTES

PARIS

IMPRIMERIE DE G. L. F. PANCKOUCKE

MEMBRE DE LA LEGIOlî-D’HOIÎIÎEtrR,

Rue des PoiteviiK, n° 14.

M DCCC XXIX

ÉTUDES

SUR LE GENRE DE MORT

DES HOMMES ILLUSTRES

■ DE PLUTARQUE »

Thésée. Mnesthée s’étant rendu maître d’Athènes pendant l’absence de Thésée, et celui-ci s’étant évadé des fers d’Aidoneus en Epire , se retira dans l’île de Scyros, où on dit que le roi Lycomède le fit périr en le précipitant d’un rocher. D’autres disent qu’il tomba de lui-même, et par accident, en se promenant un jour apres souper, ainsi qu’il avait coutume de faire. Les ossemens de Thésée, recherchés d’après un oracle d’Apollon et indiqués par un aigle, furent transportés à Athènes par Cimpn et précieusement conservés.

Romulus. L’espèce de liberté et les droits dorit jouissaient Albe et les Sabins engagèren^les patriciens romains a se procurer les mêmes avantages. Laissons parler Plutarque : « Gela enseigna aux nobles de Rome a désirer et chercher un gouvernement libre qui ne fust point suhject au vouloir d’un roy seul, et où chacun commandast et obéist à son tour. Car ceux qu’on nommait patriciens ne manioyent rien, ains avoient le nom et l’habit honorable seulement, et les assembloit-on en conseil plus pour une manière de faire, que pour avoir leur ad vis 3 car, quand ils esloient assemblés, il falloit qu’ils escoutassent le commandement et l’ordonnance du roy sans dire mot., et puis qu’ils se retirassent tfayans autre avantage par dessus le menu populaire, sinon qu’ils scavoient les premiers ce qui s’estoit fait ; et encore leur estoient toutes autres choses moins grièyes; mais quand il distribua lui-mesme, de son aüthorité privée, à ses soldats , les terres conquises sur les ennemis, et qu’il rendit les ostages aiix Véiens sans leur

• Nous avons préféré la traduction de Jacques Amyot à toutes les autres quand nous avons été dans le cas de citer les paroles de Plutar.qqe.

en parler, adonc sembla-t-il qu’il faisoit grande injure au sénat. A l’occasion de quoi les sénateurs furent depuis soupçonnez de l’avoir fait mourir, quand peu de jours après il disparut si estrangement qu’on ne sçeut jamais qu’il devint.... Et pourtant ont aucuns estimé que les sénateurs se ruèrent tous ensemble sur lui clans le temple de Vulcain, et qu’après l’avoir mis en pièces , chacun d’eux en emporta une dedans le repli de sa robe. D’autres pensent que Romulus à l’heure estoit hors la ville, près du lieu qui s’appelle le Marez de la Chèvre , la où il preschoit le peuple, et que tout soudain le temps se changea et se mua l’air si horriblement, qu’on ne sçauroit exprimer et croire; car premièrement le soleil perdit entièrement sa lumière, comme s’il eust esté nuict toute noire, et ces ténèbres ne furent pas douces et tranquilles ; ains y eut des tonnerres terriblçs, des vents impétueux, orages et tempestes de tous costez , qui firent fuir le menu peuple ' e^ î’escartèrent çà et là ains les sénateurs se serrèrent ensemble. Puis quand l’orage fut passé, le jour revenu clair, et le ciel serein comme devant, le peuple se rassembla, qui se mit a chercher le roy et a demander qu’il estoit devenu • mais les seigneurs ne voulurent pas souffrir qu’ils en eiiquissent davantage, ains les admonestèrent de l’honorer et révérer comme celui qui avoit esté ravy au ciel, et qui, désormais, au lieu de boa roy, leur seroit Dieu propice et favorable. Le menu populaire, pour la plus grande partie , prit cela en payement, et fut tout résjouy d’énteiidre ces nouvelles, et s’en alla adorant Romulus en son cœur avec bonne espérance; mais il y en^ eut quelques-uns qui recherchant la vérité du fait aspreraent et aigrement , troublèrent fort les patriciens en leur mettant sus qu’ils abusoient la rude multitude de vaines et folléspérsuasions, et cependant que c’estoient eux-mesmes qui, de leurs propres mains, avoiéntocçis.le roy. »

Dans cet état de choses, les sénateurs dépùteréut Julius Préculus qui, en supposant une apparition de Romulus, trompa et consola le peuple.

Ljçur^e. Ce législateur de Lacédémone, pour engager ses concitoyens à observer inyiolablement ses.lois, .leur .fît promettre avec serment de n’y rien changer jusqu’au retour d’un voyage qü’il allait entreprendre. Il s’en alla ensuite dans l’île de Crète, où il se donna la mort en employant un moyen extrêmement douloureux, et par conséquent fort mal choisi: Voici les expressions du biographe de Ghéronée : « Il estoit,

lorsqu’il prit la résolution de mourir, parvenu à l’aage que rhomme est assez vigoureux pour vivre encore, et meur aussi pour mourir s’il veut : par quoi se sentant heureux d’estre parvenu au dessus de son entreprise, il se fit mourir à faute de prendre nourriture, en s’abstenant volontairement démanger : pour ce qu’il estimoit estre convenable que la mortmesme des grands personnages pôrtast quelque fruict h la chose publique, et que la fin de leur vie np fust non plus oiseuse, ne inutile que le demeurant, ains fust un de leurs actes plus méritoires, et de leurs plus vertueux exploits. » —, JVumaPompilius. Qn ignore le genre de mort de cet excellent roi J mais comme il avait au moins quatre-vingts ans, il est<probable qu’il mourut de vieillesse.

Solon. Ce sage Athénien mourut aussi a quatre-vingts ans, et on n’a aücuris détails sur ses derniers momens.

Puhlicola ( Valerius PuhUus ), l’un des fondateurs de, la république, mourut dans un âge avancé ^én sortant de sou quatrième consulat, et si paüvre qu’il fut fait une quête pour fournir aux frais de ses funérailles, qui furent suiviesod’un deuil publie., i

Thémistocle. Banni,d’Atlrènes par l’ostracisme, il se réfugia auprès du roi de Perse, qui voulut lui confier le commandement de ses armées. INfe,,voulant : ni combattre contre sa patrie, ni manquer à la leconnaissancer qu’il devait à Artaxercès, il s’empoisonna, ian 464 svant J. G., à l’âge de soixante-trois ans. Voibi encore un grand , homme qui, sans une impérieuse nécessité , se donne la mort. Nous ignorons de qnélle:espèc,e de:poison U se servit ;mais son action devait être, prompte et stupéfiante. . ;

Camille ( Marcus Furius Càrriillus ). La peste qui désola Rome 3 d 5 ans avant J. G., sous le consulat de Lucius Genetius. et de Quiriius Servilius Abala , fit .périr Gamille, qui avait été cinq fois dictateur. Plutarque nous dit : Que com^ bien que, pour avoir vescu assez longuement et avoir achevé un cours raisorinable die vie, il fust meur pour mourir, que homme le sçâufoit estre, fut néantmoins plus plainct et regretté par les Romains lui seul que, ne furent tous les autres ensemble qui moururent de la peste. »

Périclès. La peste qui régna a Athènes 429 ans avant J .G., fit mourir les enfans dg ce grand capitaine et homme d’état. Lui-même en fut attaqué, suivant Plutarque ,, encore qu’il soit permis d’élever des doutes, sur Is^ désignation de cette

tnaladie, cai ce que l’on va dire ne s’accorde point avec sa rapidité ordinaire. « Au reste, Périclès fut lors atteint de k peste, non pas si violen|;e, ni si aiguë que les autres, ains foibleët lente, et qui, par long traict de temps et avec plusieurs changemens, lui amortit peu à peu la force et vigueur dè son corps, et surmonta la gravité de son courage et de son bon jugement5 et pourtant Théophrastus, dans ses Morales, an lieu où il dispute si les mœurs des hommes se changent selon leurs aventures, et si les passions et afflictions du corps les peuvent tant altérer qu’elles les fassent issir hors des lices et bornes de la vertu, récite que Périclès, en ceste maladie, m'onstra un jour à un de ses amis qui l’estoit allé visiter, ne sçay quel charme préservatif que les femmes lui avoient attaché comme un carcan autour du col, pourllui donner à entendre qu’il estoit fort mal, puisqu’il enduroit qu’on lui appliquast une telle folie. A la fin, comme il Æut arrivé bien près de passer le pas de la mort, les plus gens de bien de la ville et ceux qui estoient demeurez encore vivans de ses amis, estans autour de son lîct, se mirent à parler de sa vertu et de la grande puissance et authorité qu’il avoit eue., en pesant la grandeur de ses faits et comptantte nômbrexles victoires qu’il avoit emportées; car il avoit gaîgné neuf batailles, estant capitaine'général d’Athènes, et en avoit érigé autant de trophées à l’honneur de son pays, et devisoyent de toutes ces choses entre eux , comme s’il ne les eust point entendues, pensant qu’il eust jà perdu tout sentiment. « Ce fut alors, et toujours d’après le récit de Plutarque, que Périclès', rompantde silencedit à ses-amis : Vous oubliez ce qu’il y a eu de plus beau dans ma vie, c’est que je n’ai onques

fait prendre le deuil a un Athénien. 4

Fabius. Maæirhus. Q.ûxi\ qui fut cinq fois consul, et qui eut lès surnoms dé temporiseür etde bouclier de Rome, mourut à près de cent ans, s’il faut-en croire Vaière-Maxime.

Æcibiàâes. Lorsqu’ilfiit proscrit par les tyrans d’Athènes, dans k première année de la94*olympiade,4o4 ans avantJ. C. , et à l’âge d’environ quarante-cinq ans , il était dans un bourg de Phrÿgîe avec la courtisane Timandre, Divers présages^ inventés sans doute après l’évènement, avertirent, dit-on, Alcibiades du danger de sa position et dés embûches que lui tendaient Magæus et Susanÿrae, exécuteurs des ordres de Pharnabaze. « Ceux qui furent envoyez pour le tuer n’eurent pas la hardiesse d’entrer dedans la maison où il estoit ; ains

mirent le feu tout à l’entour , et lui, soudain qu’il ouyt le bruit, assembla ce qu’il peut de vêtements, de tapisseries et autres draps qu’il jecta dessus le feu pour le cuider étouffer, et, entortillant son manteau a l’entour de son bras gauche, prit son espée nue en la main droite, et se jecta hors de la maison sans que le feu lui fist aucun mal, sinon qu’il lui bruala un peu ses habillements. Les barbares, sitost qu’ils l’apperceurent, se tirèrent en arrière et s’écartèrent, et n’y en eut pas un qui l’osast attendre, ni lè joindre de près pour le combattre, mais de loin lui tirèrent tant de coups de dard et de traict qu’ils le tuèrent en la place. Puis, quand ils se furent retirez , Timandre alla prendre le corps qu’elle enveloppa et ensevelit des meilleurs draps qu’elle eut, et lui donna sépulture le plus honorablement qu’il lui fut possible... Toutesfoys il y en a aucuns qui accordent tout le demourant de ce récit, excepté qu’ils disent que ce ne furent ni Pharnabazus, ni Lysander, ni les Lacédémoniens, qui le firent tuer j mais que, tenant avec lui une jeune femme de noble maison qu’il avoit débauchée et séduite, les frères d’elle ne pouvant supporter ceste injure, allèrent mettre le feu dedans la maison où il se tenoit, et qui le tuèrent, comme on l’a dit, ainsi qu’il cuidoit sauter et se jecter hors du feu. »

Coriolan(^CaiusMartius Coriolanus'). Plutarque dit qu’il fut massacré par les Volsques, qui crurent qu’en suspendant sa vengeance contre Piome, il les avait trahis. « Toutesfoys que ce meurtre n’ait point esté fait du sceu et consentement de la plus grande partie des Volsques, il apparoist de ce que force gens accoururent pour honorer le corps, lequel ils inhumèrent magnifiquement et ornèrent sa sépulture de force hariiois et force despouilles, comme celles d’un vaillant homme et d’un grand capitaine. » L’historien Fabius Pictor le fait mourir de vieillesse dans son exil, etTite-Live a partagé cette opinion.

Emile ( Paul- ), surnommé le Macédonique, et qui trionapha de Persée pendant son second consulat, était arrivé a plus de soixante ans quand il mourut l’an 168 avant J. C. Voici ce que Plutarque nous apprend sur les derniers jours de ce stoïcien Il tomba en une maladie, laquelle du commencement sembla bien dangereuse ; mais à la fin il n’y eut d’autre péril, sinon qu^elle fut longue et malaisée à guérir; et lui ayant les médecins conseillé qufil se retirast en une ville d’Ilaîie, qui se nommé Veiia, il s’embarqua sur mer et y alla.

où il demoura longuement, faisant sa résidence en des mai^ sous de plaisance, le long de la marine en grand repos et hors de tout bruit. Mais, pendant ce temps de son absence, les Romains le regrettèrent souvent ; et estant assemblez ez théâtres pour voir l’esbattement des jeux, jectèrent par plusieurs fois des cris par lesquels ils montrèrent grand désir de le revoir. Parquoi estant le temps escheu auquel il falloit nécessairement faire un sacrifice annuel, avec ce qu’il lui sembloit qu’il sé irouvoitjà-assez bien de sa personne, il s’en retourna àRomej où il fit le sacrifice avec les autres prestres , ayant le peuple espandu tout à.d’entour de lui, faisant grande et évidente démonstration de joye pour son retour; et le lendemain il;fit un autre sacrifice particulier pour rendre grâces aux dieux dit recouvrement de sa santé; puis, le sacrifice achevé,,il.s’eii retourna en sa maison, où il se mit a table, et sans qu’on:eust apperçu auparavant, ny qu’on se fust douté d’aucune altération ny changement .en sa personne, il lui prit tout soudain, une resverie et un desvoyement d’entendement, auquel il mourut trois jours après, n’ayant besoin, ny défaut de chose quelconque^ qu’on estime nécessaire à rendre les hommes dps' ce monde heureux ; car il ne fut pas jusques au convoÿ de ses funérailles qui ne fust très-honorable, et y fut sa vertu décorée de très-beaux et très-glorieux ornemens qui n’éstôient point d’or, argent, ny y voire, ny toute autre telle somptuor site d’appareil; ains l’amour et bienveillance et recongnoissance de tous ses bienfaits que monstroient avoir ènvers sa mémoire non-seulement ses concitoyens, mais aussi les ennemis, o?

TlmoZeon. Sa vieillesse, dit Plutarque , se maintenoit .en honneur avec l’amour et bienveillance d’un chacun , comme dhin père commun quand il lui survint quelque léger accident de maladie dont il mourut.... Les Syracùsains lui firent de magnifiques obsèques.^. « Finablement le lict .estant posé snr le bûcher où il devoit brusler, un bérault prononça d’une vois éclatante un décret dont la substance estoit telle : Le peuple de Syracuse a ordonné que ce présent corps de ïimolé.oû^ Athénien, fils de Timodemus, seroit inhumé aux despeus de la chose publique, jusques a la somme de deux raille escu's, et a honoré sa mémoire de jeux, de prix de musique, de courses de chevaux et d’exercices de corps , lesquelSi se celer breront annuellement au jour de son trespas , a tous jours->eI à jamais, et ce pour avoir chassé les.tyrans de la Sicile, avoir desfaict les barbares, repeuplé plusieurs grandes cités qui es.-

toient demourées désertes et désolées par les guerres, et fina- Jjlement pour avoir restitué aux Siciliens la franchise et liberté de vivre en leurs loix. » •

Pelopidas. Ce général thébain mourut 364 ans avant J, C., les armes à la main, et d’un coup de lance dans la poitrine, au sein de la victoire qu’il remporta sur Alexandre, tyran de Phères.

Marcellus{Marcus Claudius), surnommé l’Epée de la république y et cinq fois consul, fut tué par les Carthaginois, l’an 2oy avant J. G., à l’âge de soixante ans, en faisant une reconnaissance.

Aristide. « Quant à son trespas, nous rapporte Plutarque, les uns disent qu’il mourut au royaume de Pont, là où il avoit esté envoyé pour la chose publique ; les autres tiennent qu’il mourut de vieillesse dans la ville d’Athènes, grandement honoré, aimé et estimé de tous ses citoyens. Mais Cralerus le Macédonien a escrit de sa mort en ceste sorte : Après que Thémistocle s’en fut enfuy, ie peuple d’Athènes en estant devenu fier et insolent, fut cause de faire sourdre un grand nombre de calomniateurs, qui se mirent à charger et accuser faussement les premiers hommes et personnages de la ville , entre lesquels Aristides fut atteint de concussion, et pour n’avoir peu payer l’amende en laquelle il fut condamné, qui estoit de cinq cens escus, il fut contraint d’abandonner la ville d’Athènes, et qu’il s’en alla en Ionie, là où il mourut. » Mais Plutarque fait observer que ce récit n’est appuyé d’aucunes preuves, et que, dé son temps, on montrait la sépulture d’Aristides sur le-port Phalère.

Caton le Censeur ( Marcus Portius ) mourut à quatrevingt-six ans, en opinant pour la ruine de Carthage, l’an i48 avant J. G., emportant la réputation d’un homme ajuste, mais inflexible et implacable dans ses vengeances.

Philopœmen. Ce général des Achéeris étant tombé au pour voir des Messéniens , Dinocrate, qui les commandait, le fit empoisonner l’an i83 avant J. G. Après s’être informé du sort des siens, il prit froidement la coupe fatale, et la but d’un trait.

Blaminius ( lïtus Quintius ). Consul avant l’âge de trente ans , il soumit l’Epire, la Thessalie, la Phocide et la Lôeride. Plutarque nous dit qu’il mourut paisiblement dans sa maison, et de mort naturelle.

Pyrrhus, roi des Epirotes, fut tué:l’an 272 avant J. C.

Voici comment Plutarque rapporte les circonstances de sa mort quand il pénétra imprudemment dans Argos avec ses éléphans, qui empêchèrent, par leur masse, le déploiement des troupes, et paralysèrent jusqu’à l’usage de leurs armes- « Parquoy Pyrrhus, voyant ce trouble et ceste tourmente de ses gens, osta la couronne qu’il avoit dessus son armet laquelle le faisoit paroir de loin entre les autres, et la donna à un de ses familiers qui se trouva le plus près de lui ; puis se hanta la bonté de son cheval, se jecta sur les ennemis qui le poursuivoient ; si y en eut un qui lui donna un coup de javcr line à travers la cuirasse : toutes foys la bleceure n’en fut pas dangereuse ni grande. Parquoy il s’adressa à celui qui lui avoit tiré le coup, qui esioit un Ârgien de petite qualité, et fils d’une pauvre vieille femme, laquelle, à l’heure mesme, estoit montée sur les couvertures des maisons, comme toutes les autres femmes de la ville, pour voir le combat ; et, appercevant que c’estoit son fils que Pyrrhus vouloit choquer, elle eut si grande frayeur de le voir en ce point, qu’elle prit à deux mains une tuyle, et la jecta dessus Pyrrhus; la tuyle tomba au long de la teste, à la faute de l’armct, lui donna droit sur lechaignon du col, et lui en brisa les joinctures, dont il lui prit soudain une pasmoison telle , qu’il en perdit la vue sur l’heure ; les rênes lui cheurent des mains , et lui tomba de dessus son cheval en terre, sans qu’on sceust qui il estoit, jusques à ce que un certain Zopyrus et deux ou trois autres soldats., l’ayant recongnu, le traînèrent au dedans d’une porte, ainsi qu’il commençait à revenir de pasmoison. Si desgaigna ce Zopyrus une espée esclavonne qu’il portoit pour lui en couper la teste ; mais Pyrrhus le regarda , entre deux yeux, d’un regard si terrible qu’il l’effraya , et lui fit telleipent trembler la main de peur, qu’en ce trouble et cest effroy il ne donna pas droit où il failoit pour lui couper le col, ains l’asséna au menton, de sorte qu’il demeura long-temps à lui achever de trancher la teste.

Marins ( Caïus). Il était âgé de soixante-dix ans, et consul pour la septième fois, quand il cessa de vivre. « Il mourut, suivant Plutarque, d’une pleurésie, ainsi comme escrit le phb losophe Posidonius, lequel dit notamment qu’il entra dans sa chambre, ainsi qu’il estoit jâ malade , et parla 'a lui des affaires pour lesquelles il estoit venu en ambassade à Home- Toutefois un autre historien , Gaius Piso, escrit qu’un jour» après souper. Marins, se promenant.avec ses aipis, entra eu.

propos de ses adventures, commençant dès le commencement de sa vie, et qu’il leur conta tout du long combien de fois la fortune s’estoit tournée pour et contre lui, concluant à la fin que ce ne seroit pas fait en sage homme de se plus fier en elle ; après lequel discours il prit congé d’eux , et se mit an iict où il fut sept jours entiers malade, au bout desquels il mourut. 11 y en a qui disent que, dans une resverie qui lui monta au cerveau durant ceste maladie, il lui fut advis qu’il faisoit la guerre à Mithridate, et représentoit en son lict tous les mesmes gestes et les mesmes mouvemens de la personne, comme s’il eust esté en une bataille, criant, à pleine teste, les mesmes cris qu’il souloit crier quand il estoit au plus fort d’un fait d’armes. »

Ljsàndre. Ce général lacédémonien fut tué dans une bataille donnée contre les Athéniens l’an 366 avant J. C.

Sjlla (^Lucius Cornélius) mourut a soixante ans. « Sa vie dissolue, dit Plutarque, fut cause de lui augmenter sa maladie, légère du commencement; car il fut long temps sans s’appercevoir qu’il avoit une aposthume dedans le corps, laquelle , par succession de temps, vint à corrompre la chair, de sorte qu’elle la tourna toute en poulx, tellement que combien qu’il y eust plusieurs personnes après à l’épouyer nuict et jour, ce n’estoit encore rien de ce qu’on en ostoit au prix de ce qui revenoit, et n’y avoit vestement, linge, bain, lavatoire, ny viande mesme qui ne fust incontinent remplie du flux de ceste ordure et vilenie, tant il en sortoit; car il entroit plusieurs fois le jour dedans le bain pour se laver et nétoyer. Mais tout cela ne servoit de rien ; car la mutation de sa chair en ceste pourriture le gagnoit incontinent de vitesse, et n’y avoit moyen de nétoyer qui peust suffire à si grande quantité. On dit que jadis entre les prémiers hommes dont il soit mémoire, Acastus, fils de Pelias, mourut de ceste maladie de poulx , et long temps depuis le poète Alcmon et Phérécydes le théologien, aussi fit Callisihenes Olynihien estant détenu en prison, et Mutins, homme savant es lois, et s’il faut faire mention de ceux qui sont renommés, encore que ce soit pour nulle cause bonne, on trouve qu’un serf fugitif nommé Eûmes, celui qui suscita le premier la guerre des serfs en la Sicile, ayant esté pris et mené à Rome, mourut aussi de ceste même maladie. Au demeurant Sylla, non seulement prévit sa mort, mais aussi

en escrivit aucunement, et ne laissa pas de s’entremettre des affaires publiques. Dix jours avant son trespas, il pacifia une sédition qui s’estait émue entre les habitans de la ville de Poussol, et leur établit des statuts et ordonnances suivaut lesquels ils auroieut de la en avant à vivre et à se gouverner; et le jour de devant qu’il trespassast, estant adverti queGranius, qui devoit de l’argent a la chose publique^ difîérait de payer, attendant sa mort, il l’envoya quérir et le fit venir en sa chambre, là où si tost qu’il fut venu, il le fit environner par ses ministres, et leur commanda^ de l’estrangler devant lui : mais à force de crier après lui et de se tormenter, il fit crever l’aposthume qu’il avoit dedansde corps, et rendit grande quantité de sang : au moyen de quoy lui estant toute force faillie, il passa la nuict en grande agonie et puis mourut.... »

Cimon , fils de Miltiade, périt en Chypre a la tête de l’armée des Athéniens l’an 449 avant J. G. Voici ce que Plutarque nous en dit : « Il mourut au siège de Gitium,en;Çypre, comme aucuns disent, ou bien d’un coup qu’il reeeut dans une rencontre, comme disent les autres : et en mourant il commanda à ceux qui estaient sous sa charge, qu’ils s’en retournassent au pays sans éventer ny publier sa mort : ce qui fut fait si sagement et si dextrement qu’ils ;S’en retournèrent tous à sauveté, sans que personne des ennemis,, ny des alliés me-sraes s’en apperceut. Ainsi fut l’armée des Grecs, gouvernée et conduite par Cimon, encore qu’ilfust mort l’espace de trente jours comme l’escrit Phanodemus... »

LucuÙus {^Lucius Licinius). Sa vie fut une suite presque continue de prospérités jusques vers la fin de sa carrière qufil termina à l’âge de soixante-sept ou soixante-huit ans , lorsque l’exil de Cicéron et la défaveur dont Caton fut robjet j l’affligèrent également et le déterminèrent à se. retirer des affaires publiques. « Aucuns escrivent, dit Plutarque, qu’un peu devant sa mort l’entendement lui varia, s’afforblissant petit à petit : mais Cornélius Nepos dit que ee ne fut, point par vieillesse ni maladie qu’il se retourna^ mais par un poison que lui donna un sien affranchi, non à mauvaise intention, mais pensant qu’il s’en ferait plus aimer, et il lui troubla le sens tellement que, lui encore vivant, sou Marcus, comme son curateur, eut radministralion de ses biens. Ce néanlmoins quand il vint à mourir, encore fut-il

autant plainct et regretté de tout le peuple, comme s’il fust mort en la plus grande vogue de son crédit et de sa plus grande prospérité. »

Ce général athénien forcé de lever le siège de Syracuse, fut, au mépris d’une capitulation formelle, massacré avec son collègue Démoslhènes par les hahitans de cette ville l’an 4 i 3 avant J. C. « Si escritTimœus^ nous apprend Plutarque, que Nicias et Démoslhènes ne furent pas lapidés par les Syracusains, comme disent Thucydides et Philistus, ains qu’ils se desfirent eux mesmes pour l’advertissément que leur envoya faire Hermocrates , avant que l’assemblée du peuple fut rompue par un de ses gens que les gardes laissèrent entrer en la prison, mais que les corps en furent bien jectez et exposez à qui les voulut voir à l’entrée de la geôle. »

Crassiis {Marcus Licinius). Vaincu par les Parthes et attiré a une conférence par Surena, leur général, il fut traîtreusement assailli et périt les armes à la main l’an 53 avant J. C. La tête et la main droite de Grassus furent envoyées au roi Hyrodes jusqu’en Arménie , où il se trouvait alors.

Sertorius {Quintus). Perpenna, son lieutenant, aidé de quelques autres conjurés, l’assassinèrent en Espagne, au milieu d’un festin, l’an 75 avant J. C.

Eumènes ^Vnn des lieutenans et des successeurs d’Alexandre-le-Grand, livré par les Argyraspides, phalange de Macédoniens, a son ancien compagnon d’armes Antigonus, périt cruellement, l’an 3i5 avant J. C. « Finablement, dit Plutarque, quand Antigonus eut arrêté de le faire .mourir, il ordonna qu’on ne lui baillast plus à manger : et fut ainsi deux ou trois jours qu’on le menoit à sa fin ; mais il survint quelques nouvelles pour lesquelles le camp deslogea soudainement, à l’occasion de quoy Antigonus avant que partir envoya un homme qui l’acheva de tuer. Antigonus permit à ses amis d’eij prendre le corps et de le brusler, puis en recueillir les cendres et les os pour les envoyer à sa femme et à ses énfans. n - .

retournait à Sparte, sa patrie, après avoir affermi sur le trône, par deux victoires, le roi d’Egypte Nectanebus, quand il mourut. « Estant la mer tourmentée, dit Plutarque, comme en la saison d’hyver, Agesilaüs mourut par le chemin, ayant loulesfois gaigné la terre avec sés vaisseaux en un lieu désert de la coste de Libye, qui s’appelle le port de Menelaüs, ayant après avoir vescu quatre-vingts

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et Éfuatre ans, desquels il en avoit esté quarante et un rov de Sparte, et durant trente d’iceux, et plus, avoit tousjours^ continuellement esté estidié le plus grand et le plus puissant homme, et quasi comme capitaine général de toute la Grèce jusques a la journée de Leuctres. Au reste estant la coustume des Lacédémoniens, qu’ils inhumoient les corps de leurs citoyens qui décédoient hors du pays, au lieu mesmè où ils mouroient, et les y laissaient, excepté ceux des roys, qu’on rapportoit au pays, les Spartiates qui lors estoient à l’entour d’Agesilaüs, a faute de miel firent fondre de la cire sur son corps et le rapportèrent en ce point à Sparte. » Pompée ( Cneius Pompeius). Trahi par le jeune roi Piolémée, qui déféra à l’avis de ses perfides conseillers, il fut assassiné l’an 48 avant J.-C., âgé de cinquante-huit ans, suivant Valerius Paterculus, et d’un an de plus suivant Plutarque. Ce dernier nous dit ; « Ayans donc (Ptolémée et son conseil) arrêté entr’eux la mort de Pompeius, ils chargèrent de i’exécution Achillas ; lequel prenant avec soi un Septimius qui autrefois avoit eu charge sous Pompeius, et Salvius un autre centenier aussi, avec trois ou quatre autres satellites, se fit mener à la galère où estoit Pompeius, dedans laquelle s’estoient aussi rendus les principaux personnages de sa suite, pour voir que ce seroit. Mais contre leur espérance, ils ne virent que peu de gens qui venoient à eux dans une barque de pescheur, et ils commencèrent à suspecter le peu de compte qu’on faisoît d’eüx, et conseillèrent â Pompeius de tourner eu arrière et s’eslargir en haute mer, pendant qu’ils estoient encore hors la volée du traiet. Cependant la barque s’approcha, et Septimius se leva le premier et salua Pompeius en langage latin du nom d'imperator, qui est à dire souverain capitaine , et Achillas le salua aussi en langage grec, et lui dit qu’il passast dans sa barque, parce que le long du rivage il y avoit force vase et des bancs de sable tellement qu’il n’y avoit pas assez d’eau pour sa galère; mais en mesme temps on voyoit de loin plusieurs galères du roy qu’on armoit en diligence , et toute la coste couverte de gens de guerre tellement que quand Pompeius et ceux de sa compagnie eussent voulu changer d’avis, ils n’eussent plus sceu se sauver, et si y avoit d’avantage qu’en monstrantde se desfier, ils donnoient au meurtrier quelque couleur d’exe^ cuter sa méchanceté. Parquoi Pompeius prenant congé de sa femme Cornelia, laquelle déjà avant le coup faisoit les

lamentations de sa fin, il commanda à deux centeniers, un de ses affranchis et un esclave, qu’ils entrassent dans la barque de l’Egyptien avant lui. Et comme ja Achillas lui tendoit la main de dedans la barque, il se retourna devant sa femme et son fils, et leur dit ces vers de Scphocles :

g lui en maison de prince entre, devient erf, quoiqu’il soit libre quand il y vient.

Ce furent les dernières paroles qu’il dit aux siens, et voyant que, par le cbéràin/ qui estoit long, personne ne lui entamoit propos, il regarda Septimius au visage et lui dit : Il me semble que je te recognois pour avoir esté autrefois à la guerre avec moi. L’autre lui fit signe de la teste seulement qu’il estoit vray, par quoi n’y ayant plus personne qui dist mot, il prit en sa main un petit livret dedans lequel il avoit èsdrit une harangue en langage grec qu’il vouloir faire à Ptolomæus et sè init à-la lire. Quand ils vindrent à approcher de la terre, Çornelia avec ses domestiques et familiers se leva sur ses pieds, regardant en grande détresse quelle seroit l’issue. Si lui sembla qu’elle devoit bien espérer quand elle apperceut plusieurs gens du roy qui se présentèrent à la descente comme pour l’honorer; mais sur ce point comme il prenoit la main de son affranchi Philippus pour se lever plus à son aise, Septimius vint le premier par derrière qui lui passa son épée à travers le corps, après lequel Salvins et Achillas desgaignerent aussi leurs épées, et adonc Pompeius tira sa robe à deux mains àu devant de sa face, sans dire ne faire aucune chose indigne de lui, et endura vertueusement les coups qu’ils lui donnèrent en soupirant un peu seulement, estant âgé de cinquante-neuf ans, et ayant.achevé sa vie le jour ensuivant celui de sa nativité. Ceux qui estoient dedans les vaisseaux à la rade quand ils âpperceurènt ce meurtre, jectèrent une si gràndé^ clàmeur qu’on ,l’entendit jusqu’à la coste, et levant en diligencé lés ancres, se mirent à la voilé pour s’énfüyr. Â quoi leur servit le vent, qui-.se leva incontinent frais aussitôt qu’ils eurent gagné.,la haute mer, dé manière quéles Egyptiens qui s’appareillpiént pour voguer après etix , s’eh,déportèrent, et ayant coupé la tête, jectèrent le tronc hors de là barque^ Philippus resta toujours auprès jusques a ce que les Egyptiens fussent assouvis de le regarder; püis l’ayant lavé de l’eau de la mer et enve-

loppé d’une sienne poure chemise, parce qu’il n’avoit autre chose, il chercha au long de la greve où il trouva quelques pièces d’un vieil bateau de pescheur qu’il recueillit pour brusler ce qui restoit du corps. Ainsi comme il les assembloit il survint un Romain homme d’aage , qui en ses jeunes ans avoit esté a la guerre sous Pompeius. Si lui demanda : Qui es tu, mon ami, qui fais ces apprest? Philippus lui respondit qu’il estoit un affranchi de Pompeius : Ha, dit le Romain , tu n’auras pas tout seul cest honneur, et reçois moi pour compagnon, afin que je n’aye point occasion de me plaindre de m’estre habitué au pays estranger, ayant en récompense de plusieurs maux que j’y ai endurez, rencontré au moins la bonne adventure de pouvoir toucher avec mes mains et aider à ensevelir le plus grand capitaine dés Romains. »

Alexandre-le Grand. Il mourut à Bahylone, âgé d’environ trente-deux ans, 3^4 avant J. Ç., épuisé par son intempérance et ses débauches. Voici ce que dit sur sa fin Plutarque, qui n’est pas, au reste, d’accord ^r ce point avec tous les historiens dont les témoignages ont été pesés avec tant de sagacité et d’érudition par le baron de Sainte-Croix : « Alexandre s’estant un jour estuvé, comme de costume, ainsi qu’il se vouloir endormir, Médius, l’un de ses capitaines, le pria de venir à un banquet qu’il faisoît en son logis ; il y alla, et beut tout ce soir et le lendemain, tellement qu’il en prit la fièvre, non pour avoir beu la coupe toute entière d’Hercules , comme quelques-uns escrivent, ne pour avoir tout soudainement senti une grièvedouleur entre les deux espaules, ne plus ou moins que qui lui eust donné un coup de lance; car ce sont choses controuvées à plaisir et faussement escrites par aucuns, qui ont voulu rendre l’issue de ceste tragédie, par manière de dire plus lamentable et plus pitoyable : mais Aristobulus met qu’ayant une fièvre violente et une altération extrême, il beut du vin , dont il commença à entrer en resverie, et à la fin en mourut au trentième jour du mois de juin ; et au papier-journai de sa maison, où est descrit par le menu tout ce qü’il faisoit à chaque jour, il y a que, le dixhuitième de juin, il dormît dedans l’estuve,^our ce quil eut la fièvre. Le lendemain, après s’estre lavé et estuvé, il s’en alla à sa chambre, et passa tout ce jour, chez Médius, à jouer aux dez j puis, le soir, bien tard, après s’estre bagué et avoir sacrifié aux dieux, il mangea , et eut la fièvre la nùict ; le

vingtième, s’estant derechef bagne et ayant faict son sacrifice ordinaire aux dieux, il se mit à table dans i’esluve mesme, escoutant cependant INearchus qui lui conloit de sanavigatioa et des choses qu’il avqit vues en la grande mer Océane; le vingt et unième jour ayant faict de mesme, il se trouva encore plus enflammé que jamais, et se sentit fort mal, la nuict, d’une grosse fièvre, et tout le jour ensuyvant, auquel il se fit remuer et porter son lict au long du grand vivier, la où il devisa avec ses capitainestouchant quelques places vacantes en son armée, leur commandant de n’y mettre point d’hommes qui ne fussent bien esprouvez. Le vingt et troisième, ayant la fièvre fort grosse ,11 se fit porter aux sacrifices, et ordonna que ses principaux capitaines demourassent dedans son logis seuls, et.que les autres moindres veillassent et.fissent le guet au dehors. Le vingt èt quatrièmey il se fit porter en l’autre palais royal, qui est de la le lac, où il dormit un petit, mais la fièvre le lascha oncques; et, quand ses capitaines vindrent pour lui faire la révérence etle saluer, il ne parloit pilus : autant en fit41 le vingt et cinquièjne , 4® sbrte que les Macédoniens' pensèrent qu’il fust mort, à raison de quoy ils vindrent hatire aux portes du palais et crier en menaçant ses plus privez amis, de façon qu’ils lés forcèrent de leur ouvrir, et passèrent un a un en saye au long de son lict. Ce jour-la . Python et Seîeucus furent envoyez au temple de Sérapis pour s’enquérir s’ils y porteroient, Alexandre. Le dieu leur, respondit qufils le-laissassent,où il estoit, et il y mourut le vrngt^ huitième, sur le soif.^isi n’yÆuty sur l^heure, suspicion aucune qu’il eut esté empoisonné ; mais oh dit qùe, sif ans après, il s’en descouvrit quelque indice, a raison de quoy sa mère Olympias fît mourir beaucoup de gens, et jetfa au vent les cendres d’Iolas auparavant oecédé, pour ce qu’on disoit que c’estoit lui qui lui avoit baille à boire le poison. Ceux qui tiennentquece fut Arisiotequi conseilla à Antipater de ce faire, disent qu’un Agnothemis le raconta d’après le roy Antigonus, et fut le poison une; eau froide comme glace, qui distille d’une roche au territoire de la ville de Nonacris , et la recueille-î-on ne plus ne moins qu’une rosée dedans la corne du pied d’un asne , parce qu’il n’y a autre sorte de vaisseau qui la puisse contenir, tant elle est extrêmement froide et perçante. Les autres maintiennent que tout ce que l’on conte de cest empoisonnement est faux, et allèguent, pour le prouver, un argument ijui n’est pas petit ; c’est.qne les principaux ca-

pitaines, incontinent qu’il eut rendu l’esprit, enirèrent en grande discussion, a raison de laquelle le corps demoura par plusieurs jours tout nud sans estre ensevely au pays chaud et estouffé, et néantraoins jamais n’apparut signe aucun sur le corps qui donnast suspicion ni conjecture de poison; ains se maintint toujours net et frais et entier. »

Jules César (Caius Julius). Nous avons, dans un autre écrit, Recherches sur la vie et le genre de mort des empe^ reurs romains , parlé de César, mais trop brièvement, et nous réparons ce tort en rapportant ce que Plutarque nous apprend sur sa fin. « Ainsi, comme César entra dans le sénat, tout le monde se leva par honneur, et adonc plusieurs des conjurez se mirent derrière sa litière; les autres lui allèrent ^ l’encontre de front, comme voulant intercéder pour Marcellus Cimber,qui requéroit le rappel de son frère estant en exil, et le suivirent ainsi en le priant tousjours jusques à ce qu’il -se.fust assis; et, comme il rejettoit leurs prières, d’autant plus ils le pressoient : à la fin Metellus, lui prenant sa robbe à deux mains, la lui avalla d’alentour du col, qui estoit le signe que les conjurez avoient pris pour mettre la main sur lui. Adonc Cassius lui donna par derrière un coup d’espée au long du col; mais le coup ne fut pas grand ni mortel, parce que, s’estant troublé, comme il est vraisemblable, à l’entrée d’une si hardie et si périlleuse entreprise, il n’eut pas la force et l’asseurance de l’asséner au vif. César, se retournant aussitôt vers lui, empoigna son espée qu’il tint bien ferme, et tous deux se prirent à crier : Le blessé , en latin : O traistre, meschant Gasca, que fais-tu? Et celui qui l’avoit frappé, en grec: Mon frère, aide-moi. Au commencement de l’émeute, les assistants qui ne savoient rien de la conjuration furent si estonnez et si espris d’horreur de voir ce qu’ils voyoient, qu’ils ne sceurent onquea prendre parti ni de s’enfuir, ni de le secourir, non pas seulement d’ouvrir la bouche pour crier; mais ceux qui avoient conjuré sa mort l’environnèrent de tous costez , les espées nues en leurs mains ; de sorte que, de quelque part qu’il se retournast, il trou voit tousjours quelques-uns qui le frappoient et lui présentoient les espées luisantes aux yeux, et lui se déraenoit entre leurs mains ne plus ne moins que la beste sauvage acculée entre les veneurs; car il estait dit entr’eux que chacun lui donneroit un coup, et participeroit au meurtre : à l’occasion de quoy Brutus mesme lui en donna un a l’endroit des parties naturelles ; et y en a qui

disent qu’il se défendit tousjours, et résista aux autres , en iraisnant son corps ça et la, et en criant a pleine voix jusques à ce qu’il aperceust Brut-us l’espée déguainée en la main j car alors il tira sa robbe à l’entour de sa teste sans plus faire de résistance, et fut poussé, ou par cas d’adventure, ou par exprès conseil des conjurez , jusques contre la base sur laquélle estoit posée l’image de Pompeius qui en fut toute en-~ sanglantée ; de manière qu’il sembloit proprement qu’il présidas! à la vengeance. On dit que César fut frappé de vingttrois coups , et que plusieurs des conjurez s’eniré-blessèrent eux-mesmes. n Le médecin Antistius examina les blessures de César, et on lit dans Suétone ( Vita divi Julii Cœsaris ) : Nec in tantis vulneribus Antistius medicits existimàbat lethale ullum repertum esse , nisi quod secundo loco in pectore acceperat. »

BJiocion. Ce grand capitaine, orateur et homme d’état, fut condamné unanimement à-la mort dans une assemblée des Athéniens l’an 3i 8 ou-3i9 avant J. C. Phocion avait alors plus de quatre-vingts ans, et sa constitution robuste lui permettait encore de supporter les fatigues de la guerre. Après qu’il eut bu la ciguë avec la résignation de Socrate, le peuple voulut que son corps fût banni-de l’Altique, et défendit aux Athéniens d’allumer du feu pour les funérailles. « Un pauvre homme, nommé Conopion, dit Plutarque, qui ayok accoustumé de gagner sa vie a cela, prit le corps, et l’emporta delà la ville d’Eleusine ; et , prenant du feu sur la terre des Mégariens , il le brusla : et y eust une dame de Mégare, laquelle, se rencontrant de cas d’adventure a ses funérailles avec ses servantes, releva un peu la terre ‘a l’endroit où le corps avoit esté ars et bruslé ; et enfin, comme sur un tombeau vuide, elle respandit les affusions accoustumées ; puis recueillant les os, elle les porta dans son giron, la nuict, en sa maison, et les enterra auprès de son foyer , en disant : Ah ! cher foyer, je dépose en ta garde les reliques d’un homme de bien, et je te prie que tu les conserves fidellement pour les rendre un jour aux sépultures de ses ancestres quand les Athéniens viendront à recognoistre la faute qu’ils ont faite en cest endroit. » Athènes se repentit bientôt en effet de son injustice ; elle éleva une statue à Phocion , et fit périr son accusateur.

Caton d'Utique. Après la bataille de Pharsale, ce rigide républicain s’enferma dans Utique, avec la résolution de se donner la mort. Quand il eut repoussé les prières de son fils

et Je ses amis* qui reiigageaieûi à vivre, et qu’il eut pris congé d’eux , il se fit rendre son épée. « Il la desguina, dit * Plutarque, et regarda si la pointe en estoit bien aiguisée et le fil bien tranchant; ce que ayant trouvé, je-suis, dit-il, maintenant à moi. » Il reprit la lecture du Phédon de Platon , qu’il lût deux fois, puis il s’endormit. A son réveil, il ordonna à un de ses affranchis d’aller au, port pour savoir si ceux de son parti qui s’étaient enfermés avec lui dans ütique en étaient sortis. On vint lui dire qu’ils avaient mis à la voilcj mais que la mer était très-orageuse, ce qui le fit soupirer. Il envoya de nouveau le même affranchi s’informer si, parmi ceux qui étaient embarqués, il n’y en avait pas qui fussent rentrés dans le port, et qui eussent quelque chose à lui dire. Au lever de l’aurore, Caton s’endormit. Son affranchi vint presque aussitôt lui dire que la mer était calme et tout tranquille au port. Il parut satisfait, lui fit signe de sortir, lui recommanda de fermer la porte, et sembla vouloir continuer de dormir; mais a peine son affranchi fut-il sorti, qu’il se perça de son épée. En tombant il renversa une table géométrique qui était près de lui : son fils et ses amis accoururent au bruit et le trouvèrent baigné dans son sang. On profita de l’évanouissement où il se trouvait pour panser sa blessure; mais dès qu’il eut reprisses sens, il repoussa le médecin, arracha le pansement, agrandit sa plaie, et même, suivant Plutarque, il déchira .ses entrailles de ses propres mains et expira. Ce fut dans la quarante-neuvième année de son âge, et l’an 44 J.-G.

Agis et Cléomène sont réunis par Plutarque dans un même article. —- Agis. — Ce vertueux roi de Sparte fut arraché d’un temple où il s’était réfugié, traîné en prison et étranglé par les ordres d’un éphore, vers l’an 241 av. J.-G., pour avoir voulu réformer des abus dans l’intérêt du peuplée Avant de subir son supplice, il dit à un des assislans qui pleurait ; « Mou arni, ne te tourmente point par pitié de moi, car je suis plus homme de bien que ceux qui me font mourir si mescbamment et malheureusement : et en disant ces parolles bailla volontairement son col au cordeau. » Cléomènes i, roi des Lacédémoniens, comme Agis, mais prince cruel et sans foi, se perça de son épée, l’an 4^® avant J.-C., dans un accès de pbréiiésie.

Gracchus {Tiberius et Caius). Tous deux, frères et tribuns du peuple, furent tués au moment où ils faisaient exécuter la

loi agraire et triompher le parti populaire. Tibérius succomba le premier l’an i33 avant J.-C., et Caius ne lui survécut qu’environ douze heures.

Démosthènes. Aniipater s’étant rendu maître de la Grèce DémosthènesseretiraàCaiaurie, dans un temple de Neptune, d’où Ârchias, dit Phigodothéras, ou le limier des fugitifs, accompagné de quelques soldats, essaya de l’arracher, d’abord par des promesses, ensuite par des menaces. Alors Démosthènes sucs le stylet de ses tablettes qui renfermait un poison trèsactif, se couvrit de son manteau et pencha la tête. Sentant à ses-souffrances qu’il était près d’expirer, il se releva et s’écria ; « O Neptune! je sors de ton temple encore vif pour ne le propbaner de-ma mort; mais Antipater et ses Macédoniens n’ont pas espargné ton sanctuaire qui ne l’ayent poilu de meurtre, n En finissant ces mots il demanda qu’on le soutînt parce qu’il chancelait, et enfin il tomba mort au pied de l’autel. Cet événement eut lieu.322 ans avant J.-G. Quelques historiens prétendent que Démosthènes fut frappé de mort subite par une faveur spéciale des dieux ; mais Plutarque, dans son parallèle entre Démosthènes et Cicéron, dit que l’orateur athénien eut recours en se donnant la mort à un autel plus inviolable que celui de Neptune.

Cicéron (Marcus Tullius'). Proscrit par les triumvirs, il fut atteint près de l’une de ses maisons de campagne, sur le bord de la mer, par le centurion Hèrennius,.etPopiliusLéna, capitaine de mille hommes , qu’il avait autrefois défendu de l’accusation de parricide. « Cicéron, dit Plutarque, les sentant venir, commanda à ses serviteurs qu’ils posasseat sa litière, et prenant sa barbe avec sa main gauche, comme il avoit accoustumé, regarda franchement les meurtriers au visage, ayant les cheveux et la barbe tous hérissés et poudreux et le visage desfait pour les ennuis qu’il avoit supportez, de maniéré que plusieurs des assistans se bouchèrent les yeux pendant que Hérennius le sacrifioit : si tendit le col hors de sa litiere, estant aagé de soixante et quatre ans, et lui fut la teste coupée, par ordre d’Antonius, avec les deux mains desquelles il avoit escrit les oraisons philippiques.contre lui. »

Démétrius, surnommé Poliorcète, ce qui veut dire preneur et même destructeur de villes^ fils d’Antigone, l’un des successeurs d’Alexandre, passe pour être mort l’an 286 avant J.-G., d’une apoplexie, suite de l’intempérance a laquelle il s’éîait livré, comme pour s’étourdir sur ses malheurs et la

perte du trône. Plutarque le fait mourir d’une maladie qui eut quelque durée.

Antoine {Marcus Antonius). Il touchait au terme de sa carrière politique et de sa vie , lorsque Octave vint Tattaquer sous les murs d’Alexandrie. Marc Antoine retrouva un instant son coura{»é : il fit une sortie à la tête de sa cavalerie, chargea celle d’Octave avec impétuosité, et la battit coraplèteraent; mais dans la suite, abandonné par ses troupes et la flotte égyptienne, et se croyant trahi par Cléopâtre, il se livra tout entier au désespoir. Il courut même au palais de cette reine, qu’il avait adorée, pour tirer d’elle une vengeance à laquelle elle se déroba par la fuite. Ne pouvant forcer l’asile inexpugnable de Cléopâtre, il appela Eros, son plus fidèle serviteur, pour qu’il acquittât la promesse qu’il lui avait faite de le tuer quand il le lui ordonnerait. Celui-ci, feignant de lui obéir, lui dit de détourner la tête, et, se frappant luir même, tomba mort a ses pieds. Marc Antoine se jeta alors sur son épée et s’en perça. Sentant qu’en perdant son sang il allait bientôt cesser de vivre, il désira voir encore Cléopâtre pour lui dire un dernier adieu, et il se fil porter au pied d’un édifice qu’elle destinait à être son tombeau, et où elle s’était réfugiée. La reine, qui vit des créneaux ce tragique spectacle, aidée par deux de ses femmes, tendit à Marc Antoine des cordes au moyen desquelles il fut hissé dans le palais. S’affaiblissant de plus en plus, il exprima à Cléopâtre des sentimens pleins de tendresse, lui donna vainement d’utiles conseils, et expira dans ses bras à l’âge de cinquante-six ans, trente ans avant J.-C. Plutarque lui fait dire entre autres choses à Cléopâtre dans l’instant fatal. « Qu’elle ne se lamentàst point pour la misérable mutation de sa fortune sur la fin de ses jours, ains qu’elle l’estimast plutôt heureux pour les triomphes et honneurs qu’il avoit receus par le passé, et parce qu’il n’avoit esté vaincu, lui Romain, que par un Romain aussi. »

Cléopâtre, réservée pour orner le triomphe d’Octave, sut par une mort volontaire prévenir cette infamie, et mérita. qu’Horace dît d’elle :

. .. Qucb genemsius

Perire quœrens, nec muliebriler Pxpafit ensem, neclatentes Classe cita reparauit oras.

Ausa 6t jüccnlem visere iiegiam

Vullu setenoforlis , et asperas Traclare serpentes, utatrum Corpore combiberet venenum,

Deliberata morte ferocior, etc.

Artaxerce , surnommé Memnon par les Grecs, à cause de sa grande mémoire, et le même qui fut vainqueur de Cyrus, mourut à quatre-vingt-quatorze ans. On dit que le meurtre de son fils naturel Arispe abrégea la carrière, quoique fort longue, de ce prince, qui eut de grands talens, et dont on célébra d’autant plus les vertus que son successeur et fils, Ochus le fratricide, fut le plus cruel des hommes.

Dion^ capitaine et gendre de Denys l’ancien, chassa de Syracuse Denys le tyran, et rendit de grands services à sa patrie. Il fut assassiné l’an 354 J.-C. par les ordres de

Callippe, qu’il croyait son ami. Voici ce que dit Plutarque à ce sujet : « Gomme Dion estoit assis devisant avec aucuns de ses amis en sa chambre où il y avoit plusieurs licts à se seoir, des soldats environnèrent la maison, d’autres se mirent aux huys.et aux fenestres, et ceux qui dévoient mettre la main sur lui, qui esîoient Zachynthiens, entreront dedans tous en saye, sans espée. Si tôt qu’ils furent entrez, ceux de dehors tirèrent les portes après eux et les tindrent fermées sur Dion, taschant à l’estrangler et l’estouffer 3 mais ils virent qu’ils ne pouvoient, ils demanderont une espée. Personne de dedans n’osoit s’entremettre d’ouvrir les portes, encore bien qu’ils fussent plusieurs avec Dion 5 car chacun d’eux pensoit qu’en le laissant tuer il sauveroit sa vie, et par ainsi ne l’oserent secourir. Si furent les meurtriers long-temps h attendre sans rien faire. A la fin il y eut un Syracusain nommé Lycon qui tendit une dague par la fenestre à l’un des soldats, de laquelle ils lui coupèrent la gorge. »

Brutus {Marcus Junius'). Cet homme d’état, qui fut aussi philosophe et habile guerrier, succomba honorablement sur le champ de bataille de Philippes, en Macédoine, l’an 712 de Rome. Comme les plus braves des siens se firent tuer pour sauver sa vie, il ne voulut point leur survivre et se perça de son épée : Brutus avait alors quarante^quatre ans. Voici comme Plutarque raconte sa mort : « La nuict estant desja bien avancée, Brutus s’inclinant devers Clytus l’un de ses domestiques, ainsi qu’il estoit assis, lui dit quelques mots tout bas a l’oreille : l’autre ne lui respondit rien, mais se mit à pleurer. Par quoi il attira son escuyer Dardanus, auquel il

(lit aussi quelques paroles ; et à la fin il s’adressa à Voluicnius en langage grec ; et le priant en mémoire de l’estude des lettres et des exercices qu’ils avoient pris ensemble, qu’il luj. voulût bien aidera se tuer. Il rejetta ceste prière, et aussi firent les autres desquels il y en eut un qui dit qu’il falloit s’enfuir. Alors Brutus se levant : Il s’en faut fuir voireinent, dit-il mais non pas avec les pieds ; et touchant à tous en la main j il ajousta d’un joyeux visage : je sens en mon cœur un grand contentement de ce qu’il s’est trouvé que pas un de mes amis ne m’a failli au besoin , et ne me plains point de la fortune, sinon en tant qu’il touche à mon pays; car quant à moi, je nie réputé plus heureux que ceux qui ont vaincu , non-seulement pour le regard du passé, mais aussi pour le présent; attendu que je laisse une gloire immortelle de vertu, la quelle nos ennemis victorieux ne sçauroient jamais, ni par armes ni par argent, acquérir ni laisser à la postérité, qu’on ne die lousjours, qu’eux estans injustes et meschans, ont desfait des gens de bien, pour usurper une domination tyrranique, qui ne leur appartient point. Cela dit, il les admonesta , et pria chacun d’eux qu’ils se voulussent sauver, puis se lira un peu à l’escart avec deux ou trois seulement, desquels étoit Straton, qui estoit premièrement venu a sa cognoissance par l’estude de la rhétorique; il approcha le plus près de lui, et prenant son espée à deux mains par le manche, se laissa tomber de sou haut sur la pointe et se tua ainsi. Les autres disent que ce ne fut pas lui qui tint l’espée, mais que ce fut Straton à son instance et prière qui la lui tendit en tournant le visage d’autre costé, et que Brutus se jetta de grande roideur dessus, tellement que s’étant percé d’outre en outre par le milieu de l’estomac , il rendit l’esprit tout incontinent. »

Aratus ■, de Sicyone, fut attiré à la cour de Philippe II, roi de Macédoine, avec toutes les marques de déférence imaginables , et dans l’intention de le faire périr, ce qui eut lieu l’an 2 i 4 avant J.-G. k Le roi n’osant attenter lui-même a la vie d’Aratus, en chargea un de ses affidés capitaines nommé Taurion, en lui recommandant, dit Plutarque, d’exécuter cet ordre par le plus secret moyen possible, mesraement le poison et en son absehcè. Ce capitaine prit familiarité avec Aratus et lui donna en effect du poison, non point fort m violent, ains de ceux qui émeuvent au dedans une chaleur lente, avec une petite toux, et qui petit a petit rendent la personne phthisique. Aratus s’apperceut bien qu’il estoit etm-

poisonné; mais pour ce qu’il vojoit qu’il n’eust rien gaignéà le descouvrir, il l’endura patiemment sans dire mot, co'mme si c’eust esté une maladie naturelle, sinon qu’une fois estant l’un de ses plus pivezet féaux amis en sa chambre qui s’esmerveilloit de lui voir cracher du sang, il lui dit : «Cephalon, c’est le fruict de l’amitié des roys, » et mourut de cette sorte en la ville d’Ægium, estant pour la dix-seplièrae fois capitaine général de la confédération des Achéens. «

Galba ( Servius Sulpitius ) fut assassiné pour la fierté et la dureté de son caractère, l’an 69 de J.-C,, par la garde prétorienne, qui porta sa tête à Othon, qu’elle lui donna pour successeur.

Othon {Marcus Sergius Otho). Vaincu par Vitellius, il résolut de se donner la mort. Après qu’il eut pourvu à la sûreté des sénateurs qui lui étaient dévoués, il se retira dans son appartement. « Quand se vint le soir, dit Plutarque, il eut soif et beat un peu d’eau; et ayant deux espées, fut longtemps à en essayer le fil. A la fin il en rendit une et retint l’autre entre ses bras : puis commença a reconfortér ses serviteurs et à leur, distribuer libéralement son argent, aux uns plus, aux autres moins, ne le jettant point prodigalement sans considération, comme deniers appartenans desja a autrui , ains y gardant diligemment proportion et mesure, selon le mérite dechascun : puis après lés avoir renvoyez, il se reposa et s’endormit tellement, tout le reste de la nuict, et si profondément qu’on l’entendoit ronfler. Le matin il appela un sien affranchi duquel il s’estoit servi pour faire retirer et sauver les sénateurs^et l’envoya voir s’ils s’en estoient tous allez : et entendant qu’ils estoient partis et avoient eu tout ce qu’ils avoient voulu : « Or sus , lui dit-^il, advise maintenant toi-mesme à te monstrer aux soldats, si tu ne veux qu’ils te tuent, pensans que tu m’auras aidé a me donner la mort. » Puis aussitost que son affranchi fut parti, il prit son espée à deux mains, et en dressant la pointe contre son estomac , se laissa tomber dessus de son haut, sans autre démonstration de sentiment de douleur, sinon qu’il jettâ un soupir, a quoi ceux de dehors cognurent bien qu’il s’estoit outré. Si se prirent incontinent ses domestiques â crier, et aussitost le camp et toute la ville fut pleine de pleurs et de lamentations. Les soldats accoururent soudain avec grand bruit à la porte de son logis, l'a où ils le plorèrent en grand regret et grand dueil, s’entredisant les uns aux autres qu’ils

estoieat bien lasches d’avoir fait si mauvaise garde de leu^ empereur, et de n’avoir pas erapesché qu’il ne se toast pour l’amour d’eux : si n’y en eut pas un qui partît d’auprès de sou corps, combien que les ennemis approchassent fort. Ains l’ayant honestement enseveli et bâti un chantier de bois, le convoyèrent en armes au feu de ses funérailles, se tenans bien heureux ceux qui pouvoient les premiers aider a le porter : les uns s’approchans a genoux lui baisôient sa plaie ; les uns lui prenoient et baisôient les mains; les autres qui ne pouvoient approcher l’adoroient et lui faisoient la révérence de loin; et y en eut qui, après qu’on eut mis le feu dedans le buscher, se tuerent eux mesmes, sans qu’ils eussent reçu aucun bienfait d’Othon, au moins dont on eust cognoissauce, ni qu’ils eussent occasion de rien craindre de celui qui estoit resté victorieux. » Nous avions déjà traité assez au long de la fin d’Othon , dans nos Recherches sur la vie et le genre de mort des empereurs romains, en prenant principalement Suétone pour guide.

Nous croyons devoir prévenir que les vies d’Annib’al et de Scipion l’Africain n’ayant point été traduites du grec, mais d’après une version latine, et mises en français par Charles de L’Ecluse, nous ne citerons point le texte de ce traducteur, dont le style est loin d’avoir le charme de celui d’Amyot.

Aimibal, fils d’Amilcar Barcas, naquit l’an a/j.? avant J.-G. Polybe , après l’avoir proposé pour modèle à tous les généraux, dit de lui : « Quel homme ! quelle habileté dans l’art de conduire les armées! Qu’une grande âme est digne de notre admiration, lorsque la nature la rend propre à exécuter tout ce qu’il lui plaît d’entreprendre. » Montesquieu ne lui est pas moins favorable, alors qu’il en parle de la sorte î « Quand on considère celte foule d’obstacles qui se présentèrent devant Annibal, et que cet homme extraordinaire les surmonta tous, on a le plus beau spectacle que nous ait fourni l’antiquité. » Le plus grand capitaine des temps modernes regardait aussi Annibal comme le plus grand homme de guerre de l’antiquité. Nous l’entendîmes un jour,/a bord de VOrient, pendant la traversée qui le portait en Égypte, énoncer et motiver ce jugement. D’abord il admirait le talent avec lequel Annibal avait su conduire d’énormes masses d’hommes de tarit de pays divers et si différeris de mœurs et de langage. Il faisait observer que nous ne connaissions d’ailleurs Annibal que par les récits des historiens romains et en particulier de Tite«

Live, qui n’entendait rien au métier des armes. Enfin il disait que ce grand militaire avait évidemment succombé sous le poids de l’envie de ceux qui s’étaient emparés du maniement des affaires de Carthage. Ici il s’abandonna à une sortie contre le Directoire, dans laq;uelle il s’écarta de la décence qu’il mettait d’ordinaire dans ses discours. Quoi qu’il en soit, Annibal, proscrit et fugitif, déplorait encore plus le sort de sa patrie que le sien, quand il détermina Antiochus, roi de Syrie, à poursuivre la guerre contre les Romains, et il fut chargé du commandement de la flotte. Les Rhodiens, alors alliés de Rome, disputaient l’empire de la Méditerranée a Antiochus. Annibal leur livra, sur la côte de Pamphilie, un combat dont il serait sorti victorieux, s’il n’eût été abandonné, au commencement de l’action, par un amiral syrien nommé Apollonius ; mais il couvrit ce non-succès par une retraite habile, et les Rhodiens n’osèrent le poursuivre. Cependant Antiochus se vit bientôt réduit à négocier avec les Romains une paix peu honorable pour lui. Ceux-ci insistaient pour que le monarque syrien leur remît Annibal, et ce prince eut assez peu de générosité pour prendre l’engagement de le leur livrer. Lé général carthaginois conçut quelque méfiance, se réfugia dans i’île de Crète, et de là en Arménie. Straboti est le seul des anciens historiens qui dise qu’Annibal trouva un asyle à la cour du roi Artaxias ou Artaxas. Ce qu’il y-a de certain, c’est qu’il fut attiré en Bithynie par le roi Prnsias, ennemi secret des Romains. Annibal devint l’âme d’une ligue puissante de divers princes contre Eumène, roi de Pergame et l’allié de Rome. Généralissime de cette confédération, Annibal remporta plusieurs victoires sur terre et sur mer. L’Asie n’en tremblait pas moins au seul nom de Rome , et Prusias ayant reçu, de la part du sénat, des ambassadeurs qui venaient demander qu’on leur livrât Annibal ou qu’on le fît périr, le roi eut la lâcheté d’obtempérer à cette infâme exigeance; mais Annibal eut recours à un poison qu’il portait toujours dans sa bague, et il conserva jusqu’au dernier soupir son grand caractère. « Délivrons les Romains, dit-il, de la terreur que leur inspire un vieillard dont ils n’osent pas même attendre la mort. Ils eurent autrefois la générosité d’avertir Pyrrhus de se garder d’un traître qui voulait l’empoisonner; ils ont aujourd’hui la bassesse d’envoyer un personnage consulaire pour solliciter Prusias de faire périr par

un crime son hôte et son ami. » Annibal cessa de vivre a l’âge de 64 ans, i83 ans avant J.-C.

Scipion (Puhlius Cornélius^., surnommé l’Africain, vain-' queur d’Annibal, de Syphax et de Carthage, fut accusé de malversations par les tribuns du peuple. Ce grand homme, auquel les Romains avaient offert de le créer consul et dictateur perpétuel, ne se refusa point à produire sa défense. Comme ses accusateurs, au lieu d’articuler des faits et d’en fournir les preuves, se répandaient en reproches et en injures contre lui, il se contenta, le premier jour, de faire avec simplicité la narration de ses exploits, qui fut écoutée et accueillie avec la plus grande faveur. Le second jour fut encore plus glorieux pour lui : « Tribuns du peuple, dit-il, et vous citoyens, c’est a pareil jour que j’ai vaincu Annibal et les Carthaginois : venez, Romains, allons au Capitole en rendre aux dieux de solennelles actions de ^grâces. » L’affaire fut appelée une troisième fois; mais Scipion s’était retiré à Linterne, dans la Campanie, près de Naples, où, a l’exemple de plusieurs anciens Romains, il cultivait la terre de ses,mains triomphales, et mêlait à ses loisirs l’étude des lettres. Il y mourut de maladie peu de temps après, l’an i8o avant J.-C., âgé de 54 ans. S’il faut en croire une tradition fondée sur le témoignage de Valère-Maxime, Scipion voulut consacrer le souvenir de son exil volontaire, en ordonnant qu’on gravât sur son tombeau cette inscription : Ingrata patrîa^ ne ossa quîdem mea hahes ; et suivant quelques autres, Ingrata patria^ ossa mea non hahehis. Nous avons encore lu, en 1786, le mot pairia, le seul conservé, sur un monument réputé le tombeau de Scipion, et connu dans le pays sous le nom de Torre di Patria.

En résumé, sur cinquante-deux hommes des plus éminens qui aient paru à la tête des gouvernemens et des armées, dix-huit seulement, au nombre desquels étaient des exilés, sont morts naturellement, c’est-a-dire de vieillesse ou de maladies; vingt ont été assassinés ou empoisonnés; huit se sont donné la mort en se frappant du glaive ou en recourant au poison; et six sont morts les armes à la main.-

L’édition des vies de Plutarque (Lausanne, 1571) dont je me suis servi n’est certainement ni la meilleure, ni la plus facile à lire. Parmi les éditions également anciennes, il en est une de Paris, du même format in-folio que la précédente et

plus belle, publiée en i655, par Vascosan, et de préférence celle de en six volumes. Elles conlieonenl en outre

les vies de plusieurs illustres capitaines, par Emilius Probus, y est-il dit. Mais tous les bons critiques regardent cet auteur comme le plagiaire ou bien le simple abréviateur de Cornélius Nepos, qui avait écrit sur cet, objet un ouvrage plus étendu et sans doute d une plus grande correction de style que celui que nous possédons sous son nom.

Nous ne donnons ici que le résultat de nos études sur Plutarque.

PAR M. LE BARON DESGENETTES

PARIS

IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOUGKE

membre de DA DÉGIOW-d’hONNEBR Rue des Poitevins, n“ 14.

M DCCC xxs.

SUR

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