‹ Mélanges de mythologie et de linguistiqueChapitre 9 sur 28 · LE SERPENT DE LA BIBLE · texte numérisé non relu

LE SERPENT DE LA BIBLE

Nous arrivons à la nation qui, élargissant d'une façon inattendue les proportions du mythe de Yritray en a fait l'événement capital de sa religion, qu'elle lui a subordonnée en entier; nous voulons parler de cette partie de la famille indo-européenne qu'on a nommée le rameau iranien, et qui comprend la Perse, la Médie et la Bactriane.'

La Perse et l'Inde sont unies par les liens les plus étroits ; leurs langues ne diffèrent pas plus entre elles que les idiomes germaniques des idiomes Scandinaves, ou le provençal de l'italien. Certaines parties du culte, certains dieux sont identiques chez les Perses et les Indous. Il est d'autant plus intéressant d'observer l'usage si différent que les deux nations ont fait du môme mythe, qui, borné chez les Indous comme chez les Grecs au domaine de la ftd)le et de la poésie, a eu au contraire une

inffaence décisive sur la roanièf e de voir et de penser des Perses, et est devenu pour eux Thistoire en raccourci de Tunivers.

Le dualisme iranieit est sorti du mylbe de Vritn$. On pourrait croire d^abord qu'une doctrine qui fait da monde le champ de bataille de deux principes ennemiSy dont Fun distribue le bien, l'autre le mal, est une suggestion de l'expérience ou un produit de la réflexion phi* losophique. Il n'en est rien. Quoique les livres attribués à Zoroastre nous montrent le dualisme arrivé à son plein achèvement, l'analyse philologique permet de remonter à la première forme de cette conception et d'en découvrir le point de départ. Aknman n'est pas autre chose que Vritra grandi et transformé, élevé au niveau de son adversaire, et remplissant de sa lutle contre le dieu suprême l'immensité du temps et de l'espace.

Il ne faudrait pas supposer que celte extension extraordinaire du mythe de Vritra fût entièrement l'œuvre de la Perse. À côté des vers qui montrent Indra disputant au démon la possession des vaches célestes, il en est d*autres dans les védas qui présentent le mythe sous un jour différent:

c Frappez-le, est-il dit quelque part, frappez Vritra avec force, généreux MartUSy de concert avec Indra; que ce pervers ne règne pas sur nous (1)1)

Et ailleurs :

« La foudre, ni le tonnerre, ni la pluie, ni la massue,

(I) fliff., 1,23, 9.

Kehn servimA de-rieai. Lofsqna ihdifAet AU cooihHitti'renC ensesriUe, Mofhavmii (i) liiii— gh> pour tans hs temps (^. 1"

Ba&6 VLft ai]^e emftroîly Vrièrm piste 1» mm (k Mina, Fennemî de» dieux, épHhèle fv^OB cioîraîft. eof miBlÉs aux i({ées trameiHies.

Quand le panthéisme 6iè devaaa,. ooa pas aealeaiMl le sysèême philosophique des école», mais la. Gcoyanee universelle de- Flnde^ au point que teote autre manière d^'envtsager rumveps fiit pour lies tedoas lettre dose,, let commentateurs se trouvépeni fort embon'assés d'ex^U^ quer ces vers et ceux du même genre. Mais en Les rapprochant de UAveste, nous voyons- que k mydie de VvUra avait eu dans Forigine une portée* phis. grande qu'il a'eu eut chez la plupart des peuplifô indo-européens^ par la suite. Au lieu d'un combat dont les vaches célestes sentie prix, on se le^ représentait quelquefois eonmie seyant pour objet la domination du monde. Le mêoie caractère s'eâ conservé dans la lutte de Jupiter contre Typhou,. dmis celle de tous les dieu» de l'Olympe contre les Titans. H\3siode: le fait dire expressément à Zeus : « Depuis longtemps d^jà, opposés les uns 9ia% autres, nous^ combattons tous les jours pour la* victoire- et l'empire^ Les dieux Fiians et nous, les fils de Kronos^ (3^. » IL suffît, de rap-

(1) Sarnom d'Indra,

(2)/îi^., 1,32, 13.

(3) 'H8ti yàp (laXût ÔYjpbv evavT{o( ôcXXi^Xocat

\lxr^ xa\ xpdiTeoç icepi |iapv«(uO' ^(locta icdcvra ïttT\vi< T« Osoil %aêL Soi» KpAy«u «qrsyé)uada.

HmUig., &i6.

116 HERCULE ET GÂCUS.

peler le Promélhée d'Eschyle pour évoquer ces grandes peintures d'une guerre implacable dont dépendent le sort des dieux et Tavenir du inonde. Par un sentiment instinctif de ce dualisme, les Grecs ont placé dans les enfers la plupart des personnages qui dans leur mythologie jouent un rôle analogue à Yritra; Pluton lui-même, le roi du séjour détesté des dieuxy ressemble par beaucoup de côtés au démon védique. De même, chez les Germains, la sœur du serpent Midgardy tué par Donar^ a donné son nom Hel à l'enfer. La Grèce va encore plus loin : elle suppose que Jupiter, dans sa lutte contre Typhon, a eu le dessous, que les dieux ont dû se sauver du ciel; on montrait même en Crète le tombeau de Jupiter (1). Si Ton se reporte au caractère physique du mythe, ou comprendra aisément ce qui a pu conduire à cette idée : pendant rhiver, le dieu qui règne dans le ciel semble mort ou énervé, les sources de la lumière et de la chaleur sont taries, et le démon qui personnifie la stérilité parait triompher dans le monde.

D'où vient cependant que le mythe de Frttra, qui contenait dès l'origine un germe de dualisme, n'ait porté ses fruits que dans la Perse? Pourquoi Tidée d'une lutte entre deux principes, qui s'est si fortement empreinte dans la religion mazdéenne, n'esl-elle restée dans les autres mythologies qu'un incident secondaire? On a donné

(I) Callimaque, Hymne à Jupiter, v. 8 :

KpvîTec CTexTi^vav«* £ù S' où Odcvcc* s9o\ yàtf aUi.

pour raison le climat de l'Iran, tour à tour bienfaisant et meurtrier, la configuration du pays, où les déserts de sable brûlant succèdent aux plaines fertiles (1). Mais la véritable cause, selon nous, est ailleurs. Les dieux védiques ont un double caractère : ils sont, en même temps, des forces physiques et des êtres moraux. Quoique dans certains hymnes védiques le caractère moral de Yaruna^ de Mitrùy à'Indray soit célébré en termes magnifiques, on s'aperçoit que, plus la religion indienne avance en âge, plus ce côté des dieux rentre dans l'ombre. Le panthéisme, en devenant la croyance philosophique de tous les esprits, les désintéressa de la mythologie : dans les dieux on ne vit plus que des figures fantastiques d'un ordre inférieur; leur autorité religieuse s'évanouit. L'Iran, au contraire, resté fidèle à ses premiers dieux, fil ressortir de plus en plus leur signification morale. Le mythe de Vritra^ sans cesser d'être le combat de deux puissances qui se disputent le règne de la nature, fut surtout la lutte du juste et de l'injuste : il fut transporté de la sorte au dedans de l'homme, et la conception ébauchée par l'imagination prit une forme définitive dans la conscience. Une lois reçu dans ce foyer, le mythe, en rayonnant au dehors, éclaira toute la religion iranienne : le monde entier fut partagé entre les deux principes. C'est là la véritable originalité de la religion de l'Avesta, qu'on a prise à tort pour une réforme : tandis que le brahmanisme n'a gardé des croyances primitives que la lettre,

(1) Voy. Duncker, GetcfUehU de» Alterthums, t. II, p. 297 ss.

1 16 H ER'CUHLC «T HA CDS.

te îimvééisnie «m a oonservé IPesprltz le Perae^^fiii vmi '^nrvers parlsigë eatre drax ieroes partout en iprésenoe €lt loar à touT'viiftiyrifeineByJiSfu^aatrâoi^ mwd , e^ pihts pris des «lepréMoMions mefàï^lknffiipMts én'prtrmBV ftge que llndou qui, »e iwjfut partait ^'«a^ purenoe 'Cft jnusicA, eappose il*iinr«er6 et ut prepre per- «ranalilé enveloppés 41a«s irenstenee dVm ;Beri «ètaie.

Nous vc^troimnis en vend les mêmes Motns qae vdans k ifrffhe védnfoe. fVitro est, en aend, werethra^ «t trîirA- ]ft<m (mem%rîer <de Vritra) «st iierafAv^toa ou «01^ thrcga (1). An «eme nt «A les Jkriens «e soîndèrenl en deus peuples, oe mot ^iwait déjà pris le sens ^ënéral de vicfhrieuBpf vbt nous le tronvoiis onployS dans f AvesU, <;<mime €ans 4es i^édas, pavr qualifier, nen-^seBlement les Aeni, inaas les >Db|jelts les plus divers (2). <)& le tpeaomAte au oetnparaftif et au wpeilatif, «t il est mtee usité oomme nom propre peur désigner «n dieu ou ized tqui pecsennîie la i4dtofre, Wemtlaraghnaj dsns les langues modernes Béhrum. L'aiftre nonién démon, Ahi (serpral), est en zend a%i «ou uji, nuquèl vsksMt «'ajouter d'ersdioaine TépiftiMe êahâ/kay qn Teiit dire en^nemi . On iioît «cp» les termes soBft exactement les mêmes. Si l'on cherche dans eslivres soroastriens les 'cmKmstmoes du ntjétt védîqae, on les trouve dispersées -çà «t là, rédoiles comme en povsfiiêre, mais présenta partout. Le héros Wattnana, qui

(1) E. Baraouf, Comm. «ir le Yapna, pp. 190, 282, etp. czxTin. 7oum. m,, 184S,avril,p. SM; juin, p. «M.

(2) On dit, par exemple, d*an hymne, <in*il est rerefhraiançtema (Irèt- Tîctorieux).

tX -D^GlfiE IRANIEJf. 119

n'eflt antre ^ue le dieu Trita (1) on Traitana des Tédas, «t^ftti figure dans Tépopée persane eous le nemde Féridùun, tue le serpent azi dahâbi^ qui a trois 4ètes trois queues, six yeux, mille forx^es (2) ; le héros KereçâçfMif le Guerschasp du Schâh-namèfu, dofit le omn cache probablement une ancienne divinité solaire, frappe de sa massue le serpent Çravara{le UpStpùç grec, le Çeéala nfiédique) (3). Ailleurs une lutte s'engage entre le dieu Ttstryaj qui condidt les eaux des nuages vers la mer céleste, 'et le démon Apaosha tfui veut les retenir. Mais ces combats ne sont que des épisodes de la grande gu^re cornnencée depuis l'origine du monde entre Ormuzd et

On :peut olijeoter que le nom d'Anrô nhainpus (Âhriinan)^ tqui eignifie Y Esprit des ténèbreSj indique un èlre immatériel^ et qu'il exclut la forme physique que les védas.atttribuecit k ht. Mais cette expression a été inventée pour faire (position au surnom ordinaire d'Ormuxd: çpentô mainyus (y Esprit de lumière). Par un effet de la symétrie qui règne dans le Parsisme, lAnman est devenu créaieur d'une partie du monde, chef d'unelégion d'âtres qui lui obéissent, source première des mauvaises pensées et des mauvaises actions. C'est petit à petit que rancien •démon védique est arrivé au rôle considérable qu'il joue àms les livres zends : à mesure qa' Ormuzd ^révélait un

(1) Voj. plus haut, p. 85.

(2) Yaçna, IX, 21.

(3) FapfM,IX, ai.

caractère plus auguste et prenait le pas sur les autres dieux, Ahriman recevait de Fiinagination populaire de plus amples proportions; tout ce que l'on ajoutait à la majesté du dieu faisait monter d'autant son ennemi. Par une réaction curieuse à observer, Vrrtra, uni d'une façon indissoluble à son adversaire, proQlait des progrès que les Perses faisaient vers le monothéisme, et tandis qu'Or* muzdy grandissant en puissance, réunissait tous les attributs célestes, Ahriman^ concentrant dans sa personne tous les éléments négatifs, arrivait à former le pôle op* posé de la religion mazdéenne.

Une fois qu'il a donné naissance au dualisme iranien, Ahriman appartient autant à la métaphysique qu'à la mythologie : son histoire se confond avec celle du parsisme. Mais quand un mythe a pénétré aussi profondément dans les croyances d'un peuple, il se reproduit sous mille formes : à côté de la représentation principale de la lutte entre deux principes, la fable de Vritra poussa une quantité de rejetons qui pullulèrent dans le mazdéisme et survécurent à la chute de la religion. Le Schâh-namèhy ce vaste et curieux recueil poétique des traditions de la Perse nous en offre la preuve : sous prétexte de raconter les origines de la monarchie persane, le poème de Firdousi nous retrace les mythes de TÂvesta, dépouillés de leur merveilleux,etarrangés en événements humains par l'évhémérisme populaire. Il y a peu de comparaisons qui éclairent autant l'histoire des mythes que Télude des légendes du Schâh-namèhj mises en reocard de leur forme originale

conservée dans les livres zends. Nous allons en indiquer un exemple (1).

On a vu plus haut que Thraêtaonay un ancien dieu védique commun aux deux fractions de la famille arienne, défait le serpent azidahâka. Thraêtaona^ dans le Schâhnamèhy est devenu un roi de la première dynastie, Féridoun, qui délivre l'Iran de la tyrannie d'un usurpateur venu du fond de l'Arabie, Azdehâk ou Zohâk; Tidentité des noms est évidente (2). Le serpent azi dahdka est décrit par les livres zends comme ayant trois tètes; or le Schâhnamèh raconte que le roi arabe Zohâk ayant un jour été embrassé par le démon sur les deux épaules, il sortit de chaque épaule un serpent dont la tète, quand on la coupait, repoussait comme une branche d'arbre. On le voit, c'est un mélange singulier d'extrême fidélité dans les faits, et de spirituelle innovation dans l'interprétation.

On pourrait faire sur la plupart des héros de la première partie du Schâh-namèh la même étude que sur Féridoun. Ils recommencent tous pour leur propre compte la même lutte qu'Ormuzd soutient dans l'Âvesta : tantôt Ahriman parait sous la figure d'un prince ennemi; alors le dualisme, se matérialisant, prend la forme d'une guerre entre l'Iran et le Touran ; tantôt il se montre avec un aspect de dragon lançant des flammes et attirant à lui ses ennemis. Nous ne citerons qu'une seule de ces

(1) Voy. Rolh, die Sage von Feridun [ZeiUchrift der deutschen morgenlàndixchen Getelhchaft, t. II, p. 216).

(2) Le changement du ih en f est fréquent. Comparez le polonais Thé(H dor et le russe Fédor: le ^rec ancien Orîp et le moderne o^p (en latin fera).

122 HËiRCniiE ST CAGGS.

ÎAiioiiibrables peintures ^'on peutrapfirocber 4e la •description de Typhon dans Hésiode : c'est Zai, Tua des plus célèbres guerriers ée Tépopée persane, ^ raconte luimême son combat (1). c N'^ussé-je, «oî ^«i porte la tète plus haut que les plus fiers, laissé d'autres traces daas le monde que la destruction de ce dragon qui sortit du Ut du Kaschafy et rendit la terre nue comme la main, oda suffirait à ma gloire. Sa longueur égalait la distance d'usé ville à une autre, 43a largeur remplissait l'espace d'me montagne à une autre. Les hommes tremblaient devant lui, ils étaient au guet jour et aiuit. Je vis que l'air ^était vide d'oiseaux, et la face de la«tenre privée de bâtes sauvages. Le feu du dragon brûlait les aîies -des vaulfturs, son venin dévorait la terre. Il aurait tiré de l'eau le orocodile farouche, et de l'air l'aigle ara ailes rapides. La terre devenait vide d'hommes el d'animaux, et toute lOréature lui cédait la place... J'arrivai près de lui, «t je le vis semblable à une grande montagne, traînant par ierre les poils de sa tète pareils à des coides. Sa langue était comme un tronc noir, sa gueule était béante et pendait sur le chemin; ses deux yeux ressemblaient à deux bassins remplis de sang. Il me vit, hurla et vint à moi avec tB%t. Ome semblait, ôroi, qu'il était renipili de feu; le monde était, devant mes yeux comme une mer, <et une fumée noire volait vers les nu^es sombres... » Le poète mahométan du xi* siècle, quoique séparé des poètes de la Grèce par la triple barrière du temps, de l'idiome et de la reU-

(1) âoMIMMMwft, I, p. SUS, trad. d« M. HoU.

LEDMIUIBAHIKJI. liS

gion, reppoévit^ mas 'le^avdir, tes mèoies images. Jl ne peot être qoesInM d'imiUttîeft m d'en^prant z c'est dans la mémoire du peuple persan que Firdousî a reoueUli ces légendes, ctssi Mcieimes «que Ja raoe indo-eoropéenne»

Comme la Perse 9*âft trevvée ëe lienae heure ^n •contact avec la Judée, ^isn peut «edenander m h mythe de Vràra a'a pas pénétré dies les Jmfe, et i'on ^eut être tenté de rechercher si lesrs Knves n'-en oMtîennent pas ^aelfues fracaes. Sans iteute lednalisBie systématifue des Iraniens devait répugner à «n peuple qui avait fait du mono- Aièinw le dogme Candamental de ja religion. Mais il ne serait pas élMU»nt-quei|nel(|u*uoe des légendes si nomkreuses sorties du m^itke de Yr îtea se f ûl ftuyé un cbemm fnsqn'en Psdeslîne, 'et «et pris sa place dans les Ihres fuift, ens'aocummodmitatt caradlèregénéral delà reUgion Israélite. Une iette question ipournrit paraîtra téméraire si les livres hétoenx dtaéent purs de lout mélange é(r«iger; mais on peut citer des preuves, en «quelque sorte unatérienes, de TinfbieBce du parsisme sur les croyances hAranqnes. Le livre de Itoint contient des traces évidentes de Jadéroonologie iranienne. Asmadée, ce mauvais esprit qui anne Sarra, fille de Aaguel <i), et tue successivement sept hemmes qui lui sont donnés on anariage, appartient i iaBensepar son rMe-conuoe par eon aom. C'est Aiêghmyi daêva (en parsi, Eshein^v)^ c'est-à-dire le démon de la

(i) ti. 14.

m HERCULE ET CACDS.

concupiscence, une sorte de Cupidon, plusieurs fois nommé dans l'Avesta comme le plus dangereux de tous les devs (démons) (1).

Il est vrai que le livre de Tobit, dont nous n'avons même pas le texte hébreu, est un des plus récents de la Bible. Mais si nous trouvons dans les parties plus anciennes des conceptions du même genre, il sera permis de supposer que des légendes iraniennes ont pénétré chez les Juifs, soit pendant, soit même avant Tépoque où ils se trouvèrent en communication immédiate avec la Perse. La foi à des démons devait d'autant plus facilement trouver accès chez les Hébreux, que leurs livres contiennent plusieurs passages qui ne sont pas sans analogie avec les croyances parses. Le livre de Job introduit Satan dans le conseil de Jéhovah; le Lévitique parle d'un bouc qu'il faut offrir à Hazazel.Ces passages sont d'un sens trèsvague; mais il n'en fallait pas davantage pour familiariser les Juifs avec l'idée d'un tentateur ou d'un démon, et pour les disposer & accueillir les légendes étrangères conçues dans le même esprit (S).

Le récit contenu dans le troisième chapitre de la Genèse offre avec les croyances mazdéennes un rapport trop frappant, pour que nous puissions nous refuser à y voir une infiltration des idées iraniennes. Non-seulement le serpent rappelle A Anmai» par sa forme et par son rôle, mais le paradis, l'arbre de vie, l'arbre de la science, sont

(1) Benfey and Starn, die Penischen Monatsnamen^ p. 201.

(2) Michel Nicolas, Doctrines religieuses deê Juifs, p. 2-iI.

des représentations qui reviennent souvent dans les livres zends, tandis qu'elles se trouvent isolées et comme égarées dans le Pentateuquc. Le reste delà Bible (nous ne parlons pas des livres les plus récents) n'y fait aucune allusion; bien plus, le caractère de la narration juive semble indiquer une provenance étrangère. Le mylhe est naïvement défiguré, et certaines circonstances fabuleuses sont rapportées par Thistorien sans qu'il en comprenne le sens. Ainsi le serpent, tout en jouant le rôle d'Ahriman^ est simplement présenté comme le pliis rusé des aniiumuxque V Éternel Dieu avait faits. Ces paroles de Dieu : € Je mettrai inimitié entre toi et la femme^ et entre ta semence et la semsnce de la femme; cette semence te brisera la tête et tu lui mordras le talon ^ > sont comme une réminiscence vague de la guerre éternelle qu'Ahriman fait au genre humain. La narration biblique porte le caractère d'un récit pris de seconde ou de troisième main et altéré par la circulation. C'est le tableau de l'invasion d'Ahriman dans le monde, interprété par le peuple hébreu dans le sens du monothéisme, et arrangé en apologue.

Au reste, quand les Juifs se trouvèrent plus tard mêlés aux Perses et pénétrés en tous sens par leurs croyances, ils ne s'y trompèrent pas, et d'instinct ils reconnurent Satan dans le serpent, et un paradis dans le jardin d'Éden. Dans les derniers livres de la Bible, la ressemblance devient beaucoup plus directe; dans Zacharie (1) et dans

iVi BKaCULB ET GACUS»

le .pjremfer livr» dw GhroBÎquûs ^%, Sataa. af aK»rofn« te canudére d^A^maii^ «t. apparalti easuMf rwteiir du nud. Flustavd Qiwor», nous wyoBs (pis SobuLost def^ou 1» prince de» éémom (2), la souBce-. de» mantaîseB pansées (3), Pemeaû de la parole de Bieu (4). Hl toita le fils de Dieu ; c'est hii qui, pour le pardie^ est eolri dans Judas. L'Apocalypse noue monlre Salan tevèUt des altcibuts physiques dlAhrima$n : il est appelé le di!agon>. le serpent ancien (5) ; il livre des combats à Dieu et à ses anges. Le mythe védique, transfbrmé A agrandi par les livres iraniens,, entre par cette voie- dons la christianisme. Saint Michel, qu'un passage* de^ Baniel (6)i indiquait pour ce rôle, défait le dragon» eonuna un autre Thraétiwna. c Et il y eut une bataille» au? ciel (7) ;: !lîdiel et ses anges combattaient contre le dragon, et la dragon et ses anges combattaient contre Michel. Mais ils ne furent pas les plus forts, et ils ne purent plus se maintenir dans le ciel. Et le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, qui séduit le mondç, fîit précipité en terre, et ses anges Auront précipités aivec hii.. »

Une fois que l'Apocalypse, en donnant place à une représentation répandue dans tout le monde indo-européen, l'eut autorisée aux yeux de la foi, le» traditions

Page 1